Ma référence - Critique de « Au bord du monde », de Guerin van de Worst et Sophie Muselle

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Ce premier film, non exempt de raccourcis réducteurs, reste un belle réussite dans sa volonté narrative, sous couvert de réalisation en immersion quasi-documentaire.

Ma référence - Critique de « Au bord du monde », de Guerin van de Worst et Sophie Muselle

© Wrong Men Productions

Alexia, étudiante infirmière, a choisi son stage en secteur fermé de psychiatrie par défaut. Rapidement touchée par la détresse des patients, et sensible à la situation de Mila, à peine plus jeune qu’elle, étudiante elle aussi, qui vit son hospitalisation sous contrainte comme une injustice, elle insiste pour devenir la référente de cette patiente. 

L’entrée en matière est en passe de devenir familière: une jeune infirmière se prépare à prendre son service, et dans le vestiaire désert de son unité de soins, l’on perçoit déjà la solitude de cette profession pourtant basée sur le contact humain, le rapport à l’Autre. On pense immédiatement à la séquence d’ouverture, quasi-identique, de l’une des belles surprises de l’an dernier, En première ligne, archétype du film fictionnalisant à tout crin la nuit de garde d’une soignante. Ici, et malgré un titre trompeur en forme de généralisation, il s’agit plus de disséquer une relation thérapeutique (ou qui justement ne l’est pas) que d’observer un monde. Monde qui d’ailleurs se révélera plus nuancé, aux enjeux plus complexes, que ce que nous montre le regard de la jeune Alexia, qui ne voulait pas de ce stage mais qui se retrouve rapidement enfermée dans son idéalisme et sa sollicitude. 

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C’est ce biais de perception dont le film rend particulièrement bien compte, illustration des pièges non pas de l’empathie, mais d’un processus qui en constituerait presque l’antithèse: c’est bien parce qu’elle impose son regard, ses opinions, à sa jeune patiente qu’Alexia en vient à enchaîner les mauvaises décisions. L’attention, la prévenance, la disponibilité ne font pas tout voire surajoutent au risque de confusion, en situation critique, dans l’analyse, le choix et la mise en œuvre des actes thérapeutiques, si elles ne se doublent pas d’une capacité d’une part à comprendre l’Autre, à la fois semblable et différent, d’autre part à prendre du recul sur les inévitables projections que cela entraîne.

Une ambiguïté qui trouble le soin

Le film reste au final assez ambigu, probablement en raison de ses maladresses scénaristiques. Certains comportements d’Alexia et décisions de son équipe paraissent peu plausibles pour l’initié, en tout cas en dissonance avec la rigueur descriptive, que les réalisateurs semblent avoir à coeur, de ce milieu professionnel. L’épilogue, en forme d’absolution quasi-providentielle, finit de poser question. Si les enjeux décrits ci-dessus ont été perçus par les réalisateurs, ils échouent partiellement à les faire comprendre. 

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L’évolution clinique de la jeune Sasha est par contre assez bien retranscrite et rappelle l’importance du temps de l’observation psychiatrique, entrant parfois en conflit avec l’urgence d’agir et certaines valeurs essentielles du soin. Pour toutes ces raisons, Au bord du monde est subtilement à contre-courant d’une certaine vision de la psychiatrie, disons même de la santé mentale, puisque le terme est tellement à la mode qu’il en vient à supplanter - pour mieux l’effacer? - la discipline médicale qui y est rattachée. Une vision qui, à force de se vouloir à hauteur d’individu, en oublie que, pour que toute expérience personnelle devienne expertise de soi, elle doit inévitablement se frotter, se conjuguer à une autre. C’est le postulat toute démarche d’aide, a fortiori de soin. Et ce qui rend la relation thérapeutique si centrale, et pourtant si menacée, dans nos exercices de plus en plus standardisés.

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