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Qu’est-ce que l’approche « One Health » ou « Une seule santé » ?
De nombreuses recherches montrent un lien extrêmement étroit entre l’environnement et la santé humaine. Quand je parle d’environnement, il s’agit à la fois de la nature, de la vie végétale et de la vie animale.
Aujourd’hui, ces questions font plus sens que jamais. La population humaine a crû de façon exponentielle au XXe siècle et continue de croître. On espère que cela va se stabiliser, et les projections montrent que cela devrait baisser dans quelques décennies. Mais les problématiques environnementales qui affectent la santé humaine n’ont fait qu’augmenter, à cause de la dégradation environnementale, en particulier du changement climatique, et de la perte de biodiversité. Il y a aussi les questions de pollution de l’air, de l’eau, des sols, les fameux PFAS. Cela va devenir un problème mondial à travers des affections générées directement par ces pollutions, soit indirectement, par leur impact sur la nutrition et l’alimentation.
Il y a aussi des problématiques de santé, comme la résistance aux antibiotiques. Ils sont nécessaires, ils sauvent des vies tous les jours. Mais on les a utilisés de façon excessive et parfois anarchique, en particulier dans les élevages industriels animaux. Donc, l’antibiorésistance pose problème à la santé humaine, parce qu’elle remet directement en question l’efficacité des antibiotiques et donc leur capacité à sauver des vies.
Il y a aussi une profonde mutation qui s’est effectuée au XXe siècle : l’émergence de systèmes alimentaires à grande échelle. Cela a créé l’un des grands nouveaux problèmes de santé : l’obésité, le diabète et donc les maladies cardiovasculaires, qui deviennent les premières causes de mortalité dans le monde.
Après des années de progrès, on revient donc à cette interaction entre santé humaine, santé animale et santé environnementale. C’est cela qui fait renaître la réflexion autour du concept « Une seule santé » : regarder les causes et les risques, plutôt que d’aller uniquement soigner les conséquences des maladies.
Vous avez organisé un sommet pour discuter de ces enjeux avec des dirigeants. En quoi c’est important de dialoguer avec des responsables politique ?
Aujourd’hui, il y a beaucoup de questionnements sur la santé mondiale. D’abord parce que la pandémie de Covid a ouvert les yeux de beaucoup d’acteurs, en particulier les gouvernements et les financeurs, sur le fait que le risque sanitaire est un risque pour les sociétés, pour le progrès et pour la croissance économique.
Un autre élément récent est le retrait des États-Unis du financement de l’aide publique au développement en santé.
Aujourd’hui se pose donc la question des prochaines étapes de la collaboration internationale sur les problématiques de santé mondiale. C’est une question de survie des sociétés humaines.
Je pense que ce sommet a été l’expression d’une collaboration sur une autre base qu’autrefois : renouvelée, conceptuellement différente, qui réfléchit à ce qui nous unit.
Et ce qui nous unit, c’est l’environnement.
On peut ne pas être d’accord avec tel ou tel pays, mais nous partageons la même planète et les mêmes défis : changement climatique, nutrition, pandémies. Il s’agit donc de reconstruire un cadre de collaboration sur une autre base. C’est fondamental.
Des engagements internationaux ont été pris pendant ce sommet. Qu’est-ce qui a été décidé ?
Les banques publiques de développement (banque mondiale, banques régionales et réseaux de banques nationales ou sous-régionales) investissent chaque année environ 2 300 à 2 500 milliards de dollars. C’est 10 % de l’investissement mondial, ce qui est énorme.
Mais aujourd’hui, très peu de ces financements vont à la santé. Ce sont souvent des investissements dans les infrastructures, parfois dans l’agriculture.
Il y a donc eu un engagement de ces banques publiques de développement à mobiliser ces financements vers les approches « Une seule santé ».
Ce qui est extraordinaire, c’est que ces investissements ne sont pas extrêmement chers. On ne parle pas de traitements coûteux pour des maladies compliquées. On parle essentiellement d’investissements dans la donnée, pour comprendre ce qui se passe, et d’actions pour influencer les comportements.
« Ce qui a été retenu par les dirigeants est qu’il faut arrêter le mélange entre discours scientifique et politique qui crée de la confusion chez les citoyens. »
Avez-vous observé une prise de conscience de la part des dirigeants présents ?
Je pense que la véritable prise de conscience a eu lieu durant la pandémie. Ce qui a été retenu par les dirigeants est qu’il faut arrêter le mélange entre discours scientifique et politique qui crée de la confusion chez les citoyens.
En 2020, le discours de l’OMS n’a pas toujours été scientifique. Il y a eu des erreurs, par exemple, sur la question des masques, la transmission aérienne du Covid, les recommandations vaccinales.
De l’autre côté, il y a eu évidemment des exploitations politiques, dans des pays aussi différents que la Chine, les États-Unis et d’autres.
D’où l’importance d’investir dans une parole scientifique et dans des institutions scientifiques indépendantes du pouvoir politique.
Selon vous, les médecins sont-ils suffisamment sensibilisés aux enjeux environnementaux ?
Il y a probablement une question générationnelle. La démographie médicale, du fait de choix politiques curieux, est vieillissante. Les plus âgés sont moins sensibles aux enjeux environnementaux. C’est différent chez les plus jeunes.
En revanche, je serais assez d’accord pour dire que les jeunes médecins y sont probablement moins sensibles que les jeunes vétérinaires ou agronomes. D’où l’intérêt de créer des plateformes où ces étudiants peuvent se rencontrer et discuter ensemble. C’est ce que nous organisons lors de nos évènements.
L’idée est d’encourager les mobilisations de la société civile, mais aussi des scientifiques de demain : les étudiants en santé humaine, en santé animale, en environnement ou en agriculture.
Quels sont vos objectifs pour les cinq à dix prochaines années ?
Le premier objectif, c’est vraiment d’influencer les investissements publics.
Quand on a un débat dans un parlement national, il ne faut pas parler uniquement du financement du dernier traitement contre le cancer. Il faut aussi avoir une vraie discussion nationale sur comment soutenir les institutions qui créent de la donnée, qui permettent de comprendre ce qu’il se passe, qui analysent la science, qui regardent l’impact de l’environnement, de la vie animale, et qui examinent des solutions alternatives.
Ce que je voudrais voir d’ici dix ans, ce sont des institutions scientifiques renforcées qui nous permettent de prévenir plutôt que de guérir.
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