© Malcolm B. Randy
What’s up Doc : Médecin le jour et humoriste le soir, comment cette double vie a-t-elle commencé ?
Malcom B. Randy : J’ai toujours mis un point d’honneur à continuer d’avoir des activités en dehors de mes études et de mon métier. Dès la deuxième année de médecine, j’ai repris le foot et j’ai commencé la danse. Finalement, c’était un peu trop prenant donc j’ai enlevé la danse mais jusqu’à aujourd’hui, je continue de faire du foot.
Un soir, je suis allé assister à un spectacle de stand-up. Cela m’avait toujours attiré. À la fin de la soirée, j’ai discuté avec les humoristes et nous sommes restés en contact.
Suite à cette conversation, la graine a germé et en janvier 2024, j’ai eu l’occasion de me lancer sur scène pour la première fois.
J’ai énormément apprécié ce moment, même si, je dois avouer que cela ne s’est pas très bien passé. Pourtant Je m’étais pas mal préparé. Sauf que la veille, un stand-upper qui m’avait pris sous son aile, a relu mon texte. Selon lui, j’avais pas mal de points à améliorer dans mon sketch. Et donc j'ai réécrit mes textes un peu trop rapidement.
Résultat, le soir venu, j'avais 5 minutes de spectacle à jouer. Et honnêtement, sur les trois premières minutes : j’ai récolté quasiment zéro rire.
Ça n’a pas été le meilleur moment de ma vie. Puis les deux dernières minutes, j'ai raconté une anecdote marrante, un souvenir d’un remplacement, et là les gens ont commencé à rire. Depuis je n’ai rien lâché et ça marche de mieux en mieux !
Quelles ont été les réactions de vos proches et confrères ?
MBR : Mes amis proches m'ont toujours poussé à me lancer et à persévérer. Je suis entouré d’autres médecins qui ont aussi à cœur de garder une vie personnelle à côté de leur exercice. On a tous des passions/activités.
Pour ma famille, ce n’était qu’une passade. Pour eux, si je suis docteur, il ne peut rien avoir d'autre ou en tout cas rien de sérieux. Initialement, moi-même je ne pensais pas que l’humour allait prendre une telle place dans ma vie.
Quand j’ai commencé, j’exerçais encore à l'hôpital. Ça a un peu surpris parce qu’un médecin qui fait du stand-up, ça ne court pas les rues.
Vous ne souhaitez pas parler de cette « double-vie » à vos patients pour le moment. Pourquoi ?
MBR : J’ai peur que cela joue sur mon image de médecin. Je n’ai pas envie que mes patients me prennent moins sérieux parce que je fais des blagues.
Il y aussi le fait que j’exerce dans un désert médical, il y avait plusieurs médecins avant mon arrivée qui sont partie en retraite. Donc, mes patients ont l’habitude d’avoir un soignant plus « vieux », plus « traditionnel. » Je ne veux pas les brusquer.
Après, si j’étais un virtuose du piano, peut-être que j’aurais moins de mal à en parler aux patients. Mais déjà le faut que je suis plus jeune et bien plus moderne que leur ancien médecin, le stand-up, ça pourrait être un peu trop pour eux.
« Mes patients ont l’habitude d’avoir un soignant plus 'vieux', plus 'traditionnel.' Je ne veux pas les brusquer. »
Comment voyez-vous la suite ? Est-ce que vous pourriez un jour mettre la médecine entre parenthèses si le stand-up prenait le dessus ?
MBR : Mon rêve ce serait de pouvoir être médecin 50% du temps et poursuivre dans l’humour les 50% restant. Je ne me vois pas arrêter d’exercer parce que je suis passionné par mon métier. D'un autre côté, c'est vraiment un métier prenant, et si je veux « évoluer » je n’aurais pas le choix que de ralentir un peu.
Quelle thématique abordez-vous le plus sur scène ? Votre métier est-il une source d’inspiration ?
MBR : Je parle de plein de choses différentes mais je me suis rendu compte que j'avais beaucoup moins de mal à écrire sur des choses que je vivais. En plus de cela, ma situation est « originale. » Des médecins qui font de l’humour il y en a peu, et des médecins noirs en déserts médicaux aussi. En prime, je suis un enfant des quartiers.
Mon histoire de vie est différente de celle de la plupart de mes confrères. Le stand-up me permet d'en rigoler, de faire rire et d’amener quelque chose de nouveau sur scène.
Un message pour les étudiants, internes et jeunes médecins ?
MBR : Ne faites aucun choix en fonction de ce que les gens pourraient penser. L’ambiance générale des études de médecine est très élitiste. Les professeurs et les vieux chefs de services ne vous parleront que de classements et de réussite.
Tout cela peut vous mettre dans une bulle négative et angoissante. Ayez des activités qui vous plaisent, qui vous font sortir la tête de l’eau, même si ce ne sont pas les plus « conventionnelles. »
Vous cassez l’image traditionnelle du médecin ?
MBR : Si je peux contribuer à mon échelle à faire changer les mentalités, c’est une belle victoire. En plus du stand-up, je fais du contenu humour sur les réseaux sociaux. La vulgarisation comme les publications de beaucoup de confrères, ça ne m'intéressait pas du tout. Je veux montrer aux gens et aux jeunes médecins qu’on peut parler d’autre chose que de la médecine.
On n’est pas non plus obligé de reproduire des schémas construits par nos professeurs. Sortons des cases. Faisons des activités dites « populaires. » Passons d’un modèle vertical à une relation plus horizontale entre médecin et patient.
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