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Quelle est la mobilisation chez les dermatologues dans la grève des médecins libéraux ?
Luc Sulimovic : Nous avons fait un sondage chez les dermatologues il y a une quinzaine de jours : 71,7% souhaitaient participer à la grève, avec 51,1% voulant y participer totalement et 26,6% partiellement. Je n'ai jamais vu autant d'intentions de participation à une grève. Dans notre spécialité, il y a notamment un véritable ras-le-bol devant la surcharge de consultations.
Les dermatologues sont très critiqués dans l'espace public parce qu'il n'y a pas assez de rendez-vous disponibles pour les patients. Mais s'il n'y a pas assez de rendez-vous, c'est parce que nous ne sommes pas assez. Le nombre d'internes en dermatologie est insuffisant et il a même baissé à 102 cette année, contre 103 l'an dernier. Et la situation va empirer, car le durcissement du cumul emploi retraite prévu dans le budget de la Sécu fait que les médecins ayant atteint l'âge de la retraite n'auront aucun intérêt à continuer à travailler. Or ces médecins jouent un rôle important : aujourd'hui 15% des dermatologues de plus de 70 ans continuent à travailler.
Quelles autres mesures sont particulièrement dénoncées par les dermatologues ?
LS. : L'Assurance maladie est en train d'appliquer de nouvelles règles pour l'Optam (...). Nous avons des confrères en Optam qui doivent désormais limiter leurs dépassements d'honoraires à 10% (du tarif de l'Assurance maladie, ndlr), alors qu'ils avaient le droit jusqu'à maintenant d'aller jusqu'à 30 ou 40%. Pourtant leurs investissement, leurs charges de cabinet restent toujours les mêmes.
Mais l'Assurance maladie dit qu'il s'agit de compenser les hausses des tarifs de base récemment intervenues, pour maintenir un tarif global identique ?
LS. : Le compte n'y est pas, les hausses tarifaires qui ont été appliquées ne compensent pas toujours la baisse des dépassements d'honoraires autorisés. L'algorithme de calcul des nouvelles règles a donné des résultats ubuesques. Résultat, de nombreux dermatologues sont en train de quitter l'Optam pour revenir en secteur 2 (à honoraires libres, ndlr). L'Assurance maladie est en train de donner raison à tous les confrères qui se méfiaient de ce système et n'avaient pas voulu y adhérer (il a été créé en 2016, ndlr). Et c'est au détriment des patients puisqu'il y a une meilleure prise en charge des dépassements d'honoraires par les complémentaires santé quand le médecin est en Optam.
Selon l'Assurance maladie, 80% des médecins qui étaient en Optam ont pourtant choisi de continuer avec les nouvelles règles ?
LS. : Selon nos chiffres, 60,4% des dermatologues actuellement en Optam sont en cours de dénonciation de leur contrat ou comptent le faire avant la fin janvier. Seuls 39,6% ont maintenu leur adhésion.
Ne craignez-vous pas les conséquences d'un tel mouvement sur les malades ?
LS. : Le mot d'ordre que nous avons donné est de continuer à assurer la prise en charge des soins urgents, type mélanome et cancers de la peau. Nous allons continuer d'assurer des interventions chirurgicales et des consultations dans ce cadre.
Avec AFP
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