Écho système - Critique de « Les Échos du Passé » de Mascha Schilinski

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Un pays, un lieu, quatre générations. Entre cette ferme et ce bras de rivière allemand s’affrontent les remous de l’Histoire et l’immuabilité apparente du quotidien, entre ruptures et répétitions. Une seule constante : cet apparent paradoxe repose sur des victimes collatérales, souvent invisibilisées et oubliées. Mascha Schilinski cherche à restituer et entremêler ces destinées par des détails qui en s’ajoutant et en se conjuguant dévoilent peu à peu une trame implacable. 

Écho système - Critique de « Les Échos du Passé » de Mascha Schilinski

Les Échos du passé de Mascha Schilinski.

© Fabian Gamper - Studio Zentral

La richesse du film, faite d’accumulations plus stagnantes que foisonnantes, et dont le caractère abscons se décante progressivement à distance de sa vision, reste entravée par le manque de nuance de son message déterministe particulièrement appuyé. 

C’est lourd, c’est pénible, et ça ne finira pas bien. Pire : ça recommencera. Éternellement ? On est tenté le croire, tant Mascha Schilinski scrute les moments de vie de ces quatre générations de femmes pour en saisir avant tout les connexions, les répétitions, mais aussi les évolutions en trompe-l’œil. Aux asservissements civil et militaire succèdent libération et émancipation des mœurs, jusqu’à la réunification allemande : si la société des Hommes semble changer au diapason de l’Histoire, c’est au détriment de certains fondamentaux. Et dans cette ferme que la réalisatrice a choisie comme décor autant que comme symbole, c’est la violence imposée aux femmes qui se poursuit à l’infini. 

Les Échos du passé se caractérise par une narration fragmentée, éclatée prenant le risque de l'abscons

Les Échos du passé, comme plusieurs mois avant cela Chronology of Water, se caractérise par une narration fragmentée, éclatée, prenant le risque de l’abscons. Ici, la modalité cinétique est à l’opposé de celle pour laquelle  Kirsten Stewart avait opté dans son premier film : les scènes sont souvent étirées à l’extrême, planantes, avant d’être contaminées par une menace ou un drame lourdement annoncés, très souvent imaginés ou fantasmés. La mort et la violence réelles - suicides, disparitions, mutilations - sont autant d’assignations de destinée qui surviennent sans crier gare, pour mieux nous saisir. Le procédé est suffisamment appuyé et répétitif pour se sentir un peu trop manipulé. La scène ultime, gênante, finit de nous convaincre du manque de subtilité de l’argumentaire déterministe comme de sa mise en œuvre. 

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C’est dommage, car le film possède malgré tout une vraie force, qui continue d’exsuder, de vivre en nous bien après être sortis de la salle. Ces femmes existent, leurs drames et leurs sacrifices nous parlent, leur surgissement des replis de l’Histoire a quelque chose de vertigineux. Mascha Schilinski sait également nous montrer comment il faut parfois plusieurs générations pour passer de l’incestualité à l’inceste, de la transgression de l’interdit d’un acte au tabou de dénoncer un fonctionnement familial tacitement admis. On eût juste souhaité qu’elle se laisse moins piéger par le dispositif qu’elle a choisi d’ériger en système, et qui conduit à cannibaliser son projet. 

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