« Je vous demande de me donner le choix de mourir quand je le déciderai » : La lettre ouverte aux parlementaires de ce médecin atteint d’un cancer incurable

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Atteint d’un cancer du cerveau incurable, le Dr Christophe Pauron, urgentiste de 52 ans, interpelle sénateurs et députés en plein débats sur l’aide à mourir. Dans une tribune publiée par Mediapart, co-écrite avec son frère journaliste, il réclame le droit de choisir le moment de sa mort et fustige le « manque de confiance » et « de considération » des élus envers les soignants et les patients.

 « Je vous demande de me donner le choix de mourir quand je le déciderai » :  La lettre ouverte aux parlementaires de ce médecin atteint d’un cancer incurable

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Médecin urgentiste depuis une vingtaine d’années, Christophe Pauron, 52 ans, est aujourd’hui hospitalisé à Toulouse, ville dans laquelle il a lui-même exercé.

 Il y a quelque mois, il apprend qu’il est atteint d’un « cancer généralisé avec des atteintes cérébrales multiples importantes », écrit-il dans une tribune publiée aujourd'hui par Mediapart. « J’ai su d’emblée sur quelle route je m’engageais » - les soins palliatifs - , alors que « la balance bénéfices-risques n’(était) pas en faveur d’une intervention », 

« Ils ont retoqué l’aide à mourir, ces connards ! »

Depuis l’annonce de sa maladie, l’urgentiste s'est attaché à organiser ce qu’il pouvait encore vivre : un mariage célèbré en urgence, des retrouvailles, mais aussi les démarches administratives. « L’important n’est pas tant de se préparer à mourir que de rester vivant jusqu’au bout », estime-t-il.

Il pensait toutefois pouvoir conserver la maîtrise de la fin : « avoir le luxe et la sérénité de pouvoir maîtriser le timing final », soit au moment où la souffrance deviendrait insupportable, et tant qu’il serait encore lucide.

C’est donc avec colère qu’il a apprend, depuis son lit d’hôpital, que le Sénat a rejeté le texte sur l’aide à mourir, le 28 janvier dernier : « Putain ! Dire qu’ils ont retoqué la loi sur l’aide à mourir, ces connards ! », réagit-il devant les informations.  

Dans son texte, Christophe Pauron s’adresse frontalement aux sénateurs et députés - ces derniers ayant entamé depuis un nouvel examen du texte - estimant avoir été privé d’une liberté fondamentale.

Il questionne explicitement les arguments invoqués, alors que la majorité des Français sont favorables à une loi sur l'euthanasie : « Cette liberté, destinée à quelques patients, comme moi, ayant une maladie incurable, douloureuse, à l’issue fatale, vous la refusez au nom de quel concept ? ». « Quel est ce manque de confiance envers nos métiers et nos compétences qui vous pousse à vider de toute substance cette loi ? », abonde-t-il. 

« Accordez ce choix à tous les autres citoyens et citoyennes » 

Le Dr Pauron rappelle aussi ce qu’il a déjà vécu en tant que médecin, lorsqu’il a dû accompagner des patients en fin de vie. Il évoque cette question qu’il dit avoir parfois posée, sans détour : « Voulez-vous dormir ? » – sous-entendu « et ne pas vous réveiller ? »

Pour lui, cette possibilité d’endormissement définitif fait déjà partie de l’accompagnement médical dans certaines situations. Et il décrit l’apaisement qu’il a vu chez les patients, « car ils étaient prêts » à partir. 

S’il reconnaît les progrès importants des soins palliatifs depuis la loi Leonetti de 2005, Christophe Pauron estime que la France doit aller plus loin en légalisant l’aide à mourir, « cette loi préservant la dignité humaine de celui qui souffre ».

Il s’inquiète d’un débat politique qui ignore, selon lui, le vécu des malades. « Quelle philosophie prône le “laisser souffrir” plutôt que le “vivre dignement jusqu’au bout” ? » interroge-t-il enfin. 

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/magazine/66

En conclusion, il rappelle qu’il possède, en tant que médecin, les connaissances techniques pour hâter une sédation s’il le désirait. Mais Christophe Pauron demande surtout un droit pour « tous les autres citoyens et citoyennes ».  

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