De médecin à patient… Agnès*, urgentiste : “Retourner à l’hôpital, pour moi, c’était terrorisant, j’avais envie de pleurer”

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Pas facile d’ôter sa blouse blanche pour la chemise d’hôpital… Quand le médecin tombe malade, il découvre ses confrères avec d’autres yeux. Plus vraiment médecin, pas tout à fait patient lambda non plus. En 2017, Agnès, urgentiste est bloquée net par un burnout, une maladie invisible qui pourtant a transformé sa vie.

De médecin à patient… Agnès*, urgentiste : “Retourner à l’hôpital, pour moi, c’était terrorisant, j’avais envie de pleurer”

« Ça m’emmerde de voir un médecin », Agnès entame notre entretien avec franc-parler. « Au niveau médical, je m’adresse à des copains donc c’est un peu étrange. »

Elle est médecin urgentiste et se décrit elle-même comme passionnée par son travail.  « J‘exerce ce métier depuis toujours, j’aime mon boulot, mes collègues, l’ambiance d’un service d’urgences. Dans ces services, l’activité est tellement intense qu’on doit se serrer les coudes… Je protège ton dos, tu protèges le mien. La lutte contre la maladie, pour une vie meilleure », écrit Agnès sur son blog. Pourtant un jour, tout s’écroule.

En 2017, en un instant, c’est trop, c’est le burn-out. « Passer de l’autre côté de la barrière et pour une maladie invisible ! », écrit-elle.

« J’étais incapable de retourner à l’hôpital. J’y suis retournée pour mon œil. J’ai eu un problème dû à un manque de cortisol, de DHA, personne ne l’a vu à temps, j’étais obligée d’aller à l’hosto, j’étais obligée de passer par les urgences. J’ai élevé les internes, ils me portaient. Mais j’avais envie de pleurer, c’était terrorisant pour moi d’y retourner », nous confie-t-elle. Pourtant, Agnès a du mal à se voir comme une patiente « J’ai mis un temps fou pour arrêter de parler de moi comme un cas clinique. Et je suis toujours mon médecin traitant. »

Quant à savoir si cette expérience lui fait voir ses consultations avec un autre regard, elle répond par la négative. « Je n’aurais pas agi différemment avec mes patients. Les fois où je n’ai pas pu prendre de temps suffisamment avec eux, où que mon travail n’était pas comme je l’aurais souhaité, j’ai arrêté. Je travaillais plus de 250h par mois, je voyais tous mes patients. Une fois, en Martinique, une femme a eu des mots contre moi. Je l’ai très bien prise en charge quand même. Elle m’a insultée, j’ai répondu, mais je l’ai bien soignée », se souvient-elle.  

Même si elle n’exerce plus, Agnès ne parvient pas à laisser la médecine derrière elle. « J’ai gardé la curiosité médicale. J’ai essayé d’autre choses, comme un CAP cuisine, mais j’ai laissé tomber. Je regarde toujours les gens avec un œil médical. J’aimerais être comme tout le monde, être insouciante. Je dois l’accepter, je ne travaille plus mais je passe des diplômes universitaires, de médecine pour faire marcher mon cerveau ».

*Les prénoms ont été changés 

 

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