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En France, comme partout dans le monde, le secteur de la médecine esthétique connaît une ascension fulgurante : le marché a progressé de 64% entre 2018 et 2024. Et selon l’Ordre des médecins, environ 2 millions de patients ont déjà consulté un médecin pour des soins esthétiques, dont plus de la moitié pour des injections d’acide hyaluronique ou de botox.
Cet essor s’accompagne toutefois de dérives : « près de 40% des injections à visée esthétique seraient aujourd’hui réalisées hors cadre médical », selon le Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique (CBPME). « Le marché parallèle est estimé à 800 millions d’euros d’actes non déclarés, soit 160 millions d’euros de TVA non collectée », avec, parfois, des complications à la clé pour les patients.
Cette association regroupant quelque 200 médecins du secteur vient de dévoiler son « label des bonnes pratiques en médecine esthétique », censé permettre aux patients d’identifier facilement les « praticiens qualifiés » qui s’engagent dans une démarche de transparence et de qualité, en opposition aux « fake injectors ».
3 ans renouvelables
Ce label « ne se substitue pas aux autorités ordinales ni aux pouvoirs publiques », précise le Cercle dans un communiqué. « Il vient compléter le cadre existant en apportant ce qui manque aujourd’hui : un standard clair, vérifiable et compréhensible par tous ».
Le dispositif repose sur une vingtaine de critères structurés autour de cinq axes : « qualification et cadre d’exercice », « information et protection du patient », « sécurité et traçabilité », « déontologie et communication » et « qualité et amélioration continue ».
Pour obtenir sa labellisation, d’une durée de trois ans renouvelables, le médecin doit être diplômé dans l’Union européenne, inscrit à l’Ordre, avoir reçu une formation esthétique et « exercer dans un environnement médical conformes aux exigences sanitaires », précise le Cercle. Une fois validé, « le dossier du médecin labellisé est envoyé à l’Ordre des médecins ».
Un DIU sinon rien
Côté ordinal justement, on ne voit pas l’initiative d’un très bon œil et on ne souhaite pas y être associé. « Si chacun demeure libre de s’engager pour une cause, la reconnaissance d’une formation relève exclusivement des acteurs institutionnels, ce qui n’est pas le cas » du CBPME, indique le Conseil de l’Ordre à What’s up Doc.
« Dans ces conditions, la participation de l’Ordre à cette manifestation pourrait être interprétée comme une forme de caution apportée au label qu’elle promeut », ce qu’il ne souhaite pas.
Selon l’institution, 5 000 médecins, essentiellement généralistes, pratiqueraient des actes esthétiques, très lucratifs et non encadrés par l’Assurance maladie. L’exercice séduirait des médecins de plus en plus jeunes, contribuant ainsi à déséquilibrer la balance démographique de la profession.
Pour réguler ce phénomène, l’Ordre a créé un diplôme inter-universitaire (DIU) spécialisé en médecine esthétique, s’adressant à tous les médecins après trois ans d’exercice. Ce diplôme, qu’il « soutient » et « reconnaît », est « destiné à s’intégrer au futur Droit d’Exercice Complémentaire dans le champ de la qualification d’actes médicaux à visée esthétique », précise-t-on.
« Une communication d’ampleur sera engagée lors de sa mise en place. Notre priorité est désormais d’en accélérer la mise en œuvre », complète le Cnom, qui précise que le CNP de dermatologie a également décliné l’invitation de l’association.
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