« Un médecin près de chez vous » : dans le Cher, aucun volontaire à l’horizon

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Annoncé en juin 2025 par le gouvernement dans le cadre du « pacte de lutte contre les déserts médicaux », le dispositif de solidarité territoriale, rebaptisé « Un médecin près de chez vous », devait permettre à des généralistes volontaires d’assurer jusqu’à deux jours de consultations par mois dans 151 inter-communalités identifiées comme « zones rouges ». Dans le Cher, l’appel n’a suscité aucune candidature.

« Un médecin près de chez vous » : dans le Cher, aucun volontaire à l’horizon

© Midjourney x What's up Doc

Six communautés de communes du département – Pays de Nérondes, Berry Grand Sud, Arnon-Boischaut-Cher, les Trois Provinces, Portes du Berry entre Loire et Val d’Aubois et Berry Loire Vauvise – avaient été retenues dans cette cartographie nationale. Mais « cinq mois plus tard, aucun signe de médecins volontaires », rapporte Le Berry Républicain.

« C’est dramatique. On a l’impression qu’il s’agissait simplement d’un effet de manche », déclare au quotidien régional Jean-Luc Brahiti, président de la communauté de communes Berry Grand Sud. L’élu affirme avoir engagé près de 10 000 euros pour préparer l’accueil de praticiens : « On a rempli toutes les conditions, on a même dépensé 10 000 € pour du matériel et des installations. »

Thierry Porikian, président du Pays de Nérondes, se montre plus mesuré mais pointe, lui aussi un défaut de concertation : « Je regrette simplement cet effet d’annonce sans concertation avec les acteurs sur le terrain. »

L’Agence régionale de santé Centre-Val de Loire confirme au Berry Républicain qu’un appel à volontaires a bien été lancé, assorti d’une indemnité de 200 euros par jour (100 euros la demi-journée), en complément des honoraires perçus. « Ça ne prend pas », reconnaît l’ARS, évoquant des médecins « qui peinent déjà à satisfaire » leur patientèle et ne souhaitent pas « aller ailleurs ».

Des chiffres nationaux modestes

Au niveau national, le ministère de la Santé faisait état, début 2026, de « plus de 300 médecins engagés » et de « plus de 6 500 consultations réalisées depuis octobre ». Des chiffres à mettre en perspective avec les 2,5 millions de patients potentiellement concernés par le dispositif et les 226 millions de consultations de médecine générale réalisées en 2024.

Dans une chronique publiée dans Libération, le Dr Christian Lehmann, généraliste en retraite, a livré un témoignage critique sur la mise en œuvre du dispositif. Après avoir envisagé de se porter volontaire, il décrit « le flou organisationnel ambiant » et une plateforme d’inscription « sans aucune information concernant la procédure, le matériel, les logiciels ».

Citant des confrères volontaires, il rapporte notamment le récit d’un généraliste évoquant « un fiasco », des créneaux quasi vides et une expérimentation « suspendue » sans explication. L’un d’eux confie : « J’ai été pris pour un con, dans un agenda politique, pour faire semblant de régler la désertification médicale. »

Un autre médecin témoigne des difficultés de continuité des soins, rappelant que, même en mission ponctuelle, le praticien reste responsable du suivi des prescriptions et des résultats biologiques. « Le système est bancal, j’ai arrêté », conclut-il dans la tribune.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/deserts-medicaux-une-semaine-par-pour-ouvrir-800-centres-medecins-solidaires-lance-un-appel

Des initiatives locales qui fonctionnent

Le Berry Républicain souligne toutefois que d’autres dispositifs volontaires donnent des résultats dans le département, comme le centre médical de Charenton-du-Cher porté par l’association Médecins Solidaires, qui revendique 11 000 consultations et 2 000 patients ayant retrouvé un médecin traitant depuis son ouverture.

Le service d’accès aux soins (SAS 18), accessible via le 116 117, est également présenté par l’ARS comme un outil opérationnel pour les demandes urgentes non programmées.

Dans le Cher, malgré l’absence actuelle de volontaires pour « Un médecin près de chez vous », les élus concernés affirment rester mobilisés. « Si un médecin est volontaire, nous serons prêts », assure Jean-Luc Brahiti.

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