© EL DESEO/IGLESIAS MAS/PATHÉ FILMS
Un cinéaste célébré pense combattre ses baisses de régime en s'inspirant de ses proches dans ses scénarios. Mais l'écriture du dernier en date, centrée sur une réalisatrice en proie au deuil et au trouble panique, et qui serait son double de fiction, se heurte à des impasses narratives. En s'inspirant du drame personnel qu'est en train de vivre son agent et amie, il retrouve le goût de la fiction. Mais celle-ci, outrée par le procédé, ne l'entend pas de cette oreille...
Autant l'annoncer de suite, plier l'affaire, pour pouvoir ensuite évoquer tout le reste: le dernier Almodovar est un film raté. C'est d'autant plus paradoxal qu'il pourrait presque être passionnant, en tout cas pour qui s'intéresse au parcours du cinéaste madrilène. Dans un geste provocateur tout autant expérimental qu'amer - épithète qui donne au film son titre original - , il semble répondre à un certain désamour qui s'est installé progressivement à son endroit, dans son propre pays. Le résultat est empesé par une distanciation propre à l'obsessionalité de sa réalisation mais aussi, fait relativement nouveau, à une forme d’ironie qu'aurait désertée toute chaleur.
Le cinéaste au miroir déformant
Autofiction retrouve à peu de choses près le personnage vieillissant qu'on avait adoré dans Douleur et gloire, alors interprété avec une fragilité étonnante par un Antonio Banderas bouleversant, mais les dés sont pipés d'emblée dans cette apparente suite, ou variante. Ici, le réalisateur est un vieux beau dans le déni de son arrogance comme de sa fragilité sous-jacente, confit dans ses vêtements ultra-stylés et sa superbe comme autant de rituels, du moins ceux qu'il n'a délégués ni à son agent et amie profonde, ni à son assistant et vague amant. Une deuxième version, plus caricaturale, qui inaugure une compilation masochique de multiples autres, détails répondant à des aspects de ses oeuvres passées, que ce soit dans la décoration, les personnages, les intrigues... dans un travail de critique voire de démontage qui tourne très rapidement au procédé, et à vide. La faute à un scénario bâclé, confus et qui, parce que l'on met du temps à saisir l'intention réelle de son auteur, nous éloigne encore plus d'une réalisation léchée mais dénuée de chair.
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Ce regard dans le rétroviseur, dont on souhaite qu’il ne soit pas ultime, aurait pourtant pu et dû être stimulant. En témoigne cette capacité, conservée lors de trop brefs instants, à mettre en scène et en actes le leitmotiv sur lequel se construit ce film-palimpseste, l’illustration du fantasme puis de sa déconvenue. Comme lorsqu’il fait se succéder en un même lieu un striptease ultra érotisé sur le rythme envoûtant d’un morceau de Grace Jones ressucité, et une conversation sur l’évolution des mœurs. Un passé fantasmé auquel répond un présent sordide. Almodovar a hélas un peu trop tendance à nous suggérer que l’époque a changé plus que lui-même. Sa façon presque agressive d’enchaîner les stéréotypes, notamment féminins, suggère plutôt le contraire. Dommage, car le film retrouve une vigueur à la toute fin, dans un épilogue pour le coup très tenu, et éclairant. Cela ne sauve pas l’œuvre mais lui permet d’avoir sa place dans une filmographie qui reste passionnante, et de nous faire espérer un retour à la maestria d’antan.