Urgences au pied du Mont-Blanc : 7 500 euros par mois pour exercer au cœur des avalanches, le témoignage d’une médecin de montagne

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Stéphanie Pachiaudi est médecin urgentiste aux urgences de Sallanches (Haute-Savoie) à deux pas du Mont blanc. Dans un entretien pour L’Équipe, elle raconte son exercice et son parcours.

Urgences au pied du Mont-Blanc : 7 500 euros par mois pour exercer au cœur des avalanches, le témoignage d’une médecin de montagne

© Midjourney X What's up Doc

Au service d’urgences de Sallanches, il y a une quarantaine de médecins. Stéphanie Pachiaudi l’affirme : « on a tous un lien fort avec la montagne et le sport. » C’est d’ailleurs « un prérequis pour exercer ce métier. Il ne faut pas être un boulet lors des interventions, notamment en cas d’avalanche ou de chute en crevasse. » Le matériel transporté par les soignants est lourd et les conditions d’exercice peuvent être extrême.

L’été, les causes principales d’accidents sont les chutes de pierres. L’hiver, elles sont multiples et le froid rend les interventions compliquées. « Il faut entuber dans le froid, préparer les seringues en évitant qu'elles gèlent, avec l'hélico qui vole au-dessus et soulève la neige », raconte Stéphanie Pachiaudi à L’Équipe.

En haute saison, les urgences de Sallanches accueillent jusqu’à 230 patients par jour (contre 90 le reste de l’année.) Heureusement, des renforts sont prévus durant l’hiver. 
Parmi les pathologies les plus courantes, les secouristes de montagne retrouvent des fractures de jambes, des traumatismes crâniens ou des hypothermies. 

Des interventions qui marquent

La médecin confie une intervention qui l’a particulièrement marquée. « C'était en 2007. Un jeune homme de 26 ans était parti en snowboard avec un copain. Quand on l'a trouvé, à 2000 m, il était nu à l'exception de son caleçon tant le choc avait été violent. L'avalanche l'avait littéralement déshabillé. Ses deux pieds avaient été sectionnés par son snowboard. Sa planche et ses pieds étaient restés sous la neige... Mais il était conscient. Il s'en est sorti, il est même remonté sur des skis, par la suite. »

Les secouristes d’altitude doivent aussi faire preuve de beaucoup d’humanité. Stéphanie Pachiaudi se souvient des nombreuses fois où elle a dû annoncer le décès d’un proche à leur famille par téléphone. « Il n'y a pas de milieu comparable à la haute montagne. C'est assez banal de mourir ici, c'est même presque une gloire, pour certains. Et ça pèse. Ça pèse »

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L’urgentiste n’est pas « en colère » contre ceux qui pratiquent des disciplines à risque. « Je respecte absolument la liberté des gens. Le danger est inhérent à la vie en haute montagne. »

Ce qu’elle n’accepte pas, ce sont ceux qui partent en montagne même quand la météo ne le permet pas, faisant peser des risques pour eux et pour les soignants. 

« Il arrive d'ailleurs que les secouristes prennent la décision de ne pas intervenir en haute montagne car les conditions sont trop dangereuses et qu'elles peuvent basculer très vite », explique Stéphanie Pachiaudi.

Des conditions de travail qui se dégradent

« Une journée standard aux urgences de Sallanches, c'est 8h-20h, mais on fait souvent plus car on a du mal à partir en laissant un patient... » S’il n’y a pas de pénurie de médecin en Haute-Savoie, les conditions de travail se dégradent comme partout. Le budget se resserre et les infirmières partent pour la Suisse où le salaire est bien plus avantageux. « Il arrive certains soirs que trente patients dorment dans le couloir », déplore Stéphanie Pachiaudi.

À 51 ans, l’urgentiste confie que si rien ne change, elle ne tiendra pas plus de 5 ans à ce poste, même si le salaire lui convient. « Toutes primes comprises, en tenant compte des nuits, je touche 7 500 euros impôts prélevés, pour 48/50 heures par semaine. Je me trouve très largement assez payée pour ce que je fais. »

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Pourtant, la lassitude se fait ressentir. Alors, Stéphanie Pachiaudi pense à la médecine carcérale ou à la gériatrie. Mais, ce qui est sûr, c’est que la médecin n’ira pas vivre ailleurs. « Entendre les oiseaux, être entourée de montagnes et d'arbres, pouvoir marcher, grimper, skier dans ce décor, c'est un besoin », conclut la médecin dans les colonnes de L’Équipe.

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