Marguerite Cazeneuve.
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La grève des médecins libéraux lancée ce lundi 5 janvier contre le budget de la Sécurité sociale pour 2026 n’est, selon Marguerite Cazeneuve, « plus maintenant » légitime. Dans une interview publiée par Libération, l’ancienne directrice déléguée de la Caisse nationale d’assurance maladie estime que les revendications initiales ont en grande partie perdu leur objet.
« La plupart des mesures n’ont pas été adoptées »
Interrogée sur la justification du mouvement, Marguerite Cazeneuve se montre explicite. « En réalité, la plupart des mesures qui touchaient directement les médecins libéraux, comme la surtaxation des dépassements d’honoraires, n’ont pas été adoptées », affirme-t-elle dans les colonnes de Libération.
Selon elle, une seule disposition demeure réellement problématique : la possibilité, issue d’amendements parlementaires, pour le directeur général de la Cnam de décider unilatéralement des tarifs des actes techniques. Mais là encore, elle relativise sa portée. « La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, s’est engagée à ne pas l’activer et personnellement, je doute qu’elle soit jamais utilisée puisque cela reviendrait à tuer le principe même des négociations conventionnelles », explique-t-elle dans le quotidien.
Une mobilisation fondée sur une « peur rétrospective »
Marguerite Cazeneuve ne nie pas la tension ressentie par les praticiens libéraux durant les débats budgétaires, mais elle en propose une lecture économique et politique. « À mon sens, cet appel à la grève reflète plutôt une peur rétrospective », analyse-t-elle.
Dans l’entretien, elle rappelle que les médecins libéraux sont aussi des acteurs économiques, sensibles à l’instabilité des discussions parlementaires. « Quand ils ont le sentiment que les débats parlementaires sont hors de contrôle, que des mesures affectant leur exercice sortent du chapeau sans aucune concertation préalable, cela les met sous tension », déclare-t-elle à Libération.
Pour l’ancienne dirigeante de la Cnam, l’enjeu principal est d’éviter que les lois de financement de la Sécurité sociale ne viennent percuter les accords conventionnels conclus avec les professionnels de santé. Elle insiste sur la nécessité de préserver ce cadre de négociation.
Le DMP, un « non-sujet » après la censure constitutionnelle
Parmi les motifs de mobilisation avancés par les syndicats figure l’obligation de remplir le dossier médical partagé (DMP). Une disposition que le Conseil constitutionnel a censurée. Pour Marguerite Cazeneuve, la polémique n’a donc plus lieu d’être. « C’est aujourd’hui un non-sujet puisque le Conseil constitutionnel a censuré cette disposition », tranche-t-elle dans Libération.
Elle va plus loin en rappelant l’enjeu déontologique du DMP : « Le dossier médical numérisé est un outil crucial du parcours de soins des patients. Refuser sciemment de le remplir est déontologiquement inadmissible ». Elle dénonce également les stratégies de pression de certains acteurs, évoquant un « chantage au remplissage du DMP » qu’elle juge « intolérable ».
Départ de l’Assurance maladie et engagement politique
Cette prise de parole intervient dans un contexte particulier. Marguerite Cazeneuve annonce dans le même entretien quitter ses fonctions à la Cnam pour s’engager politiquement. Elle confirme rejoindre Place publique, le parti de Raphaël Glucksmann, tout en entamant une activité professionnelle dans une agence de communication institutionnelle.
Elle explique ce choix par l’approche de l’élection présidentielle de 2027 et par ses inquiétudes face à une possible arrivée de l’extrême droite au pouvoir. « Je ne peux pas rester les bras croisés en attendant que le pire se concrétise. Il faut s’engager ».
Dire que la grogne contre le DMP (au demeurant personne ne conteste son intérêt mais son hypo ergonomie en pratique routinière) est du au "chantage" des radiologues est drôlement trouvé :) et nous fait trop d'honneur ^^
Ne pas imaginer que brandir la menace d'une amende disproportionnée ne braque pas un peu les gens laisse rêveur sur le double discours institutionnel ....
Petit rappel la censure du C. constitutionnel ne s'est pas faite sur le fond mais uniquement sur le fait qu'il s'agissait d'un "cavalier législatif".
Donc merci de ne pas nous prendre pour des idiots.