Quatrième année d'internat de médecine générale : la réforme patine, les internes décrochent

Article Article

Présentée comme une année professionnalisante destinée à mieux préparer les futurs généralistes à l’exercice, la quatrième année d’internat devait être un tournant. À deux mois d’échéances décisives, elle cristallise surtout crispations, blocages et ruptures de dialogue. Dernier signal fort en date : le retrait des internes de médecine générale des discussions avec le ministère.

Quatrième année d'internat de médecine générale : la réforme patine, les internes décrochent

© Midjourney x What's up Doc

La création d’une quatrième année d’internat pour les médecins généralistes est inscrite dans les textes depuis plusieurs années maintenant. Sur le papier, l’objectif est consensuel : renforcer la formation pratique, favoriser l’autonomie clinique et mieux préparer à l’installation, notamment en ambulatoire. Dans les faits, la mise en œuvre se heurte à une opposition croissante de la part des principaux intéressés.

Après neuf mois de concertations jugées stériles par les représentants étudiants, le fossé s’est creusé entre les intentions affichées par le ministère et la réalité perçue sur le terrain. Pour beaucoup d’internes, cette année supplémentaire ne répond plus à une logique pédagogique mais à une logique organisationnelle, voire comptable.

Le retrait des internes, symptôme d’un dialogue rompu

Le 20 janvier 2026, les internes de l’ISNAR-IMG ont annoncé se retirer des discussions sur le statut du docteur junior. Une décision qui fait écho à celle prise quelques semaines plus tôt par d’autres organisations, et qui marque une rupture nette avec le ministère de la Santé.

Les internes dénoncent une concertation de façade, destinée à afficher une réforme « co-construite », sans que leurs propositions n’aient réellement pesé sur les arbitrages finaux. Selon eux, aucune concession substantielle n’a été obtenue, malgré un investissement prolongé dans les groupes de travail et les réunions institutionnelles.

Une quatrième année jugée « mort-née »

Au cœur des critiques figure le sentiment que la quatrième année, telle qu’elle se dessine, ne remplira pas sa promesse initiale. Les internes pointent un manque de clarté sur les missions, les conditions d’exercice et le statut réel des futurs docteurs juniors.

La question des terrains de stage reste centrale. Le nombre de maîtres de stage universitaires est jugé insuffisant, faisant planer le risque d’une année majoritairement hospitalière, en contradiction avec l’objectif affiché de formation à l’exercice ambulatoire. À cela s’ajoutent des incertitudes persistantes sur la rémunération, la charge de travail et la participation à la permanence des soins.

Contrainte plutôt qu’attractivité

Au-delà des aspects techniques, c’est la philosophie même de la réforme qui est contestée. Les internes estiment que le ministère persiste dans une approche fondée sur la contrainte et la coercition pour orienter les jeunes médecins vers certains modes d’exercice ou certains territoires.

Or, selon eux, l’attractivité de la médecine générale libérale repose sur d’autres leviers : conditions d’exercice choisies, équilibre de vie, accompagnement à l’installation, reconnaissance professionnelle. Des éléments largement absents du dispositif tel qu’il est aujourd’hui envisagé.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/que-pensent-les-futurs-dja-de-medecine-generale-de-leurs-conditions-de-remuneration-reponse

Un risque politique et sanitaire

Cette impasse n’est pas sans conséquences. À court terme, elle fragilise l’entrée en vigueur d’une réforme pourtant déjà votée. À moyen terme, elle pourrait accentuer la défiance des jeunes médecins vis-à-vis des politiques publiques de santé, dans un contexte déjà marqué par une crise de l’attractivité de la médecine générale.

En appelant les autres syndicats représentatifs à se retirer à leur tour des discussions, les internes entendent désormais laisser au ministère la responsabilité pleine et entière d’une réforme qu’ils jugent vouée à l’échec si elle n’est pas profondément revue.

Aucun commentaire

Les gros dossiers

+ De gros dossiers