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What’s up Doc : Pourquoi avoir choisi de supprimer le parcours d’accès spécifique santé (PASS) et de créer une voie unique Licence Accès Santé (LAS) ?
Marie Essig : Parce que nous avons fait le constat d’un échec de la réforme PASS/LAS mise en place à l’UVSQ. Du côté des PASS, environ 30 % des étudiants ne terminaient pas l’année ou ne poursuivraient pas dans les options qui leur étaient proposées. Ils partaient dans la nature : certains abandonnaient leurs études, d’autres repartaient sur Parcoursup et perdaient une année. Même lorsqu’ils validaient leur PASS, sans être admis en filière médecine, maïeutique, odontologie et pharmacie (MMOP), beaucoup ne poursuivaient pas dans la licence correspondant à leur option. Par exemple, nous avions 150 places en PASS avec option droit, mais les étudiants ne poursuivaient pas ensuite en deuxième année de licence de droit.
Du côté des LAS, nous avons également observé des limites : certains étudiants se sont retrouvés en difficulté pour réussir l’accès aux études de santé, obligés de suivre des matières secondaires alors que leur objectif principal était de faire de la santé.
« C’est bien une LAS, mais structurée autour de la santé, avec un débouché santé »
Quel modèle remplace le PASS/LAS ?
ME. : Nous avons construit une licence unique orientée vers la santé, appelée « Licence Sciences pour la santé ». L’objectif est double : permettre aux étudiants d’avoir un parcours bien identifié vers les études de santé en leur offrant, s’ils n’intègrent pas MMOP, une licence solide et cohérente avec leur souhait initial de faire de la santé.
Ce type de licence existe déjà dans certaines universités, par exemple à Paris-Est Créteil, Lille ou Reims, mais nous avons choisi de l’orienter très fortement vers les sciences pour la santé.
L’idée est que les étudiants qui n’accèdent pas à la MMOP puissent tout de même s’orienter vers des masters et des métiers liés à la santé, notamment dans la technologie ou la biomécanique. C’est donc bien une LAS, mais structurée autour de la santé, avec un débouché santé.
Qu’est-ce que cela change sur le plan pédagogique ?
ME. : Nous avons complètement retravaillé les programmes. Il y aura bien sûr des enseignements classiques (anatomie, biologie…), mais aussi des modules davantage orientés vers les sciences et les technologies. Nous introduisons également plus de contrôle continu, non pas pour pénaliser les étudiants mais pour les aider à s’évaluer et à travailler régulièrement. Enfin, l’autre évolution c’est que tous les étudiants admissibles en MMOP passeront l’oral. Il n’y aura plus de système de « grands admissibles », qui en seraient exempts.
« Sur 700 places, nous avons 300 places en médecine »
Et côté contenu, vous pouvez nous en dire plus ?
ME. : Il y aura deux parcours. Le premier « Science et technologie santé » comprendra des notions de santé, d’informatique et d’intelligence artificielle, de l’ingénierie, biotech et medtech et des modules sur la réglementation en santé. Le parcours « Rééducation – Réadaptation » tournera plus autour de la biomécanique et de l’ingénierie appliqué à la rééducation, par exemple autour d’outils comme les exosquelettes.
De plus, la dernière année de licence sera consacrée au projet professionnel de l’étudiant, avec notamment un stage important pour préparer l’entrée en master, dans des cursus que l’on a pré-identifiés. Tout est prêt pour accueillir la première promotion.
Combien de places sont disponibles pour l’entrée en deuxième année de médecine ?
ME. : Au total, sur les 700 étudiants de départ, nous avons 300 places en médecine. Mais dans ces 300 places, il faut compter : environ 25 places de passerelle et environ 80 places pour les secondes chances (LAS2 ou LAS3). Il en reste donc environ entre 180 et 200 places pour les premières chances.
La réforme PASS/LAS visait aussi à diversifier les profils entrant dans les études de santé. Votre modèle y répond-il ?
ME. : Avec la réforme, deux méthodes ont été proposées pour diversifier les profils. La première consistait à sélectionner, sur Parcoursup, des étudiants issus d’options variées. La seconde consistait à demander aux étudiants de suivre d’abord une licence éloignée – par exemple en droit – avant de revenir vers la santé.
Personnellement, cela me posait question, car les lycéens nous disent qu’ils veulent faire des études de santé, pas forcément du droit ou d’autres disciplines. Notre philosophie est donc différente : nous essayons d’avoir des critères qui soient les plus équilibrés possibles sur Parcoursup pour sélectionner des profils variés. Nous ne donnons pas plus de poids aux spécialités scientifiques, toutes les options sont pondérées de manière équilibrée. En revanche, nous sommes attentifs aux lycéens ayant choisis des options artistiques, car ils risquent d’être en difficulté dans les premières années des études de santé. Ce n’est pas pour exclure ces étudiants, mais plutôt pour éviter une erreur d’orientation.
Enfin, nous regardons beaucoup les appréciations du conseil de classe, afin de voir si le projet de l’élève est cohérent et s’il a la capacité de travail nécessaire.
« Ce sera un succès lorsque nous verrons les premiers étudiants arriver en master »
Pensez-vous que votre modèle pourrait ou devrait se généraliser ?
ME. : Je pense que les universités doivent conserver une diversité de modèles, qui fait leur richesse. Le constat que nous partageons avec d’autres doyens est que la première année doit contenir un bloc important d’enseignements en santé, ce qui n’existe pas dans les LAS classiques avec le système de majeure/mineure. Mais la façon de construire les licences autour de ce bloc santé dépend des forces propres à chaque université. Nous avons choisi une licence Sciences pour la santé, notamment parce que nous pensons qu’il existe de nombreux nouveaux métiers dans cet écosystème. Mais je ne plaide pas du tout pour un modèle unique national.
Comment évaluerez-vous le succès de la réforme ?
ME. : Le véritable bilan se fera plutôt à N+3 ou N+4, lorsque nous verrons les premiers étudiants en master, ce qui témoignera de la réussite du parcours complet. Mais dès l’an prochain, nous aurons déjà un indicateur important : le nombre d’étudiants qui continuent effectivement dans la licence après un premier échec à l’entrée en MMOP. Notre objectif est qu’ils restent dans le cursus, tentent leur seconde chance en LAS 2 ou 3, puis poursuivent leur formation.