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Formée au CHU d’Angers, Sarah Cavarec-Lecomte s’installe rapidement après sa thèse, en 2018, au sein d’une maison médicale en Maine-et-Loire. L’équipe est structurée, pluriprofessionnelle, composée de médecins expérimentés. La patientèle est stable, le cadre de travail favorable. Elle exerce trois jours par semaine, avec des journées de douze heures, et suit environ 800 patients.
Les premières années sont satisfaisantes. Le choix d’un exercice collectif permet échanges, accompagnement et continuité des soins. Mais dès le départ, une partie importante du travail déborde du temps médical, notamment la gestion administrative et comptable du cabinet.
L’administratif qui grignote le temps de soin
Au fil des années, la charge administrative augmente. Ordonnances sécurisées à rédiger intégralement à la main, renouvellements imposés tous les 28 jours, formulaires spécifiques à télécharger et remplir en consultation, alimentation du dossier médical partagé.
Chaque jour, elle estime consacrer au moins trois heures à des tâches non cliniques. Certaines obligations, comme l’ouverture d’un DMP, mobilisent jusqu’à dix minutes sur une consultation de vingt à trente minutes. « Ça ne laisse plus beaucoup de temps auprès du patient », résume-t-elle.
Une consultation de plus en plus contrainte
La multiplication des procédures modifie la dynamique de la consultation. Les formulaires s’imposent au temps clinique. Les courriers, prescriptions spécifiques et demandes d’avis se cumulent. « C’était chronophage », constate-t-elle, soulignant le décalage croissant entre les exigences administratives et la réalité du cabinet.
Progressivement, s’installe aussi le sentiment que les décisions de santé publique ne tiennent plus compte du terrain. « J’ai perçu de plus en plus nettement que l’avis des praticiens n’était pas pris en considération ».
Le point de rupture
La décision de partir se cristallise lorsqu’elle a le sentiment de ne plus exercer la médecine qu’elle juge acceptable. « Quand j’ai eu le sentiment de maltraiter mes patients », explique-t-elle. Des consultations écourtées, des patients interrompus, une relation de soin altérée par la pression du temps.
« Je m’étais dit : tiens le coup tant que tu exerces la médecine telle que tu le souhaites ».
Arrêter n’est pas une décision anodine. Quitter, c’est laisser une place vacante dans un territoire déjà fragile. C’est aussi renoncer : « J’ai quitté un métier que j’aimais profondément ».
Elle évoque une culture professionnelle intériorisée très tôt : tenir, encaisser, accepter de se mettre dans le rouge. « On porte le système à bout de bras, en mettant des rustines partout sur un système de santé qui craque ».
Après le libéral, retrouver du temps
Sarah Cavarec-Lecomte a arrêté la médecine générale libérale le 31 mars 2025. