Pr Marc-Olivier Gauci : « Avec MedInTechs Society on veut passer de l’innovation à l’usage clinique, avec de la preuve scientifique »

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Pour la première année MedInTechs, inaugure MedInTechs Society, un congrès scientifique dédié à l’évaluation réelle des innovations en santé les 9 et 10 mars à Paris. Son président, le Pr Marc-Olivier Gauci, explique pourquoi ce format était devenu nécessaire, comment il entend mettre l’innovation à l’épreuve du terrain, et ce que les médecins peuvent en attendre concrètement.

Pr Marc-Olivier Gauci : « Avec MedInTechs Society on veut passer de l’innovation à l’usage clinique, avec de la preuve scientifique »

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What’s up Doc : Avant de parler du congrès, pouvez-vous vous présenter brièvement et revenir sur votre parcours, entre pratique chirurgicale, recherche et innovation en santé ?
Marc-Olivier Gauci : Je suis chirurgien orthopédiste, avec une activité clinique et universitaire, PU-PH au CHU de Nice, et je travaille depuis plusieurs années sur les enjeux d’innovation en chirurgie. Mon parcours est à la croisée de la pratique quotidienne au bloc opératoire et de la recherche, notamment sur l’évaluation des technologies numériques, la robotique, la vision augmentée et la charge mentale des soignants.

« Fort de la dynamique de MedInTechs, il est apparu nécessaire d’ajouter un format plus scientifique, que nous avons baptisé MedInTechs Society »

Vous êtes le président de la première édition de MedInTechs Society. Pourquoi avoir créé un congrès scientifique en complément du salon MedInTechs, qui existe déjà depuis plusieurs années ?
M-O G. : MedInTechs existe depuis quatre ans, avec un succès croissant en termes de fréquentation et de visibilité. Fort de cette dynamique, il est apparu nécessaire d’ajouter un format plus scientifique, que nous avons baptisé MedInTechs Society. L’idée était de créer un congrès, au sens académique du terme, pour aller au-delà de la démonstration technologique.
Le salon s’adresse à un public large, y compris non médical. Le congrès, lui, vise des professionnels de terrain : médecins, soignants, chercheurs, ingénieurs, entrepreneurs. En particulier ceux qui se situent dans toute la chaîne qui va de l’innovation jusqu’à son usage réel. Pour passer de l’une à l’autre, il faut de la preuve scientifique.

Quand vous parlez de preuve scientifique, de quoi s’agit-il exactement dans un contexte où les technologies évoluent très vite, parfois plus vite que les études et les publications ?
M-O G. On peut toujours décider de se passer de preuve et de mettre directement une technologie entre les mains des cliniciens. Cela a été fait, par exemple, avec certaines solutions de vision augmentée. Le problème, c’est que sans évaluation préalable, ces technologies sont souvent mal calibrées : peu ergonomiques, mal intégrées dans les organisations de soins, trop lourdes cognitivement pour les équipes.
Elles peuvent apporter trop d’informations, augmenter la charge mentale des soignants, perturber les flux de travail. Résultat : elles sont abandonnées. C’est une des raisons majeures de l’échec de nombreuses start-ups pourtant prometteuses. Le congrès vise précisément à éviter cela, en évaluant en amont l’efficacité, l’acceptabilité, l’intégration organisationnelle et la réelle amélioration du service médical rendu.

« La controverse scientifique, c’est accepter de questionner ces innovations, de discuter leurs limites, leurs indications réelles, leur ergonomie, leur impact... »

Vous parlez dans l’édito du congrès d’« éveiller la controverse scientifique ». Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
M-O G. Cela signifie confronter les innovations à la réalité du terrain. Aujourd’hui, on voit beaucoup de technologies très impressionnantes : robots, hologrammes, jumeaux numériques, impression 3D. Elles fonctionnent très bien sur un stand ou dans une démonstration. Mais si elles ne répondent pas à un besoin clinique réel, si elles ne sont pas appropriables par les équipes, elles n’ont aucune valeur à long terme.
La controverse scientifique, c’est accepter de questionner ces innovations, de discuter leurs limites, leurs indications réelles, leur ergonomie, leur impact sur la charge mentale. Ce n’est pas être contre l’innovation, c’est la rendre utile.

