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« Après deux années d'application, la réforme constitue d'ores et déjà un progrès pour les étudiants en médecine et à terme pour la qualité et la sécurité des soins. »
D’emblée, le ton est donné par Jean-François Rousset, rapporteur de la mission « flash » chargée d’évaluer la réforme de l’accès au troisième cycle des études de médecine, issue de la loi OTSS de 2019
Son rapporteur parle d’un changement « indispensable » qui commence déjà à produire des effets visibles : étudiants mieux préparés, niveau rehaussé, formation plus professionnalisante.
Mais il alerte aussi sur plusieurs failles persistantes, de la pression qui pèse sur les étudiants à la lourdeur des Ecos, en passant par les redoublements stratégiques.
Pourquoi réformer ?
Avant 2019, le concours de l’internat reposait sur un système unanimement critiqué. L’examen pivot, les ECN, transformait tout le deuxième cycle en marathon de révisions.
« Le deuxième cycle […] était uniquement orienté vers les connaissances à acquérir en vue des épreuves classantes nationales », rappelle Jean-François Rousset.
Résultat : des externes avant tout « bachoteurs », des stages peu valorisés et un classement unique qui ne tenait ni compte des aptitudes cliniques, ni des projets professionnels.
Autre problème majeur : « Quels que soient les résultats obtenus aux épreuves ECN, les étudiants pouvaient tous devenir médecins », sans qu’aucun seuil minimal de compétences ne soit exigé.
La réforme a donc mis en place un nouveau dispositif combinant EDN et Ecos, chacune assortie de notes minimales. Un changement profond : pour la première fois, certains étudiants peuvent ne pas accéder à l’internat.
Un niveau global en hausse
Les chiffres des deux premières années sont jugés encourageants.
Aux EDN, seuls 241 étudiants en 2023 et 388 en 2024 n’atteignent pas la note minimale. Aux Ecos, ils sont 62 en 2024 et 119 en 2025.
« Pour les étudiants n'atteignant pas le niveau minimum requis à la première tentative, la réforme se révèle d'ores et déjà utile », estime le rapporteur.
Et pour les autres, ceux qui enchaînent les échecs : « L'accès au troisième cycle n'est plus possible », une rupture assumée « au bénéfice de la qualité et de la sécurité des soins ».
Les facultés observent déjà des internes plus opérationnels dès leur arrivée dans les services. L’évolution du calendrier – EDN en début de 6ᵉ année (octobre), Ecos en mai – permet une présence plus réelle en stage. « Le deuxième cycle […] a été orienté vers le développement des compétences et l’enseignement par simulation, dont la plus-value a été unanimement soulignée », note Jean-François Rousset
Les Ecos, un casse-tête logistique
Si le principe des Ecos fait consensus, leur organisation apparaît extrêmement lourde.
« La mise en œuvre opérationnelle de la réforme représente un défi organisationnel et logistique pour les facultés de médecine », souligne le rapporteur, qui estime leur cahier des charges « sans doute trop lourd pour les universités ».
Il propose plusieurs pistes : revoir la composition des jurys, réduire le nombre de stations, ou encore dé-synchroniser les épreuves à l’échelle nationale.
Un deuxième cycle toujours sous pression
La réforme n’a pas fait disparaître l’anxiété liée au concours.
Les étudiants ont eu l’impression « d'avoir à acquérir au même niveau de connaissances en deux années au lieu de trois ».
Cette perception a nourri une forte hausse des redoublements stratégiques en 2023-2024, restée élevée l’année suivante.
Jean-François Rousset insiste sur les risques de cette dérive, d’autant que « le nombre de postes ouverts […] s’adapte au nombre d’étudiants » : si trop d’étudiants redoublent volontairement, certains services pourraient manquer d’internes.
Le rapporteur préconise de « réduire la somme de connaissances devant être acquises au cours du deuxième cycle » et d’améliorer la communication nationale pour limiter les redoublements d’anticipation.
Et maintenant ?
La mission ouvre une piste forte : une possible régionalisation partielle du concours.
Il s’agirait d’attribuer des points supplémentaires sur critères régionaux, afin de mieux répondre aux besoins des territoires.
« Nous pourrions […] compléter la réforme en prévoyant une plus forte régionalisation », avance le rapporteur, tout en posant une condition : ne pas créer d’inégalités entre facultés, notamment sur les moyens nécessaires aux Ecos.
En conclusion, Jean-François Rousset affirme que « l’article 2 de la loi OTSS a représenté de véritables progrès », même si la réforme reste « perfectible ».
Il tient enfin à saluer les plus de 40 000 internes : « Ils apportent chaque jour une contribution indispensable à l'hôpital public. […] Je tiens à leur adresser mes plus vifs remerciements. »
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