Un patient sur six jugé « difficile » en consultation par les médecins… que faire ?

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Une revue systématique publiée dans Annals of Internal Medicine estime que près d’une consultation sur six est perçue comme « difficile » par les soignants. Derrière ce chiffre se trouvent souvent des patients souffrant d’anxiété, de dépression, de douleurs chroniques ou de symptômes multiples. Ces situations interrogent la relation médecin-patient, mais aussi l’organisation de la pratique et la formation des médecins.

Un patient sur six jugé « difficile » en consultation par les médecins… que faire ?

© Midjourney x What's up Doc

Les consultations jugées difficiles ne sont pas marginales. Selon une revue systématique publiée dans Annals of Internal Medicine, la prévalence de ces situations atteint 17 % dans les consultations non psychiatriques, soit environ une sur six. Les auteurs ont analysé des études issues de nombreuses bases de données internationales afin d’estimer la fréquence de ces interactions et d’identifier les facteurs associés.

Certaines caractéristiques des patients sont associées à une probabilité plus élevée d’être perçus comme difficiles par les soignants. L’étude met notamment en évidence le rôle des troubles de la personnalité, de l’anxiété, de la dépression ou encore de la douleur chronique, qui augmentent le risque que la consultation soit vécue comme complexe par le médecin.

Dans un article consacré à cette étude, Le Figaro souligne que ces patients présentent souvent « des symptômes multiples et fluctuants » et consultent plus fréquemment que les autres.

Des attentes souvent non satisfaites

La revue systématique montre également que les patients impliqués dans ces consultations difficiles sont plus susceptibles de quitter la consultation avec des attentes non satisfaites et un niveau de satisfaction plus faible vis-à-vis de la prise en charge.

Pour le Pr Cédric Lemogne, psychiatre à l’Hôtel-Dieu, qualifier un patient de difficile peut masquer une part de responsabilité du côté médical. « Qualifier un patient de difficile, c’est éluder notre responsabilité de médecin dans la difficulté ressentie et risquer de manquer des opportunités thérapeutiques », explique-t-il dans les colonnes du Figaro.

Le risque est alors double. D’un côté, la multiplication d’examens pour répondre aux attentes du patient, et de l’autre, le découragement du médecin face à une situation clinique complexe.

Surmédicalisation ou retrait du médecin

Pour le Pr Olivier Saint-Lary, président du Collège national des généralistes enseignants dans le Figaro, ces consultations peuvent exposer à deux dérives opposées. « La surmédicalisation, c’est-à-dire la multiplication des examens pour tenter de satisfaire les demandes », mais aussi le retrait du médecin face à une situation jugée trop complexe, ce qui peut conduire à « un sous-diagnostic tout aussi problématique ».

Ces difficultés sont également liées aux limites du modèle biomédical face à certains symptômes. « Ce modèle, extraordinairement efficace pour beaucoup de maladies, est en échec pour de nombreux patients qui présentent des symptômes invalidants […] mais pour lesquels il n’existe pas d’explication objective mesurable », souligne Cédric Lemogne.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/il-y-urgence-refonder-le-parcours-de-soins-du-patient-vertigineux

L’expérience et la formation jouent un rôle clé

L’étude souligne par ailleurs que les médecins les moins expérimentés ont davantage tendance à juger les consultations difficiles. L’expérience clinique semble donc jouer un rôle important dans la gestion de ces situations.

Le temps de consultation reste toutefois une contrainte importante. En France, une consultation dure en moyenne 17 minutes, un délai souvent insuffisant pour aborder des dimensions psychosociales complexes, notamment chez des patients présentant des symptômes chroniques ou mal expliqués.

Pour Olivier Saint-Lary, ces consultations restent pourtant au cœur du métier médical. « Une médecine qui ne s’occuperait que de patients aux diagnostics clairs et peu contestataires serait vite remplacée par les algorithmes ».

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