De médecin à patient… Flora, dermatologue : “A l’hôpital, les médecins parlaient entre eux comme si je n’étais pas là”

Pas facile d’ôter sa blouse blanche pour la chemise d’hôpital… Quand le médecin tombe malade, il découvre ses confrères avec d’autres yeux. Plus vraiment médecin, pas tout à fait patient lambda non plus. Flora Fischer, dermatologue, a changé sa pratique, suite à une péritonite aigue, elle raconte…

« Je n’avais jamais eu de problème de santé particulier. Un jour, en 2015, alors que j’étais avec une visiteuse médicale qui me présentait une nouvelle toxine botulique, je ne comprenais rien.  En quelques minutes, j’étais dans le brouillard. J’ai vomi non-stop jusqu’à ce que je rentre. Ma famille est passée me voir, a appelé SOS médecin. Quand le médecin est arrivé, je lui ai dit que j’avais une gastro. Il est resté sur cette hypothèse. Je l’ai orienté, il ne faut jamais faire ça. » En effet, le médecin lui prescrit un antalgique et repart.

Pourtant, la situation empire : « C’était comme un tremblement de terre, l’appendicite que j’avais au départ a dû se perforer, mon ventre est devenu énorme, il s’est rempli de pus. On a appelé le Samu, en fait, je faisais une septicémie à point de départ appendiculaire, je suis arrivée aux urgences en état de choc septique », se souvient Flora Fischer. A son arrivée, la douleur est si vive qu’elle ne peut s’exprimer que par des cris, jusqu’à la pose de la pompe à morphine et l’opération, moins d’une heure après, en urgence vitale. « J’ai compris que c’était vraiment grave dès que j’ai vu que j’étais dans une salle de déchoquage, utilisée pour les patients graves », se remémore-t-elle.

Son souvenir de l’hôpital restera celui d’une « très bonne équipe, » mais qui n’arrive pas à compenser la bascule compliquée côté patient. On perd forcément de sa superbe : « L’hôpital reste l’hôpital. On est la patiente de la chambre 304. Tout est déshumanisé, on ne fait même plus attention à son apparence. Je me baladais en pyjama. Il y a un certain laisser-aller, même si on ne va pas si mal. On se laisse infantiliser », décrit-t-elle.

Un bémol sur l’équipe, cependant : « Ils parlaient comme si je n’étais pas là. C’est un problème qu’on a tous en tant que médecin, on parle énormément des patients comme s’ils n’étaient pas là. Ce n’est pas qu’un problème de formation, on se parle d’un cas, il faut régler ce cas. Et c’est parfois difficile même pour des gens très humains et gentils. »

De cette expérience douloureuse, Flora Fischer en tire donc une réflexion autour de ses propres prises en charge des patients. « Je me suis demandé ‘qu’est-ce que je peux dire pour être claire sans être ni trop angoissante ni trop rassurante’. On ne peut pas non plus rassurer pour rien. Je ne sais pas si j’arrive mieux à le faire, mais en tous cas j’essaie. Et surtout, je m’efforce de m’adresser directement au patient ».

Aujourd’hui, Flora Fischer ne travaille plus en hôpital, elle exerce en libéral. « J’ai beaucoup aimé mes années à l’hôpital. Il y a de très bons côtés, et particulièrement le travail en équipe. Mais au bout d’un moment, l’enlisement de l’assistance publique commence à être compliqué. On a des grands médecins et soignants, de très bonne volonté mais on ne se préoccupe pas de l’organisation, de ce qui ne va pas. Je suis retournée à Bichat 18 ans plus tard pour voir ma maman qui était hospitalisée, tout était toujours au même endroit. Ce n’est pas normal. »

Découvrez notre deuxième témoignage Sylvie anesth-réa, atteinte d'un cancer, "En tant que médecin, je voyais toutes les lacunes."

Portrait de Constance Maria

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