Et si on luttait enfin contre le fléau des rendez-vous manqués ?

Le quatrième axe de la mission Braun consacré à la libération du temps médical suggère de réfléchir à des « moyens de lutter résolument contre les rendez-vous non honorés par une responsabilisation du patient ».

L’URPS d’Ile de France a donc enquêté en ligne auprès des médecins de la région : 1 950 praticiens libéraux sur 16 401 sollicités ont accepté de participer. Ce sondage met en évidence l’importante fréquence des rendez-vous non honorés, avec une moyenne déclarative de deux consultations manquées par jour et des pics pouvant aller jusqu’à cinq.

Plus en détail, 69 % des médecins interrogés déplorent en moyenne un à deux lapins quotidiens et 21,6 % trois à cinq rendez-vous manqués. Ils estiment que cette situation leur fait perdre entre 30 minutes à une heure par jour.

Un médecin sur deux considère que cette tendance est plutôt à la hausse et qu’elle concerne majoritairement les nouveaux patients. Un phénomène qui s’explique peut-être également par la facilité avec laquelle la prise de rendez-vous est désormais possible avec les plateformes type Doctolib, même si ces dernières mettent en place des systèmes de rappel. 

Un dermatologue parisien correspondant du JIM appuie : « Lors de mon installation, il y a une trentaine d’années, je n’avais quasiment jamais de rendez-vous manqués, et les rares fois où cela se produisait, les patients m’appelaient et se confondaient en excuses. Aujourd’hui on en est bien loin, il n’est pas rare de compter cinq rendez-vous non honorés en une journée de consultation, et il est extrêmement rare que les malades vous appellent pour vous en avertir ou s’en excuser ».

Perte de chance pour les patients et perte d’attractivité pour la médecine libérale

Pour 79 % des répondants le phénomène représente « une problématique majeure dans leur organisation quotidienne » écrit l’URPS.

L’institution souligne que les consultations manquées ont deux conséquences majeures : une perte de chance pour les patients et une perte d’attractivité de la médecine libérale.

Une perte de chance pour les patients puisque les « rendez-vous non honorés par certains privent en effet d’autres patients d’un accès aux soins. À l’échelon de la France, un rendez-vous non honoré par jour par médecin représente 27 000 000 de consultations annuelles, soit l’équivalent du temps de travail d’environ 4 000 médecins (ramenés à un rythme de 3 consultations par heure et 50 heures de travail par semaine) » calcule l’URPS.

Et une perte d’attractivité de la médecine libérale alors que « les rendez-vous non honorés correspondent en moyenne à 1 à 2 jours de présence au travail non rémunérés par mois » estime l’URPS.

Des médecins favorables à des sanctions

Pour la plupart des médecins répondants, les solutions reposant sur l’information et la prévention sont dépassées et beaucoup appellent à des sanctions comme la création d’une liste rouge des patients ne se rendant pas à leur rendez-vous et la majoration d’un dépassement exceptionnel lors de la consultation suivante.

L’URPS, elle, propose une batterie de mesures, sans aller néanmoins jusqu’à ces extrémités.

Elle propose en premier lieu une campagne nationale d’information sur l’accès aux soins, permettant de sensibiliser les usagers et de leur rappeler qu’en la matière, leur rôle est de ne pas rater les consultations qu’ils ont réservées. Elle conseille également aux plateformes la systématisation des SMS de rappel 24 heures en amont et l’impossibilité de prendre deux rendez-vous simultanés dans la même spécialité sans avoir au préalable annulé sa première réservation.

Elle propose également le développement d’une option de prépaiement que les médecins pourraient volontairement activer, notamment concernant les nouveaux patients.

L’URPS médecins libéraux d’Ile de France ne souhaite pas néanmoins promouvoir d’actions visant au signalement ou à la sanction des usagers coutumiers de ces comportements bien qu’elle estime que si la « tendance se maintient il conviendra de réfléchir à des dispositifs plus contraignants pour le bénéfice de tous les patients ». On imagine mal, cependant, comment une liste rouge des patients mauvais coucheurs pourrait voir le jour…

Source: 

Frédéric Haroche

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