Plates coutures - Critique de « Coutures », d’Alice Winocour

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La Fashion Week parisienne est l'occasion de voir s'entrecroiser les destins de trois femmes d'aujourd'hui : Maxine, la cinéaste américaine qui apprend, à peine débarquée pour tourner un film publicitaire, qu'elle est atteinte d'un cancer du sein ; Ada, qui a fui son Soudan natal pour se réfugier au Kenya et n'a pas osé dire à ses parents qu'elle avait été recrutée comme mannequin vedette de la collection que Maxine doit mettre en images ; et enfin Angèle, maquilleuse se rêvant écrivaine éditée. 

Plates coutures - Critique de « Coutures », d’Alice Winocour

Angeline Jolie dans Coutures d’Alice Winocour.

© Carole Bethuel/DR

Avec son nouveau film et Angelina Jolie en figure de proue, Alice Winocour brode plus qu'elle ne tisse, à partir de ces trois récits entremêlés. Les coutures de l'ouvrage sont au final bien trop visibles.

Dans Coutures, Alice Winocour suit par intermittence une petite main confectionnant avec application et dévotion sa première robe de défilé, au gré des essayages ratés et de ses erreurs de débutante. Une apprentie écrivain rédige son premier livre à partir des anecdotes qui constituent le récit et se heurte aux critiques de son éditeur. Un film est en train de se faire, hors de la zone de confort habituelle de cette réalisatrice de films "indés". Le film est un peu à l'image de ces ouvrages en cours de réalisation, il se voudrait probablement un écho à ces processus artisanaux mais se retrouve, comme ceux qu'il décrit, régulièrement empêché, comme si de cette matière quelque chose échouait constamment à advenir, à éclore, à se matérialiser sous nos yeux. 

Angelina Jolie, monolithique, murée dans la sidération de l'annonce d'un cancer

La faute à un dispositif trop théorique ? Probablement, même si Revoir Paris reposait sur un principe similaire, celui d'une femme saisie à un moment dramatique de sa vie la mettant en recherche d'autres vies que la sienne - pour reprendre l'expression d'Emmanuel Carrère - notamment celles, plus souterraines, des sans-voix ou des sans-grade. Mais là où le personnage joué par Virginie Efira finissait par s'ouvrir à l'Autre, premier espoir d'une sortie de son traumatisme, Maxine - jouée par une Angelina Jolie monolithique - ne fera que croiser Ava et Angèle, murée dans la sidération de l'annonce d'un cancer, échouant à réellement les rencontrer. 

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Plus le film avance plus c'est la star qui est mise en avant et finit par dévorer tout

Sur une trame d’une rare atonie, Winocour fantasme des liens secrets, imagine des résonances souterraines, la parsemant de symboles, la couture qui craque, le cri silencieux, le déchaînement des éléments. Ces surlignages qui habillent le film ne lui permettent pourtant jamais d'atténuer le flou qui habite son projet. S'agissait-il de dénoncer, sur fond d’exploitation des corps et avec un résultat gentillet voire sucré, le néo-esclavagisme moderne de toutes ces filles lost in translation ? De superposer des récits, de faire se percuter des trajectoires ? Peut-être au départ, mais plus le film avance plus c'est la star qui est mise en avant et finit par dévorer tout, apportant par ailleurs si peu. Une forme de reniement de la démocratie sororale dont il semblait se vouloir l'illustration. 

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