© Atika Bokhari - DR / Midjourney
What’s up Doc : Les modes de rémunération des docteurs juniors ambulatoires (DJA), et des maîtres de stage universitaires (MSU) ont été entérinés par la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS). Ce n’est plus un débat…
Atika Bokhari : Oui, les docteurs juniors seront salariés du CHU, et les maîtres de stage percevront une indemnisation indexée sur l’activité, à partir du tiers payant des consultations réalisées par les docteurs juniors. Nous sommes contre, mais c'est désormais acté.
Pour autant, avec cette nouvelle direction, il faut absolument sécuriser certaines choses, pour éviter toute dérive : que le docteur junior ne soit pas exploité, et que le MSU n’accueille pas de docteur junior à perte. Pour garantir cela, nous avons formulé cinq demandes très précises lors de nos échanges avec le cabinet ministériel.
Quelles sont-elles ?
AB. : La première, c’est un plafonnement du nombre de consultations pour les docteurs juniors, afin d’éviter toute forme de pression exercée.
La deuxième, c’est un filet de sécurité économique pour les MSU, pour qu’ils puissent accueillir sans être à perte, et, comme on l’a dit, sans mettre de pression sur l’activité de l’interne.
La troisième, c’est un nombre maximum de docteurs juniors par MSU, car l’objectif n’est pas de créer des usines à docteurs juniors, avec cinq internes pour un seul encadrant.
La quatrième, c’est l’ouverture de postes d’enseignants de médecine générale. Aujourd’hui, le ratio est d’un enseignant pour 60 étudiants en médecine générale, contre un pour trois en cardiologie. Ajouter une année d’internat sans renforcer l’encadrement pédagogique est irréaliste.
Enfin, la cinquième, qui n’est pas encore fixée, porte sur la permanence des soins ambulatoires (PDSA).
Pourquoi la question de la permanence des soins est-elle centrale pour vous ?
AB. : Le modèle vers lequel veut tendre le ministère est un forfait identique à la garde ambulatoire hospitalière, avec une indemnisation forfaitaire identique. Or ce sont deux exercices totalement différents. En ville, on est souvent seul, parfois loin de tout, sans équipe autour, dans des maisons de garde parfois isolées, et sans SAS de déchocage. Cela pose aussi des questions de sécurité, d’autant plus qu’il y a beaucoup de femmes parmi les étudiantes en médecine.
Ce que nous demandons, c’est une permanence de soins rémunérée à l’acte, avec affiliation à la Carmf et cotisations : soit une mise en situation réelle de l’exercice libéral. On ne peut pas considérer qu’une garde en ville équivaut à une garde hospitalière.
Avant le congrès annuel de l’Isnar, jeudi 22 et vendredi 23 janvier, vous avez rencontré la ministre. Cela ne vous a pas empéchés de quitter le comité de suivi…
AB. : En début de semaine dernière, les engagements pris étaient extrêmement légers, sans garanties écrites. Or nos demandes ne sont pas des « plus », mais le strict minimum pour que la réforme soit sécurisée, faisable et pérenne. Face à cela, nous avons effectivement décidé de quitter les comités de suivi de la quatrième année. Ces réunions, qui n’apportaient pas d’avancées concrètes, permettaient surtout au cabinet de dire que la réforme avait été construite avec nous, puisqu’on était consultés.
Y-a-t-il eu une évolution de la position ministérielle depuis ?
AB. : Oui. Juste avant le congrès, le cabinet et la DGOS ont fait un effort réel : des engagements ont été mis par écrit, et la ministre a enregistré une vidéo à destination des internes, qui a été diffusée en préambule du congrès. Mais à ce stade, il n’y a toujours pas de textes publiés. Or, trop de promesses ont déjà été faites pour que les internes y croient une fois de plus.
C’est ce qui vous a conduits à annoncer la grève ?
AB. : Exactement. La grève a été décidée pour exiger la publication des textes. Ils sont censés être en arbitrage. Nous demandons simplement qu’ils sortent. En attendant, nous serons en grève chaque premier lundi du mois, à partir du 2 février prochain. Le mouvement sera levé uniquement à la publication des textes. L’idée n’est pas de fermer la porte au dialogue, mais d'insister sur le fait que sans cadre réglementaire, la réforme est inapplicable.
Avez-vous déjà des retours sur le suivi potentiel de la grève par les internes ?
AB. : C’est encore tôt, mais il y a une réelle demande. Pour donner un élément de représentativité, lors du dernier conseil d’administration que nous avons tenu à l’Isnar, le maintien de la grève y a été voté à l’unanimité parmi les subdivisions.
Par ailleurs, on voit émerger de nombreuses initiatives spontanées : création de groupes sur les réseaux sociaux, rédaction de lettres, sondages internes… Tout cela montre qu’il ne s’agit pas d’un mouvement porté uniquement par des instances syndicales, mais bien d’une demande réelle des internes.
À quel point le calendrier est-il tendu ?
AB. : La quatrième année doit entrer en vigueur en novembre 2026, sachant que l’échéance pour les choix de stage du premier semestre est fixée au 1er septembre. Les CV devront être déposés dès avril. Et surtout, les commissions d’agrément des terrains de stage commencent dès début février.
C’est la raison pour laquelle nous sommes extrêmement inquiets : avec un tel retard, une mise en place sécurisée, pérenne et utile devient très difficile, voire impossible. L’objectif n’est pas d’être alarmiste, mais d’éviter des erreurs structurelles qui mettraient en danger les internes, les MSU et, à terme, l’accès aux soins.
On a vu Agnès Gianotti, présidente de MG France, vous apporter son soutien lors du congrès, les syndicats seniors sont-ils toujours derrière vous ?
AB. : Oui, très largement. Ces demandes sont consensuelles : sécuriser les MSU, adapter la permanence des soins à la médecine générale, renforcer l’enseignement… Tout cela les concerne directement, et va dans le sens du bien-être de la profession et des patients. L’idée est simple : si on fait mal les choses sur la dernière année d’internat, on compromet l’installation ensuite. Le gouvernement a aujourd’hui des propositions clés en main pour garantir un minimum de sécurité pour cette quatrième année. Il a tout intérêt à arbitrer et à publier les textes.
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