«Cela va faire un mois que nous avons ces 41 mesures de la mission flash pour l’été, et pour l’instant pas une n’a été mise en place.»

Olivia Fraigneau, interne en médecine d’urgence à l’AP-HP, prend ses fonctions de présidente de l’ISNI le 12 septembre. Ancienne présidente de l’association des jeunes médecins urgentiste, cette jeune femme de 27 ans, aguerrie au monde syndical nous partage sa vision de la situation à l’hôpital et ses futurs combats.  

What’s up doc : Depuis combien de temps êtes-vous engagée ?

Olivia Fraigneau : Je me suis engagée en octobre 2020, c’est l’année où j’ai rejoint l’association des jeunes médecins urgentistes.

Quel a été l’élément déclencheur de votre engagement ?

O F : Je fais de la représentation étudiante depuis très longtemps. J’avais arrêté au début de mon internat afin de le vivre à fond. Mais très vite, l’aide que j’apportais aux autres, et pas seulement aux patients, à mes collègues par exemple, me manquait. J’ai donc contacté l’association des jeunes médecins urgentiste pour pouvoir rejoindre leur rang.

Pourquoi avoir voulu être présidente de l’ISNI ?

O F : Je voulais continuer mon engagement l’année prochaine. C’était censé être ma dernière année d’internat. Cela ne le sera pas car je prends une année pour continuer mon engagement lié à mon mandat. Je voulais représenter tous les internes de France, suite à des discussions, à l’expérience que j’ai obtenue à l’AJMU, et j’aime énormément mener des actions syndicales, aider et protéger les autres. C’est une part très importante de ma vie, à tel point que tous les chefs savent que je fais des actions syndicales. C’est une belle façon de clôturer mon internat. Ma thèse sur l’attractivité de l’internat et de la carrière urgentiste est directement en lien  avec mon engagement et mon travail associatif.

Votre rythme de vie n’est pas trop intense ?

O F : Si bien sûr ! Mon rythme de vie est intense mais je crois que je ne sais pas vivre autrement, j’aime avoir un emploi du temps rempli. Il faut beaucoup d’organisation, accepter de ne pas avoir de temps pour tout un tas d’autres choses et s’offrir peu de répit. Mais c’est quelque chose qui me convient et me plaît. Faire du travail syndical et associatif compense mes longues et dures journées de travail à l’hôpital.

Votre prédécesseur a été deux fois élus. Envisagez-vous de suivre le même chemin ?

O F : Gaëtan a été très courageux de reconduire un deuxième mandat. C’est beaucoup de boulot. Il l’a fait en tout état de cause. J’aime énormément l’ISNI. Je suis très contente de m’engager pendant un an. Mais j’ai pour objectif et volonté de devenir médecin urgentiste et de prendre mon poste. J’ai des projets professionnels autres qui m’attendent et pour lesquels j’ai hâte. Je pense qu’à la fin de cette année je serai heureuse de redevenir médecin à temps complet.

Quels sont les combats que vous comptez mener ?

O F : La poursuite du combat sur le temps de travail des internes va être le fer de lance. D’autant plus avec le contexte du Conseil d’état qui vient de statuer en faveur des praticiens et des internes sur le fait que les hôpitaux devaient mettre des systèmes transparents et objectifs de calcul du nombre horaire des journées. Il est évident qu’il va falloir que chacun des hôpitaux le fasse pour enfin obtenir que le temps de travail des internes soit respecté. Ainsi leur santé mentale et physique ne sera plus mise en danger par une surcharge de travail.

Mais aussi la tolérance 0 des cas de harcèlement et d’agression à l’hôpital. L’extension du droit au remord, qui doit évoluer dans un contexte où la durée de tous les internats a été prolongée. La question du deuxième DES et de son accessibilité. La question du changement de subdivision pour toutes les personnes qui se retrouvent éloignés de leur famille, de leur conjoint… Travailler sur tous ces aspects-là pour permettre aux internes de s’épanouir.

La plupart des mesures concerne l’hôpital, est-ce un hasard ? 

O F : C’est là que l’on a le plus de problèmes durant l’internat. Les stages en libéraux n’ont pas ces problèmes. La souffrance des internes vient de l’hôpital.

Pensez-vous que les 41 mesures de la mission flash seront suffisantes pour passer l’été ?

O F : Je pense que la plupart des 41 mesures ne concernent pas l’été. Elles concernent l’après. D’ailleurs au mois d’août cela fera un mois que nous avons eu ces 41 mesures et pour l’instant pas une n’a été mise en place. Le délai est trop court ! Croire qu’en 2022 on va réussir à régler la problématique des urgences avec ces 41 mesures alors que cela fait plus de 20 ans que le système est à la dérive, qu’aujourd’hui les soignants crient à l’aide, qu’on ne peut pas combler quoi que ce soit car tout le monde est parti et plus personne ne veut revenir, c’est une utopie ! Je ne sais pas comment on peut croire que cela va aller mieux du jour au lendemain.

De votre point de vue, que manque-t-il à ces 41 mesures ?

O F : Il y a deux choses. Nous arrivons à un moment où cela fait plus de 20 ans que les soignants appellent à l’aide, qu’il y a une explosion démographique de la population avec en parallèle une diminution continue des soignants. Penser que l’on peut régler des années de politiques inexistantes, c’est rêver debout. Et croire que l’on va régler le problème avec les ressources pré-hospitalières qui sont aujourd’hui inexistantes car il n’y a plus de médecins de ville et qu’on manque de plus en plus de généralistes. Se concentrer sur le pré-hospitalier pour régler l’hospitalier, c’est du déni.

 Sous-entendre que tout ce qui se passe à l’hôpital est la faute de la ville qui ne remplit plus ses devoirs et fermer les yeux sur le fait qu’on manque cruellement de lit, qu’on maltraite les soignants dans cet environnement, c’est contribuer au fait de ne pas régler le problème.

Que pensez-vous du départ de Martin Hirsch et de son remplaçant ?

O F : Je n’ai pas d’avis. Personnellement je n’ai jamais directement travaillé avec lui. Il n’a pas été plus aidant, ni plus maltraitant que les autres directeurs généraux des autres CHU envers les internes. J’espère que son successeur sera mieux.

Avez-vous déjà rencontré le nouveau ministre de la santé ?

O F : Pas encore au sein de l’ISNI mais c’est quelqu’un avec qui j’ai déjà travaillé. Il était président de SAMU urgence de France quand j’étais présidente de l’association des jeunes médecins urgentistes. Il connait très bien le monde de l’internat, il a été confronté aux problématiques des internes. Il est sensible à ces questions et ouvert à la discussion. J’espère que cela suffira pour changer les choses

Comment voyez-vous votre avenir ?

O F : Je le vois diversifié. Je me vois travailler à l’hôpital. J’ai choisi ce métier pour le côté service d’accueil, pas seulement les urgences. J’aime pouvoir répondre à la demande de tous ceux  qui viennent chercher de l’aide, que ce soit une urgence sociale, sanitaire, médicale, vitale ou fonctionnelle. Mais j’aime aussi l’idée de pouvoir faire du rapatriement sanitaire, une mission humanitaire pendant plusieurs mois. J’ai envie de pleins de choses.

 

Portrait de Albane Cousin

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