Pr Sofiane Bendifallah.
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What’s up Doc : Pouvez-vous revenir brièvement sur votre parcours et sur ce qui structure aujourd’hui votre engagement médical et scientifique ?
Pr Sofiane Bendifallah : Je suis professeur de chirurgie gynécologique, très investi dans l’innovation et dans la médecine de précision, notamment en cancérologie et dans l’endométriose. Je suis l’auteur de plus de 300 publications scientifiques. J’exerce à la fois comme enseignant, chercheur et chirurgien. Aujourd’hui, mon engagement se concentre particulièrement sur le développement des innovations en santé des femmes, avec un focus spécifique sur l’endométriose et les innovations technologiques en cancérologie.
« La question n’est pas uniquement d’innover, mais de savoir comment ces innovations améliorent réellement la pratique quotidienne des médecins »
Vous participerez à la première édition de MedInTechs Society. Qu’est-ce qui vous a convaincu de vous engager dans cette aventure ?
SF. D’abord, j’aime les challenges. Être à l’origine du premier congrès scientifique de MedInTechs Society, c’est en soi novateur. Ensuite, nous sommes à un moment charnière de l’histoire de la médecine, et particulièrement en santé des femmes. L’innovation fait désormais partie intégrante de ce sous-domaine.
Mais l’innovation n’est pas seulement technologique. Elle est aussi organisationnelle, humaine, philosophique. La question n’est pas uniquement d’innover, mais de savoir comment ces innovations améliorent réellement la pratique quotidienne des médecins et, surtout, le parcours des patientes. Faire le lien entre la science et le terrain, le concret, était pour moi essentiel dans l’élaboration du programme scientifique.
Qu’attendez-vous des échanges entre médecins, chercheurs, industriels et décideurs pendant ce congrès ?
SF. Nous allons mettre autour de la table des médecins, des chercheurs, des industriels et des décideurs avec une exigence commune : partir des besoins cliniques réels des patientes et des médecins.
L’objectif est de voir comment les nouveaux outils, les nouveaux usages et les innovations peuvent fluidifier les parcours de soins, améliorer la qualité et la sécurité, et transformer des situations complexes du quotidien. La santé des femmes est un excellent modèle pour l’innovation médicale : ce sont des pathologies fréquentes, complexes, chroniques, souvent sous- ou mal diagnostiquées. Le décloisonnement est donc majeur. Nous avons intégré dans le programme l’imagerie, la biologie, la chirurgie, les soins de support, le numérique, l’intelligence artificielle et l’organisation des soins.
« Infertilité, endométriose, cancérologie, les champs d'innovation sont multiples en santé des femmes »
En santé des femmes, quels sont aujourd’hui les champs d’innovation les plus prometteurs mais encore insuffisamment étayés ?
SF. Ils sont multiples : infertilité, endométriose, cancérologie. Dans chacun de ces sous-domaines, les enjeux concernent l’amélioration du diagnostic, l’optimisation des traitements et la réduction des effets secondaires.
L’intelligence artificielle devra s’intégrer dans les parcours de soins pour les fluidifier et améliorer la sécurité et la qualité. Tous ces aspects sont primordiaux pour les années à venir.
Concrètement, quelles innovations peuvent avoir un impact rapide sur la pratique quotidienne des médecins ?
SF. Il existe déjà des applications d’intelligence artificielle pour le diagnostic des pathologies chroniques comme le syndrome des ovaires polykystiques ou l’endométriose.
En imagerie, l’IA a largement amélioré le diagnostic du cancer du sein, notamment dans le dépistage, en réduisant les faux positifs et les faux négatifs. Elle intervient également dans l’optimisation des molécules, le choix des traitements et l’évaluation plus rapide de leur efficacité.
L’objectif est d’aller vers une médecine plus précise, pour remettre davantage d’humain et d’organisation au cœur des soins.
Les médecins ont-ils un rôle à jouer pour que ces innovations s’intègrent réellement aux parcours de soins ?
SF. Il ne faut pas opposer médecins et innovation. Les deux sont complémentaires. Il est essentiel, notamment pour les jeunes médecins, de se former très tôt à l’évaluation critique des nouveaux outils et des nouvelles technologies.
Une innovation bien pensée est un levier de qualité des soins, pas une contrainte. En santé des femmes, c’est même devenu une nécessité pour dépasser la complexité des maladies chroniques souvent invisibilisées et améliorer le diagnostic. L’humain reste central, mais les outils responsables, innovants et validés scientifiquement le deviennent tout autant.
« Le congrès MedInTechs Society a été conçu pour parler aux médecins, à partir de leurs problématiques quotidiennes »
À l’issue de cette première édition de MedInTechs Society, qu’aimeriez-vous voir émerger concrètement ?
SF. J’aimerais que mes collègues retiennent que le congrès a été conçu pour parler aux médecins, à partir de leurs problématiques quotidiennes. L’innovation n’est pas une fin en soi. Elle doit améliorer concrètement la pratique.
On le voit déjà pour le diagnostic de l’endométriose, longtemps problématique, qui progresse grâce aux nouvelles technologies, à l’intelligence artificielle et aux biomarqueurs. La santé des femmes peut devenir un exemple où l’innovation impacte tous les niveaux du soin. C’est ce lien direct entre innovation et pratique quotidienne qui me semble essentiel.
À quels médecins s’adresse ce congrès ?
SF. Nous sommes tous confrontés à la santé des femmes. Il n’y a pas de pratique médicale qui ne le soit pas, de près ou de loin. Toutes les spécialités peuvent y trouver un intérêt, que ce soit en termes de culture médicale, d’innovation ou de vision de l’organisation des soins à venir.
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