De médecin à patient… Sylvie*, anesth-réa : “En tant que médecin, je voyais toutes les lacunes…”

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Pas facile d’ôter sa blouse blanche pour la chemise d’hôpital… Quand le médecin tombe malade, il découvre ses confrères avec d’autres yeux. Plus vraiment médecin, pas tout à fait patient lambda non plus. C’est un cancer du sein qui a arrêté Sylvie dans sa course. Son regard critique sur sa prise en charge, les erreurs notées dans son protocole, elle a tout relevé et en a tiré des leçons…

De médecin à patient… Sylvie*, anesth-réa : “En tant que médecin, je voyais toutes les lacunes…”

Sylvie a 48 ans, elle est anesthésiste réanimatrice. « On m’a découvert fin juin, au cours d’un examen systématique, un cancer du sein. Ça a été extrêmement traumatique. On a l’impression en tant que médecin qu’on est tout le temps confronté à la mort des autres et à la maladie. On pense alors qu’on est prêt pour soi, mais quand ça arrive réellement, qu’il y a une possibilité de mourir, ça provoque une angoisse très importante », se rappelle-t-elle.

Face à ce combat, son expérience de médecin ne lui a été « d’aucune aide ».  « Ça a plutôt été un amplificateur, j’ai pensé à tous les gens que j’avais vu morts d’un cancer du sein métastasé. Jusqu’à ce que je sache que mon cancer était de bon pronostic, mon imaginaire de médecin a marché à fond », se souvient Sylvie.

Seul point positif de sa profession dans l’épreuve de la maladie : « connaître le réseau, avoir vite rendez-vous, être vite opérée », explique Sylvie, pragmatique.

Lors de son suivi, son regard de médecin a aussi pesé : « Je voyais tout ce qui n’allait pas dans ma prise en charge, avec une vision de professionnelle. J’ai vu à quel point on était mauvais en hygiène : le lavage des mains, le port de bijoux... Une fois j’ai eu un anesthésiste qui n’appliquait pas les protocoles, ça m’a angoissée. La prise en charge de la douleur n’était pas non plus optimale, c’est énervant. Les pratiques générales ne correspondaient pas aux recommandations. Il y a eu des bonnes prises en charge, mais je n’ai vu que les mauvaises », confie Sylvie.

Sylvie a tiré des leçons de son passage, côté patiente : « Avec l’expérience, j’ai compris ce qui leur arrivait, ce qui se passait dans leur tête, l’angoisse des patients et de leurs familles et comment leur parler. Depuis, dans ma façon de communiquer, il y a quelque chose de plus personnel et plus adapté », poursuit Sylvie.

« Moi, on ne m’a pas laissée parler. Le médecin ou le soignant, parle beaucoup, explique les choses, c’est bien, mais il y a peu de moment où on nous demande comment on se sent, comment ça se passe, où on nous demande de nous exprimer. Il ne faut pas se leurrer : le dialogue médecin-patient n’est pas un dialogue, c’est un sachant face à un malade », déplore Sylvie.

La gestion de la douleur est devenue l’une de ses préoccupations majeures : « cela me tenait déjà à cœur avant. La prise en charge n’est pas optimale en France. Je ne vais plus dire des choses comme ‘ça ne fait pas trop mal’, car je considère que la seule douleur supportable est celle des autres. Et de façon plus personnelle, cela me pose question dans ma vie, mon mode de travail, mon stress. Cela me permet de questionner ce qui est important, ce qui est prioritaire. »

*Le prénom a été changé

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