Le congrès est structuré autour de quatre demi-journées thématiques. Quels sont les axes que vous avez retenus et pourquoi ?
M-O G. Nous avons choisi quatre thématiques qui sont aujourd’hui au cœur des enjeux de santé : la santé de la femme, l’obésité, le bien vieillir et l’innovation chirurgicale. Pour chacune, un directeur scientifique a été nommé.
La santé de la femme, pilotée par le Pr Sofiane Bendifallah, abordera notamment l’endométriose, l’errance diagnostique, la chronicité et les parcours de soins. L’objectif est de montrer comment certaines innovations permettent de réduire les délais diagnostiques et la souffrance associée.
L’obésité sera abordée sous un angle global, avec une approche à la fois médicale, chirurgicale et organisationnelle. La Dr Marie-Cécile Blanchet, le Pr Karine Clément et le Pr Maud Robert confronteront les nouveaux traitements médicamenteux à la chirurgie, mais aussi aux parcours de soins pluridisciplinaires, incluant paramédicaux et suivi au long cours.
Le bien vieillir, dirigé par le Pr Olivier Guérin, est un enjeu majeur. Il s’agit de travailler sur les parcours, la coordination ville-hôpital, le numérique « hors les murs » et la prise en charge du grand âge dans une logique d’écosystème.
Enfin, l’innovation chirurgicale, que je dirige, portera sur les jumeaux numériques, la vision augmentée et la robotique chirurgicale, avec des intervenants qui ont à la fois une pratique quotidienne et une production scientifique sur ces sujets.

« Ce congrès permet découvrir des technologies, comprendre comment elles naissent, comment elles sont évaluées, pourquoi certaines fonctionnent et d’autres échouent »

Sur la chirurgie et la robotique, vous insistez sur le fait que la technologie ne doit pas être une fin en soi. Pourquoi ?
M-O G. Une technologie peut être extrêmement pertinente dans une indication précise et totalement inadaptée dans une autre. En orthopédie, par exemple, la robotique est aujourd’hui très utile pour le genou. Cela ne signifie pas qu’elle doit être déployée immédiatement pour l’épaule, la hanche ou le pied.
L’innovation doit partir du besoin clinique. En chirurgie de l’épaule, par exemple, l’enjeu majeur n’est pas la précision osseuse, mais la gestion des parties molles. Le robot n’est pas la réponse aujourd’hui. Peut-être le sera-t-il demain, mais ce n’est pas la priorité actuelle.
Le congrès sert aussi à rappeler aux cliniciens qu’il ne faut pas céder aux sirènes du marketing. L’objectif final reste le patient.

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Quel est, selon vous, le bénéfice direct pour un médecin de venir à MedInTechs Society ?
M-O G. Le congrès est réservé aux professionnels, avec un niveau d’expertise élevé. Il est pensé comme un espace d’interaction permanente avec le salon. L’idée est que les participants puissent aller et venir entre les deux, en changeant leur regard.
Grâce au congrès, ils comprennent la démarche scientifique, la méthode, les contraintes d’intégration. Ensuite, en retournant au salon, ils évaluent les solutions différemment, avec plus de recul et d’esprit critique.
Ils ne viennent pas seulement découvrir des technologies, mais comprendre comment elles naissent, comment elles sont évaluées, pourquoi certaines fonctionnent et d’autres échouent. C’est un véritable travail de décryptage de l’innovation.

Comment participer au Congrès ?
M-O G. MedInTechs Society est ouvert aux professionnels de santé, aux chercheurs, aux ingénieurs, aux entrepreneurs et aux étudiants. L’inscription se fait en ligne. Le congrès est payant, mais gratuit pour les étudiants, afin de permettre aux jeunes générations de s’acculturer à ces enjeux.

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