Dr Eric Loupiac.
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Éric Loupiac, médecin urgentiste à l’hôpital de Lons-le-Saunier (Jura), est décédé le 23 avril 2020 après avoir contracté le Covid-19 dans les premières semaines de l’épidémie. Âgé de 60 ans au moment des faits, il exerçait en première ligne dans un contexte de forte désorganisation hospitalière, alors que les connaissances sur le virus étaient limitées et que les équipements de protection faisaient défaut.
Selon plusieurs témoignages concordants, le praticien alertait depuis des années sur le manque de moyens aux urgences, en particulier l’absence de masques FFP2. Début mars 2020, il est contaminé, son état s’aggrave rapidement et il est transféré à Marseille, où il décède quelques semaines plus tard. Il figure parmi les premiers soignants morts du Covid-19 en France.
Une procédure judiciaire longue et infructueuse
Peu après son décès, sa veuve, Claire Loupiac, et leurs enfants déposent une première plainte pour « homicide involontaire et omission de porter secours ». L’enquête, marquée par une quarantaine d’auditions de professionnels de santé, est classée sans suite à l’été 2022.
La famille relance alors la procédure en 2023 par une plainte contre X avec constitution de partie civile pour « homicide involontaire et non-assistance à personne en danger ». La juge d’instruction prononce un non-lieu, décision dont la famille fait appel. L’audience se tient le 3 décembre 2025 devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Besançon.
Le 21 janvier 2026, la cour confirme le non-lieu. Il n’y aura donc pas de procès.
« On fait comme si ça n’avait pas existé »
À la sortie de l’audience, Claire Loupiac exprime sa colère et son incompréhension. Au micro de France 3 Bourgogne Franche-Comté, elle déclare : « J’ai l’impression qu’on fait comme si ça n’avait pas existé », ajoutant que cette période de la crise sanitaire semble désormais mise sous silence : « Il faut ignorer cette période-là, elle est finie. On ne parle pas des futures épidémies ».
Pour elle, l’enjeu dépasse son cas personnel. « Pourquoi on a laissé travailler des médecins, des infirmières, sans protection, alors qu’on savait que c’était un virus hautement pathogène ? », interroge-t-elle encore.
Son avocate, Me Violaine Lhotellerie, regrette l’absence de débat contradictoire sur la gestion hospitalière de la crise. Toujours sur France 3, elle souligne : « Aujourd’hui on ne peut pas avoir un procès contradictoire sur les pièces du dossier en disant ‘est-ce que c’est normal d’avoir géré la crise Covid comme ça ?’. Donc, il n’y a même pas un cadre qui serait fixé ».
Une responsabilité hospitalière jugée impossible à établir
L’un des points centraux de la procédure a porté sur l’origine de la contamination du médecin. La défense a soutenu qu’il n’était pas possible d’exclure une contamination en dehors de l’hôpital. Un raisonnement jugé inacceptable par la famille.
Au micro d’Ici Besançon, Claire Loupiac s’indigne : « Ce n’est pas à une station de lavage qu’on va se faire contaminer, ni à une station-service », rappelant que son mari avait volontairement limité ses sorties dès fin février 2020. Son avocate précise : « Pendant sa période de contamination, il a fait trois gardes de 24 heures aux urgences. Il y avait neuf personnels hospitaliers positifs au Covid à ce moment-là ».
Malgré ces éléments, la chambre de l’instruction a estimé que le lien de causalité pénale ne pouvait être établi avec certitude, confirmant ainsi le non-lieu.
Vers la Cour de cassation et la CEDH
Pour la famille Loupiac, cette décision marque une nouvelle étape douloureuse. Au Progrès, Claire Loupiac confie : « La décision a été rendue brutalement, sans explication ». Elle affirme que cette affaire continue de l’empêcher de vivre normalement, hantée par la question des alertes ignorées et des protections absentes.
Me Lhotellerie indique que les voies de recours sont désormais à l’étude. « La cassation va être étudiée », précise-t-elle, avant d’ajouter que, le cas échéant, un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme pourrait être engagé afin de faire valoir le droit à un procès équitable.
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