«Après une carrière de PH, l'intérim à mi-temps me convient»

Dr Marie-Hélène Armengaud, anesthésiste-réanimateur

A 69 ans, Dr A. est anesthésiste-réanimateur en intérim depuis 6 ans, payée 583€ net par jour. Elle ne comprend pas l’intérim bashing actuel, mais ne croit pas non plus à la loi Rist. Elle témoigne.

« Je travaille en tant qu’intérimaire, à mi-temps environ (2 à 3 jours par semaine en moyenne) depuis 6 ans. Cela me permet de garder des périodes de vacances pour voyager. J’ai remplacé dans de nombreux hôpitaux au départ (Rennes, Clermont-Ferrand, Limoges, Reims…). Depuis le Covid, je retravaille dans mon ancien hôpital parisien. Je leur propose des jours plusieurs mois à l’avance, cela me permet de gérer mon emploi du temps.
A l’AP-HP, je suis rémunérée 583€ net pour une journée de 10 heures. Mais en réalité cela correspond souvent à 12 heures de travail.... Je n’ai jamais été payée plus. Cela me convient, ça comprend les congés annuels et la prime de précarité, mais pas de cotisation retraite.

J’ai comparé : cela correspond à peu près à ce que touche un PH 6e échelon. Je suis outrée par l’intérimaire bashing actuel. D’où sortent les tarifs de 3000€ pour 24h de garde annoncés dans certains articles ? Je ne connais aucun intérimaire ayant perçu de telles rémunérations ! Je pense qu’il s’agit de quelques cas isolés qui ont été montés en épingle. Si de tels tarifs existent, c’est scandaleux car ça rejaillit sur la réputation de toute la profession. Une chose est sûre, si la loi Rist est appliquée en l’état (ndlr : 900€ net par 24h ou 375€ par journée de 10h), il va y avoir une fuite massive des intérimaires. Il est impossible de faire travailler des médecins à ce tarif. Tous les médecins hospitaliers sont navrés de la situation catastrophique dans les hôpitaux, mais taper sur les intérimaires ne résoudra aucun problème.
Avant l’intérim, j’ai fait une carrière complète de PH en anesthésie-chirurgie cardiaque dans un grand établissement de l’AP-HP.

C’est un peu par hasard, que j’ai découvert le secteur de l’intérim

A 62 ans, j’ai été arrêtée pour la première fois de ma vie pour un problème de santé. Alors que je venais d’être opérée, j’ai été immédiatement harcelée par la DRH pour refaire le point sur un dossier que j’avais déjà rendu. Je lui ai dit « S’il vous le faut tout de suite, dites-moi aussi quand est-ce que je peux prendre ma retraite ! » (rires). Cela faisait un moment que je pensais à m’arrêter, c’était compliqué dans mon service. J’avais un compte épargne temps monstrueux, comme quasiment tous les PH, et je pouvais m’arrêter. Juste après, lors d’une de mes missions humanitaires, je discute avec un chef de service de chirurgie qui me dit « Viens nous donner un coup de main, on a besoin de médecins ! ». Il me conseille d’appeler l’agence d’intérim avec laquelle travaille son hôpital.

C’est comme ça, un peu par hasard, que j’ai découvert le secteur de l’intérim. Depuis, je travaille uniquement avec mon réseau et suis contactée directement par des services que je connais. C’est fou : finalement, l’agence d’intérim est juste un intermédiaire qui fait les contrats et prend de l’argent pour cela. Le seul inconvénient de l’intérim pour moi, c’est que vous êtes parfois logés dans des conditions indignes, souvent dans l’internat. Il m’est arrivé de dormir dans un lit 80 cm avec toutes des lattes défoncées et d’avoir une douche immonde ! Mais à côté de ça, j’apprécie beaucoup de découvrir d’autres services et leurs fonctionnements d’équipe. Certes, le premier jour, il faut trouver ses marques, faire ses preuves, cela nécessite une adaptabilité. Mais c’est ça qui me plaît ! »
 

 

 

Portrait de Sophie Cousin

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