Fanny Boullenger, néphrologue : « En dialyse, je vois mes patients tellement régulièrement que certains m’appellent par mon prénom »

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Dr Fanny Boullenger, néphrologue depuis 13 ans à l’hôpital de Montreuil, nous parle de dialyse, d’éducation thérapeutique et de la série Dr House

Fanny Boullenger, néphrologue : « En dialyse, je vois mes patients tellement régulièrement que certains m’appellent par mon prénom »
Elle fait partie de ces médecins qui aiment aller au travail tous les matins. « J’ai toujours trouvé la médecine passionnante ! Je ne me souviens même pas que c’était dur pendant mes études tellement j’aimais ça », confie Dr Fanny Boullenger, néphrologue depuis 13 ans à l’hôpital de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Pourtant, adolescente, elle n’est pas particulièrement intéressée par la médecine. « J’avais peur que ce soit trop saignant pour moi », glisse-t-elle dans un sourire. Elle s’engage malgré tout dans des études de médecine, après qu’une conseillère d’orientation lui souffle de devenir pédopsychiatre.

« La dialyse c'est un peu comme une famille. On voit les patients tous les deux jours, c'est plus que nos propres parents ! » 

Mais Fanny Boullenger délaisse rapidement la psychiatrie, notamment sous l’influence de la série Dr House (2004-2012), qui met en scène un médecin interniste confronté à des cas médicaux complexes. « J’adorais faire des diagnostics. Je trouvais que c’était ça qui était passionnant », raconte-t-elle. Lors de son internat, elle réalise un premier stage en néphrologie, une « spécialité incroyable », où elle découvre des pathologies aiguës et chroniques, des diagnostics « atypiques et rares pour lesquels un traitement efficace peut éviter aux patients la dialyse et la dégradation de leur fonction rénale ».

Autoriser la familiarité pour mieux soigner 

Quand nous la retrouvons en salle de dialyse, Fanny Boullenger débute 2026 au sein de ce service. « À l’hôpital de Montreuil, nous avons la chance de pouvoir alterner chaque année entre le service de néphrologie et celui de la dialyse », explique-t-elle. Une organisation qui lui permet de « ne pas s’ennuyer », avec des « activités, enjeux et projets » différents tous les ans. 

La médecin entame son tour de salle, accompagnée de deux externes, passant au chevet de chaque patient pour vérifier l'efficacité de la dialyse et échanger avec eux. « C’est un travail presque individuel auprès des patients parce qu’ils viennent tous les deux jours. On les voit plus souvent que nos propres parents ! La dialyse, c’est un peu comme la famille », affirme-t-elle. « Certains patients m’appellent parfois par mon prénom », s’amuse la néphrologue qui s’interroge beaucoup sur la « limite entre soignants et soignés ». Pour favoriser l’observance des traitements et la confiance des patients dialysés, elle estime qu’une certaine « familiarité » peut s’installer.

« En tant que médecin dans le 93, on se sent utile, surtout en travaillant à l'hôpital public.» 

Partage de savoir et ancrage local 

L’éducation thérapeutique occupe une place centrale dans sa pratique médicale. « Ton patient, il te voit vingt minutes tous les trois ou six mois, et le reste du temps il est tout seul », lui avait un jour rappelé une cheffe de service. « Apprendre l’auto-soin aux patients et leur faire comprendre pourquoi c’est important, je trouve ça passionnant », explique Fanny Boullenger, aujourd’hui médecin référent sur la question de l'éducation thérapeutique au sein de son hôpital.

« Apprendre l'auto-soin aux patients c'est important et passionnant »

Cette transmission de son savoir ne s’adresse pas uniquement aux patients. Tout au long de la matinée, la néphrologue questionne, accompagne et pousse les externes à comprendre les enjeux de la prise en charge en dialyse et en insuffisance rénale. Une infirmière rejoint même la discussion. « J’écoute parce que c’est intéressant », glisse-t-elle. Ce goût pour l’enseignement a renforcé son choix d’exercer à l’hôpital public.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/vocation-ou-metier-comme-un-autre-pourquoi-veut-devenir-medecin-0

Fille d’une militante pour la réduction des risques des consommateurs de drogues, Fanny Boullenger a grandi en Seine-Saint-Denis. Après son internat au CHU de Nice, elle tient à retrouver « le 93 », où elle se sent « utile à travailler dans le public ». « Je sens que on est souvent en première main de situation de maladies graves : découverte de diabète, de cancer et de maladie rénale », affirme-t-elle. Diplômée en 2013, elle a été témoin de l’évolution de la néphrologie, de la dialyse et de l’éducation thérapeutique, et reste convaincue qu’il lui reste « encore plein de choses à découvrir ». Avec passion, toujours.

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