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« À qui croyez-vous parler Mr Chenut ? ». Dans un communiqué au ton ferme, ce vendredi, l’Ordre des médecins dénonce une vision « réductrice » et « dangereusement éloignée de la réalité de l’exercice médical », en référence aux propos tenus par le président de la Fédération nationale de la Mutualité Française (FNMF), hier, dans les colonnes d’Egora.
Le président de la FNMF, en que « le médecin est la seule personne en France à pouvoir prescrire de l’argent public sans contrôle », voulait attirer l’attention sur le fait que toute prescription médicale déclenche automatiquement une dépense de l’Assurance maladie, sans validation préalable, le contrôle intervenant le plus souvent a posteriori.
Éric Chénut, qui plaide pour une remise à plat de l’organisation du système, de la gouvernance et de la pertinence des prescriptions, estime que l’harmonisation des pratiques à partir de référentiels validés pourrait permettre de « redéployer 15 à 20 milliards d’euros » de dépenses de santé.
Il défend également une évolution des organisations de soins, appelant à « regarder la réalité des pratiques » et à ne plus considérer que « tout passe nécessairement par le médecin », notamment dans un contexte de désertification médicale. Il souligne toutefois que, dans ce cas de figure, la liberté de prescription resterait intacte, le médecin pouvant toujours « déroger en le justifiant ».
Pas une question administrative ou financière
Une approche que l’Ordre juge préoccupante. « Opposer la liberté de prescription à l’efficience du système revient à méconnaître ce qu’est l’acte médical », estime le Cnom, qui rappelle que la prescription est déjà encadrée par des référentiels, des recommandations de bonnes pratiques et des contrôles multiples.
Pour le Cnom, la prescription ne peut être assimilée à un simple acte administratif ou financier. « Prescrire, c’est réaliser un acte clinique personnalisé, construit pour un patient dans un contexte singulier », rappelle-t-il, soulignant que cet acte engage la responsabilité du médecin tout au long de sa carrière.
L’institution met en garde contre toute « marginalisation du rôle du médecin », qui ferait peser selon elle des "risques majeurs" » sur la sécurité des patients, la pertinence des décisions et la cohérence des parcours de soins.
« La démographie médicale insuffisante ne saurait devenir un prétexte à transformer le modèle français en un système où les décisions cliniques seraient standardisées, automatisées ou pilotées par des logiques financières », affirme-t-elle.
Si le CNOM se dit prêt à participer aux réflexions sur l’évolution du système de santé, il rejette « fermement » toute tentative de « dévalorisation ou de dilution du rôle médical ».