Génocide au Rwanda : condamné à 27 ans, l’ancien médecin Eugène Rwamucyo de retour devant les assises

Article Article

Condamné en 2024 à 27 ans de réclusion criminelle pour complicité de génocide et de crimes contre l’humanité, l’ancien médecin rwandais Eugène Rwamucyo comparaît à nouveau depuis mardi 9 juin devant la cour d’assises de Paris. Âgé de 67 ans, il conteste toute implication dans le génocide des Tutsis au Rwanda, qui a fait entre 800 000 et un million de morts en 1994.

Génocide au Rwanda : condamné à 27 ans, l’ancien médecin Eugène Rwamucyo de retour devant les assises

© ChatGPT

Le procès en appel d’Eugène Rwamucyo s’est ouvert mardi 9 juin à Paris, pour six semaines d’audience autour du rôle prêté à cet ancien médecin rwandais lors du génocide des Tutsis, en 1994.

Condamné en octobre 2024 à 27 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises de Paris, l’accusé avait été acquitté des chefs de génocide et de crime contre l’humanité, mais reconnu coupable de complicité de génocide, de complicité de crimes contre l’humanité et de participation à une entente en vue de la préparation de ces crimes.

En appel, Eugène Rwamucyo, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, comparaît de nouveau en vertu de la compétence universelle, permettant à la justice française de juger certains crimes internationaux, même commis à l’étranger.

Une implication contesté dans les fosses communes

Lors du premier procès, la cour avait retenu sa participation à l’ensevelissement de milliers de cadavres dans des fosses communes à Butare, dans le sud du Rwanda, où il exerçait alors comme médecin enseignant à l’université.

Mais son rôle précis reste au cœur des débats. En première instance, la cour avait estimé qu’un doute persistait sur le fait qu’il ait donné l’ordre d’achever des survivants ou de les enterrer vivants. Elle avait toutefois considéré qu’il avait contribué à la logistique des crimes en coordonnant, avec des autorités locales, des interventions sur les lieux de massacres.

Le président de la cour d’assises avait souligné, dans la motivation de la condamnation, « l’énormité des crimes dont il est personnellement responsable et qu’il dénie ». La juridiction avait qualifié les faits de « gravité inouïe ».

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/video/post-mortem-sosthene-munyemana-le-medecin-rwandais-juge-en-france-30-ans-apres-le-genocide

Eugène Rwamucyo nie les accusations. Mardi, à l’ouverture de son procès en appel, il a de nouveau clamé son innocence. « Pendant 15 ans, on a essayé de me faire passer pour un extrémiste, un monstre que je ne suis pas », a-t-il déclaré ajoutant : « Je partage l’immense douleur des rescapés du génocide ».

Son avocat, Me Jean-Christophe de Block, a défendu auprès de RFI l’image d’un homme qui « a toujours compati avec toutes les personnes qu’il a soignées », assurant qu’il « ne remet pas en cause le génocide des Tutsis ».

Les parties civiles attendent une confirmation

Les parties civiles espèrent, elles, que la cour confirmera la condamnation. Alain Gauthier, président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda, à l’origine de la plainte déposée en 2007, estime dans Le Monde qu’Eugène Rwamucyo est « un idéologue, un extrémiste de premier plan ».

Les avocats de l’association Survie et de dizaines de victimes, Mes Hector Bernardini et Jean Simon, ont dit espérer que l’accusé adopte une défense cohérente avec ses déclarations de compassion. « On ne voudrait pas qu’il vienne faire une sorte de banalisation de ce qu’il s’est passé en 1994 au Rwanda », ont-ils déclaré à RFI.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/un-autre-medecin-rwandais-juge-en-france-pour-sa-participation-supposee-au-genocide

Né en 1959 au Rwanda, Eugène Rwamucyo a étudié la médecine à Leningrad, aujourd’hui Saint-Pétersbourg, avant de revenir dans son pays. Après le génocide, il a quitté le Rwanda, puis s’est installé en France à la fin des années 1990. Il a notamment travaillé comme médecin du travail au centre hospitalier de Maubeuge.

La première journée d’audience a été consacrée à l’installation des jurés, à des questions de procédure, au dispositif prévu pour entendre des témoins depuis le Rwanda et au rappel du contexte historique. Le procès doit se tenir jusqu’à la mi-juillet.

Aucun commentaire

Les gros dossiers

+ De gros dossiers