Plan Greffe : le baromètre 2026 alerte patients et médecins, qui réclament un changement de cap

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Patients, sociétés savantes et associations montent au créneau. Ils estiment que le Plan Greffe 2022-2026 est en train d’échouer à atteindre ses objectifs et appellent à des mesures immédiates. 

Plan Greffe : le baromètre 2026 alerte patients et médecins, qui réclament un changement de cap

© Midjourney X What's up Doc

« Nous, patients et professionnels, exprimons notre très vive préoccupation face aux résultats d’activité 2025 du prélèvement et de la greffe, qui appellent une analyse lucide et des mesures correctrices urgentes », écrivent-ils dans un communiqué.

La quatrième année du Plan Greffe marque selon eux un tournant inquiétant. Le nombre de greffes réalisées en 2025 se situe désormais « en-deçà de la borne basse du “couloir de croissance” fixé par le plan, toutes greffes confondues ». 

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/6-148-greffes-realisees-en-2025-un-record-mais-une-opposition-croissante-des-jeunes-et-des

La même tendance est observée pour les greffes rénales issues de donneurs vivants. Les signataires préviennent qu’« à trajectoire inchangée, les résultats attendus à fin 2026 apparaissent d’ores et déjà nettement plus bas que les objectifs minimaux fixés ».

Les données présentées par l’Agence de la biomédecine montrent qu’en 2025, 6 148 greffes ont été réalisées, alors que la liste d’attente totale atteint 22 938 patients. 

À titre de comparaison, en 2018, la liste comptait 16 507 personnes pour 5 822 greffes réalisées. 

Une pression croissante sur la greffe rénale

La greffe de rein représente « près de 9 inscrits sur 10 » sur liste d’attente. Les patients, sociétés savantes et associations parlent d’un « décalage entre les besoins de la population et l’activité de greffe » qui « se creuse inexorablement », entraînant un « allongement déraisonnable des durées d’attente ». 

Les conséquences sont jugées graves. « Ces délais d’attente génèrent des pertes de chance graves : l’état des patients se dégrade, les décès en liste augmentent, et les sorties de liste pour aggravation, dont le pronostic est tout aussi défavorable, se multiplient », alertent les auteurs du communiqué. 

Ils soulignent que les données 2025 sur les décès et sorties de liste pour la greffe rénale ne sont pas encore disponibles, ce qui laisse planer une incertitude supplémentaire.

L’Espagne, un modèle à suivre

Pour appuyer leur démonstration, les signataires comparent la situation française à celle de l’Espagne, qualifiée de « référence mondiale en matière de don et de greffe d’organes ». Selon eux, ce pays illustre « l’impact d’une organisation volontariste, structurée et priorisée : plus de greffes, des délais d’attente de l’ordre de quelques semaines ou mois et des décès en liste d’attente devenus exceptionnels ».

L’Espagne affiche 52 donneurs décédés prélevés par million d’habitants, contre 28,5 en France. La part des prélèvements sur donneurs en arrêt circulatoire y dépasse 50 %, alors qu’elle reste inférieure à 17 % en France.

En outre, 56 % des patients en insuffisance rénale terminale y sont transplantés, contre 44 % dialysés, alors que ces proportions sont inversées en France. 

Un budget de 210 millions d’euros sous-consommé

Le Plan Greffe 2022-2026 était pour la première fois doté de moyens financiers identifiés, à hauteur de 210 millions d’euros, afin de permettre une montée en charge significative de l’activité. Mais les signataires dénoncent un « déploiement tardif et incomplet des actions programmées » qui aurait conduit à une « sous-consommation préoccupante de ces enveloppes », jugée « en contradiction avec l’urgence des besoins ».

Face à ce constat, les organisations appellent à :

  • Relancer vigoureusement le Plan Greffe par un engagement politique fort.
  • Faire du prélèvement et de la greffe une priorité stratégique hospitalière, en agissant sur l’attractivité des équipes, l’accès aux blocs opératoires, l’organisation et les financements, l’implication des services de soins critiques, la formation et les réseaux de coordination.
  • Analyser les causes de refus de prélèvement afin d’identifier les freins et leviers d’amélioration.
  • Évaluer les activités de prélèvement établissement par établissement et fixer des objectifs de prélèvement pour chaque structure.
  • Renforcer la médicalisation, ainsi que le rôle et le pouvoir des coordinations hospitalières.
  • Discuter l’élargissement des critères de prélèvement, notamment pour les donneurs en arrêt circulatoire.
  • Résoudre rapidement les difficultés liées aux astreintes des médecins et chirurgiens impliqués dans les activités de prélèvement et de transplantation.
  • Renforcer la reconnaissance des donneurs et de leurs familles.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/pourquoi-greffe-moins-de-reins-en-france-que-dans-le-reste-de-leurope-une-affaire-dargent

« Sans inflexion rapide et profonde de l’organisation actuelle, la France continuera de voir se creuser l’écart entre les besoins vitaux de la population et sa capacité à y répondre », préviennent les signataires. « Derrière les objectifs non atteints, ce sont des vies perdues, des années d’attente, et des pertes de chances évitables qui se comptent chaque jour. Nous ne pouvons nous y résoudre. » Ils appellent les pouvoirs publics à engager « en urgence » les décisions organisationnelles, réglementaires et budgétaires nécessaires, estimant que ces choix « ne peuvent pas et ne doivent pas attendre le prochain plan greffe ».

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