Les violences : cet autre aspect des études de médecine

Deux thèses soutenues à la Sorbonne décrivent l’étendue des violences psychologiques, physiques et / ou sexuelles que vivent les étudiantes et étudiants lors de leurs études de médecine.

Faire des études de médecine, est-ce obligatoirement être victime de violences ? A en croire les deux thèses de Sara Eudeline et Amélie Jouault, oui. Pendant trois ans, elles ont élaboré des questionnaires, recueilli la parole des victimes et dressé un tableau des violences subies par les étudiantes et étudiants lors de leur internat. “On ne s’attendait pas à des chiffres aussi élevés, commence Sara.” Et pour cause. 99,3% des étudiant-es interrogé-es déclarent avoir subi au moins un type de violence pendant leurs études. 
Dans le détail, les violences psychologiques touchent 93,6% des étudiant-es et les violences sexuelles 53,5%. “Au début nous pensions avoir une centaine de mails, continue Amélie Jouault, mais très vite nous avons été submergées par le nombre de répondant-es”. 
 
Cette double thèse arrive après un livre sur le sujet paru en 2017 (Omerta à l’hôpital de Valérie Auslender). Cette fois-ci, Sara Eudeline et Amélie Jouault ont voulu chiffrer l'étendue de ces agressions du quotidien. Mettre des mots sur les témoignages de racismes, de sexisme ou de viols. Pour ce faire, elles ont interrogé environ 2.200 internes en médecine générale, issus de 37 universités différentes, soit 20% des effectifs totaux. “Notre enquête met en évidence que les violences ont un peu un côté ‘passage obligé’ lors des études de médecine. Et, oui il est temps que cela change.” Elles décrivent des études où l’humiliation est omniprésente, où la transmission du savoir se fait souvent en opprimant un groupe d’individus. “T’es censé être ok avec ça. T’es censé être ok aussi avec la mort, et le sexe sans que tes sentiments soient pris en considération”, continue Sara Eudeline. 
 
Humiliations publiques, viols et idées suicidaires
 
Dans les témoignages qu’elles ont reçus, beaucoup font état d’humiliations publiques lors de cours ou de stages par des supérieurs hiérarchiques. Comme ce médecin qui lance à un interne “tu vois cette fenêtre ? tu l’ouvres et tu sautes.” Ou encore ces étudiantes qui racontent être “ condamnées à subir des humiliations [dès le premier jour de stage]”; “c’était des humiliations constantes ou des brutalités verbales dans le bloc”. Ce rapport à l’autorité questionne les deux médecins généralistes qui concluent à une véritable “culture de la violence” lors des études de médecine. “La quasi-totalité des étudiant-es en médecine ont subi des violences, qu’elles soient physiques, verbales ou sexuelles, continue Amélie Jouault. Ce problème n’a absolument rien de marginal." Et résultat, 95,6 % des internes déclarent avoir voulu abandonner leurs études. Une grande part raconte avoir quitté l'hôpital public à cause des discriminations et violences subies au quotidien. Enfin, 31% d’entre eux rapportent avoir des idées suicidaires.
A cela s’ajoute la sensation de ne pas pouvoir agir. De ne pas être libre de ses actes. Comme cet étudiant qui explique avoir violé une patiente, sous l’ordre de son supérieur hiérarchique. “Je me souviens du premier toucher rectal que j’ai pratiqué. Une femme d’une quarantaine d’années qui avait craché un peu de sang. Elle allait très bien. Mon chef me dit de lui faire un toucher rectal, la patiente refuse, je n’en trouvais pas ça nécessaire non plus. Mon chef insiste, je l’ai fait, c'était horrible. Aujourd’hui j’ai le sentiment d’avoir violé cette patiente.”
 
Cette double thèse a été bien accueillie racontent les deux médecins. Elles espèrent maintenant qu’en chiffrant ces violences, la parole des victimes sera enfin écoutée. 

Portrait de Elodie HERVE

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