« L’enjeu dépassait largement la simple modernisation d’un hôpital vétuste. Il s’agissait de faire évoluer un modèle de prise en charge longtemps associé à l’enfermement, en utilisant l’architecture comme levier de transformation du quotidien des patients, des familles et des soignants », explique Delphine Beji, architecte associée et Présidente d’AIA Life Designers explique.
Redonner toute son humanité à la prise en charge
Lorsque les équipes découvrent le site en 2017, le constat est sans appel. L’établissement, construit par strates successives depuis le XVIIIe siècle, n’est plus adapté aux pratiques contemporaines de la psychiatrie. Delphine Beji explique : « On héritait d’un site avec une gestion de l’enfermement encore très carcérale. L’objectif était de redonner toute son humanité à la prise en charge des patients, par l’architecture. Le nouveau projet prend donc le contrepied de cette logique d’isolement : ouverture sur le paysage, accès systématique à l’extérieur, lumière naturelle omniprésente, espaces plus doux et plus lisibles. Tout en respectant le travail d’humanisation de l’Association Hospitalière Sainte-Marie. En effet, l’AHSM s’est construite au fil du temps autour d’une attention constante portée aux exclus, et en particulier aux patients atteints de troubles psychiques, profondément éprouvés dans leur rapport à eux-mêmes et aux autres. »
Implanté sur un site en belvédère dominant la ville de Privas, le nouvel ensemble s’organise autour de quatre unités d’hébergement intégrées dans la pente. Depuis les chambres, les patients bénéficient également de vues dégagées sur le paysage ardéchois. Un détail loin d’être anodin dans une discipline où l’environnement peut profondément influencer l’état psychique. « Chaque unité possède aujourd’hui son jardin avec un accès à l’extérieur. Ça a été une des grandes transformations du site dans la prise en charge », souligne Delphine Beji.
Ces chambres individuelles lumineuses offrent une qualité d'hébergement inédite qui contribue à apaiser les patients. Cela a été le fil conducteur de la conception, l’apaisement et l’humanisation.
Humaniser sans nier les contraintes de sécurité et les enjeux écologiques
En psychiatrie, l’architecture doit composer avec un paradoxe permanent : sécuriser sans enfermer. Le projet de Privas s’inscrit précisément dans cette tension. Les espaces ont été conçus pour effacer autant que possible les marqueurs institutionnels souvent associés aux établissements psychiatriques. « Comment rendre sécuritaire sans rendre carcéral ? C’est vraiment le sujet principal. En psychiatrie, les chambres doivent être pensées d’une façon très spécifique pour que les patients ne puissent pas se blesser », résume Delphine Beji.
Cette volonté s’est traduite par un travail minutieux sur les couleurs, les matières, les circulations et les volumes. Mais derrière cette apparente douceur, les contraintes réglementaires restent extrêmement fortes : chambres sécurisées, absence d’angles saillants, dispositifs anti-fenestration, matériaux spécifiques.
Par ailleurs, la réhabilitation d’un tel lieu ne pouvait se faire que dans une démarche durable, décrite par Delphine Beji : « Le parti pris du projet a consisté à ne démolir que le juste nécessaire et à concentrer le projet autour des lieux historiques. Le projet a permis de minimiser l’imperméabilisation et à surtout redonner une place importante à la végétalisation notamment grâce à un grand nombre de jardins aménagés mais également avec des toitures terrasses végétalisées. Le projet a également permis de trouver de nouveaux usages à des lieux existants qui initialement seraient restés inoccupés. Les choix techniques ont privilégié la sobriété énergétique, permettant une meilleure maîtrise des consommations d’énergie sans compromis sur le confort des usagers. »
Des parcours pensés aussi pour les soignants
L’architecture du soin ne concerne pas uniquement les patients, elle transforme aussi le quotidien des professionnels de santé.
Contrairement au programme initialement envisagé, les architectes d’AIA Life Designers ont fait le choix de regrouper les quatre unités autour de la chapelle historique conservée sur le site, plutôt que d’étaler les bâtiments. « Cette organisation permet de mutualiser les espaces communs, de simplifier les circulations logistiques et de maintenir une proximité fonctionnelle entre les équipes. Pour les personnels, en termes de parcours, c’est beaucoup plus satisfaisant. Ce choix architectural de services organisés autour d’un patio central permet également une circulation sécurisée des patients qui est particulièrement adaptée à la gérontopsychiatrie et qui permet de faciliter la surveillance pour les soignants. Il s’agit d’un vrai gain en confort de travail. Les premiers retours des soignants sur place sont très positifs à ce sujet. »
https://www.whatsupdoc-lemag.fr/diaporama/chu-dangers-un-projet-architectural-au-service-des-soins
L’Agora positionné au cœur du site permet de mutualiser des fonctions communes à l’ensemble des unités de vie, commente Delphine Beji : « C’est à la fois un lien entre la ville de Privas et le centre hospitalier, mais aussi un lieu de vie, de rencontre, un endroit où se tissent des liens et où le contact avec les patients et leurs familles prend tout son sens. Les familles y sont très bien accueillies avec un salon qui leur est dédié et où tout est pensé pour qu’elles s’y sentent bien. Cela favorise le travail du personnel. Les soignants nous ont même rapporté ‘Grâce à l’Agora, nous sortons du cadre hospitalier traditionnel’. »
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