© DR.
What's up Doc : Quel est le programme de l’institut que vous vous apprêtez à fonder ?
Pr Patrick Pessaux : Nous allons d’abord essayer de mettre en réseau un maximum d’institutions, de personnes, qui travaillent déjà sur la transition environnementale en santé. Nous voulons être un catalyseur de rencontres, pour éviter que les gens travaillent en silo. Nous allons par ailleurs mettre en place de la recherche scientifique sur l’impact environnemental de nos pratiques : quelle est l’empreinte de tel parcours, de tel geste ?
Nous avons peu de données, et nous aimerions développer un langage commun qui se base sur des faits, plutôt que des estimations, plutôt subjectives, comme par exemple est ce que l’usage unique est meilleur ou moins bon que la réutilisation du matériel ? Il y a enfin un dernier axe, sur l’innovation : il s’agit d’aider des start-up à intégrer d’emblée la notion de transition écologique dans leur démarche.
« Un institut permet de faire travailler ensemble des écoles, des sociétés savantes, des représentants des établissements, une centrale d’achat, des associations »
Pourquoi un institut plutôt qu’une autre forme d’organisation ?
PP. La transition écologique demande des compétences : il faut des soignants qui connaissent les parcours, des ingénieurs qui connaissent les matériaux… Ce sont des sujets transversaux qu’on ne peut pas aborder tout seul dans son coin. Nous voulons faire de la recherche, mais nous ne voulons pas nous y limiter, il nous faut des outils pour transmettre, former, etc.
Un institut permet donc de faire travailler ensemble des écoles, des sociétés savantes, des représentants des établissements, une centrale d’achat, des associations… Nous ne souhaitons pas refaire ce qui est déjà fait par d’autres, reproposer la énième formation sur le même sujet : nous voulons vraiment combler les trous dans la raquette.
Comment se traduit la dimension européenne de l’Institut, exprimée dans son intitulé ?
PP. Nous avons dès le départ pour ambition de nous engager avec des partenaires européens qui travaillent sur les mêmes thématiques. Chacune des institutions fondatrices a déjà des liens avec différents interlocuteurs, et nous cherchons à mettre cela en commun, car nous savons que sur des sujets complexes, par exemple les normes dans l’industrie pharmaceutique, la France ne pourra pas transformer l’existant toute seule.
« La transition écologique est pour moi un impératif social, je considère que tout le monde doit s’y engager »
Quels seront les moyens financiers et humains dont vous disposerez ?
PP. Les fondateurs ont tous contribué pour le lancement des activités, notamment en mettant à disposition une partie de leur personnel, et l’idée est d’aller chercher des subventions sur les grands projets de recherche, d’accompagner des doctorats… Une partie des formations que nous envisageons seront par ailleurs payantes. Et il ne s’agit pas d’une institution fermée, nous souhaitons aller chercher d’autres organisations, pour mettre en commun toutes les compétences et toutes les ressources.
Quel est le budget de fonctionnement prévu ?
PP. Nous n’avons pour l’instant pas de chiffre fixe.
Le contexte géopolitique, budgétaire et social actuel est-il vraiment propice à une telle entreprise ?
PP. Je suis le genre de personne qui, quand les choses vont mal, ont encore plus envie de développer des projets qui rayonnent. La transition écologique est pour moi un impératif social, je considère que tout le monde doit s’y engager ; mais c’est aussi une opportunité dans le contexte morose que nous vivons. C’est un levier qui peut redonner du sens pour nos soignants.
Quel est le calendrier, et quelles seront vos premières actions concrètes ?
PP. Le démarrage officiel aura lieu en janvier 2026, avec le lancement des premiers axes de recherche. Nous avons notamment un axe sur la définition de l’écoconception des soins : quelles sont les méthodes, comment mesure-t-on les impacts, etc. L’idée est de parvenir à un langage commun, pour que tout le monde parle de la même chose. Pour ce qui est du travail de réseau, nous prévoyons des séminaires, qui permettront de mettre en action l’ensemble de la communauté. Les premiers accompagnements de start-up commenceront également à cette période.
A voir aussi
Un décès sur cinq, liés aux maladies cardiaques, évitable grâce à un environnement plus sain