Moi, militant syndical

Pourquoi exercer une activité syndicale ? Quatre syndicalistes témoignent de leur engagement.

Wilfrid Sammut, PH urgentiste à André-Mignot (Versailles), Amuf*

WUD. Quel est votre parcours syndical ? Il suit l’histoire de la médecine d’urgence. 
WS. Lorsque j’étais interne, il n’existait pas de statut pour ces médecins « mercenaires ». Avec Patrick Pelloux, nous avons défendu cette future spécialité et l’Amuf a fédéré les urgentistes. Plus tard, je me suis rapproché du SNPHAR*, plus structuré et efficace. J’ai siégé au Centre national de gestion des PH en commission statutaire et disciplinaire. Les syndicalistes sont là pour pointer les dysfonctionnements et l’intérêt collectif doit prévaloir sur le personnel !

WUD. Quel sens à cet engagement ? 
WS. Je suis issu d’un milieu modeste. J’ai eu la chance d’avoir ma première année de suite et ai voulu rendre ce que j’avais reçu. J’avais beaucoup d’empathie. J’ai vite compris comment fonctionnait l’hôpital et que la réussite en médecine ne tenait pas à la méritocratie. J’ai toujours été animé par la protection de la spécialité – pas dans un esprit corporatiste – tout autant que par l’intérêt du malade.

WUD. Un combat ? 
WS. Nous avons d’abord obtenu la création du statut de PH contractuel, lequel a d’ailleurs profité à d’autres spécialités, vacataires et médecins sans grade à l’hôpital public. Nous savions que nous étions un parent pauvre et un empêcheur de tourner en rond de l’hôpital-entreprise, mis en place par la loi HPST. Cela a renforcé notre désir de défendre la création de notre spécialité et notre statut de PH.

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Patrick Dassier, réanimateur-anesthésiste, président du SNPHAR de 2001 à 2004, dont il est toujours administrateur.

WUD. Quel est votre parcours syndical ?
PD. Je me suis syndiqué en étant nommé PH en 1989. Les premières années, j’ai été bercé par la pensée des aînés et en 1996, j’ai été élu administrateur, mobilisé par la formation médicale continue, m’opposant à la recertification, puis « n° 2 », puis président. Je suis resté administrateur et ai fait, à ce titre, partie de la CME de l’AP-HP où nous avons créé la commission Vie hospitalière pour travailler sur la qualité de vie au travail.

WUD. Pourquoi vous être engagé ? 
PD. Dans ma spécialité, se syndiquer est presque une tradition. Les anesthésistes ont toujours été innovants dans leurs actions, le SNPHAR a ainsi notamment largement contribué à la création du statut de PH. D'autre part, nous avions alors une direction médicale volontiers autoritaire et se syndiquer permettait d’avoir des recours face à la hiérarchie. Je n'ai jamais envisagé mes mandats comme une planque, ils furent réalisés en plus de mon travail de PH. 

WUD. Quelle ambiance, quels combats ? 
PD. Pendant la période du gouvernement Jospin, la réforme des 35 heures, la présence de Bernard Kouchner médecin, ministre de la Santé, furent une réelle opportunité pour mener le combat épique aboutissant à la reconnaissance des gardes dans le temps de travail, l'obtention du repos de sécurité, du compte épargne-temps (CET) et l'indemnité de service public exclusif. 

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Dans ma spécialité, se syndiquer est presque une tradition.

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Luc Duquesnel, généraliste en Mayenne, président du syndicat Les Généralistes – CSMF* depuis 2013.

WUD. Quel est votre parcours syndical ? 
LD. Mon parcours associatif et syndical s’explique par un atavisme familial puisque mon père présidait un syndicat agricole dans son département. En 1983, j'ai été un des leaders de la grève des étudiants et internes en médecine. J'ai présidé la corpo à la faculté d’Angers. Installé, je me suis syndiqué et j'ai occupé des responsabilités départementales, puis régionales, nationales, tout en m’investissant dans l'organisation de la permanence des soins, dans des groupes qualité de médecins généralistes, dans la création d’une maison de santé pluriprofessionnelle, d'une plate-forme territoriale d’appui, aujourd'hui d'une CPTS…

WUD. Que vous apporte cet engagement ? 
LD. De peser sur les réformes de notre système de santé, d’améliorer le quotidien des médecins libéraux et de les défendre lorsqu'ils sont poursuivis par les caisses. Notre exercice a changé, nos patients aussi, et le maître-mot doit être l'exercice coordonné autour du patient. J’aime éprouver la capacité de mobiliser, de convaincre : dans mon département 40 % des généralistes sont syndiqués à la CSMF !

WUD. Un souvenir ? 
LD. Le mouvement des médecins généralistes en 2001/2002 et la grève des gardes qui ont abouti à une revalorisation à 20 € de la consultation (et à 30 € de la VAD). À la Pentecôte 2002, nous avons occupé la CPAM de Laval qui avait déconventionné trois médecins. Les télés se sont déplacées, nous avons pique-niqué dans les locaux… et lâché 200 souris ! Le directeur a levé les sanctions car 70 % des médecins généralistes du département avaient envoyé leur déconventionnement ! 

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Olivier Le Pennetier, anesthésiste-réanimateur, président du Syndicat autonome des internes des Hôpitaux de Marseille (SAIMH) de 2015 à 2016, et de l’Isni* de 2016 à 2017.

WUD. Quel est votre parcours syndical ? 
OLP.
 Mon engagement a été assez tardif, je n’étais pas très porté faluche ou folklore carabin pendant mes premières années d’études. Le jour où j’ai poussé la porte du SAIHM, j’ai mis le doigt dans l’engrenage. On m’a permis de m’investir, d’aller à l’Isni.

WUD. Quels combats ? 
OLP. 
Rapidement, on m’a demandé de coordonner les problématiques de démographie médicale. Au même moment, je traversais un drame, le suicide d’un collègue et ami de promo en épuisement professionnel. Après nous être naturellement rapprochés de la famille, nous avons fait connaître la problématique des suicides de brillants étudiants poussés à bout. 
Avec l’Isni, j’ai porté 2 grands projets : l’enquête santé mentale, coordonnée par Leslie, et l’enquête sexisme, coordonnée par Alizée. Cette même année, nous avons fait grève contre le report – en vain – de la réforme des études médicales.**

WUD. Quels souvenirs ? Quel sens à l’action ? 
OLP.
 Ma fierté, c’est d’oser parler du sexisme : j’étais initialement peu sensible au sujet mais ai ouvert les yeux et en ai vu les ravages. Nous avons du travail !

 

 

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