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La plainte initiale, avec constitution de partie civile, remonte à 2020. Une nouvelle plainte a été déposée fin 2025. Visant cette fois l'établissement en tant que personne morale, elle dénonce une « violence institutionnelle de l'AP-HP » et cible six responsables — issus des ressources humaines, des affaires juridiques, de la médecine du travail, notamment — principalement pour harcèlement moral, comme l'a révélé L'Humanité. L'AFP a pu en prendre connaissance.
À « l'exception du harcèlement sexuel », Emilie Hardouin « est victime » d'« une réitération et une prolongation des agissements dont elle a saisi la justice » en 2020, selon l'évaluation de son avocat Patrick Ramaël, contacté par l'AFP. « Mon combat doit servir à d'autres, pour ne plus avoir peur de porter plainte », confie Emilie Hardouin, rencontrée par l'agence.
Des accusations qui remontent aux années 2010
Tout commence lorsqu'elle accuse son ancien chef de pôle à l'AP-HP, Guy L., de harcèlement sexuel au cours des années 2010 : entre « fantasmes » que lui aurait confiés ce supérieur, « blagues lourdingues » et un mail nocturne l'enjoignant d'être « plus persuasive… », les griefs s'accumulent.
Apprenant qu'elle souhaite quitter le service, il aurait obtenu le renouvellement de son contrat. Elle se retrouve alors, dit-elle, affectée dans un « étage vide, dans un bureau sans internet », réduite à aller « télécharger des documents chez des collègues ». C'est plus tard, après être sortie « du déni », qu'Emilie Hardouin décide de porter plainte, en 2020.
Une instruction toujours en cours
À ce stade, Guy L. n'est pas poursuivi : il bénéficie du statut plus favorable de témoin assisté, précise son avocate, Catherine Tamburini-Bonnefoy, qui souligne que son client est « tenu au secret de l'instruction ».
Sur le plan pénal, un juge d'instruction avait ordonné un non-lieu en mai 2022 — décision infirmée par la cour d'appel de Paris en septembre 2023, selon une source judiciaire contactée par l'AFP. « L'instruction » liée à la plainte de 2020 est donc désormais « toujours en cours », confirme le parquet de Paris. L'AP-HP, pour sa part, indique à l'AFP qu'elle « s'interdit par principe de commenter les procédures judiciaires en cours ».
Sur le plan professionnel, Emilie Hardouin tente de se réorienter. Ses périodes d'essai échouent les unes après les autres : les entreprises concernées sont « prestataires » de l'AP-HP, et sa plainte contre l'institution lui serait préjudiciable, estime-t-elle.
Après avoir bénéficié du RSA, elle saisit le tribunal administratif de Paris, qui lui accorde en mars 2024 la protection fonctionnelle, selon une ordonnance dont l'AFP a eu connaissance. Ce dispositif permet à un agent public — statut qu'Emilie Hardouin conservait — de bénéficier d'une prise en charge des frais d'avocat par l'administration, notamment en cas de harcèlement.
Son avocat dans ce volet administratif, Jean-Christophe Ménard, juge « incompréhensible » qu'Emilie Hardouin « ait dû aller jusqu'à saisir le juge des référés pour se voir accorder la protection fonctionnelle, alors que l'AP-HP disposait de tous les éléments démontrant l'existence d'un harcèlement ».
Une réintégration contestée
L'AP-HP affirme « s'attacher à appliquer les décisions de justice et à respecter les règles en vigueur », y compris « s'agissant des conditions dans lesquelles elle attribue la protection fonctionnelle ». Mais Jean-Christophe Ménard rétorque que « dans le même temps, l'AP-HP a accordé sans difficulté la protection fonctionnelle à l'un des auteurs, certes présumé innocent, de ces agissements ».
Pour ne pas perdre son statut d'agent public, Emilie Hardouin réintègre l'AP-HP en avril 2025. Elle dénonce à nouveau une « placardisation » : des « postes vacants conformes à son statut » ne lui seraient pas attribués.
Asdine Aissiou, responsable syndical CGT ayant suivi un temps son dossier, juge lui aussi la situation « incompréhensible » : « Il est important que cette situation soit rapidement clarifiée. Pour moi, sa bonne foi ne fait aucun doute. »
L'AP-HP assure s'être « mobilisée pour créer les conditions adaptées à la situation d'Emilie Hardouin et faciliter sa réintégration », et décrit un poste actuel « stable, conforme à son grade et son statut, et donc avec un niveau de rémunération correspondant ». Emilie Hardouin, elle, parle d'une « mission temporaire, sans responsabilités », assortie d'une perte de 223 euros par mois.
Avec AFP
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