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« Le récent blocage et les risques sécuritaires accrus dans le détroit d’Ormuz ont créé d’importantes difficultés pour l'acheminement des médicaments », indique le groupe allemand de services logistiques Rhenus, interrogé par l'AFP, faisant état de « retards » et de « complexité accrue » pour les envois pharmaceutiques.
La fermeture de plusieurs espaces aériens du Golfe et les suspensions de vols ont également « affecté la livraison de médicaments dans les délais, en particulier ceux qui nécessitent un transport rapide et sous température contrôlée », constate le spécialiste.
« Des médicaments à forte valeur ajoutée et nécessitant un transport rapide, comme les biomédicaments, sont particulièrement exposés, car ils dépendent fortement du fret aérien », détaille à l'AFP Leyla Hasanzadeh, analyste en économie de la santé chez GlobalData.
Des retards dans la logistique sous chaîne du froid augmentent par ailleurs le risque de dégradation de ces produits sensibles dont font partie les insulines, vaccins, anticorps monoclonaux, thérapies géniques et cellulaires.
« Les chaînes pharmaceutiques mondiales utilisant Dubaï comme point de transbordement seront particulièrement affectées par la fermeture » de l'aéroport international, qui sert de plaque tournante cruciale pour cette industrie, selon GlobalData.
Détours plus longs et plus chers
Rhenus dit « faciliter le transport terrestre lorsque cela est possible » pour les envois pharmaceutiques critiques et « privilégier des vols directs entre l'Asie et l'Europe qui contournent l'espace aérien du Golfe ».
De son côté, le géant DHL affirme pouvoir « adapter les itinéraires ou proposer des solutions de transport alternatives », selon Nico Schütz, patron pour la France de la filiale DHL Supply Chain.
Mais cela prend plus de temps : « les détours via des routes alternatives, par exemple Istanbul, ajoutent 2 à 5 jours supplémentaires aux expéditions », relève Leyla Hasanzadeh, ajoutant que le réacheminement « par voie maritime serait encore plus long ».
Au-delà des délais supplémentaires, ces réorganisations ont aussi un coût. « Les laboratoires pharmaceutiques qui mettent en place des routes alternatives comme les vols directs Inde-Europe font face à des coûts d'exploitation plus élevés, en particulier en raison de la hausse des prix mondiaux du pétrole et du gaz », souligne GlobalData.
Depuis les attaques contre des navires marchands au large du Yémen, « beaucoup d'industriels pharmaceutiques ont déjà pris l'habitude de contourner l'Afrique », observe toutefois Thomas Croisier, associé au cabinet de conseil en stratégie Kearney.
GlobalData estime de 10 à 15 jours l'augmentation du temps de transport via le cap de Bonne-Espérance, en Afrique du Sud.
Les matières premières aussi concernées
Le secteur pharmaceutique dépend de certaines matières premières utilisées pour fabriquer des principes actifs mais aussi des excipients et des matériaux de conditionnement. Or, des intrants, comme l'éthylène, l'urée, l'ammoniaque et la paraffine, proviennent directement des pays du Golfe.
C'est là où se situent « des vapocraqueurs très compétitifs », des installations pétrochimiques qui transforment des hydrocarbures en intermédiaires chimiques pouvant être utilisés dans la fabrication de certains ingrédients pharmaceutiques, explique Céline Crusson-Rubio, déléguée générale du Sicos, syndicat professionnel de la chimie fine pharmaceutique. C'est le cas notamment de la paraffine, qui transformée en vaseline entre dans la fabrication des crèmes.
« Les producteurs de la pétrochimie sont tout à fait en capacité de produire ces molécules en Europe : on a quand même cinq vapocraqueurs en France, mais il y aura de toute façon un impact indéniable sur les prix vu l'augmentation du prix du gaz », selon elle.
A terme, la production de médicaments pourrait « ralentir si les importations de matières premières et de principes actifs (API) sont retardées », prévient GlobalData.
« Les entreprises pharmaceutiques disposent de processus bien établis de gestion des risques et de plans de contingence pour faire face aux perturbations potentielles des chaînes d'approvisionnement mondiales », assure de son côté la Fédération Internationale des fabricants pharmaceutiques (IFPMA).
Avec AFP
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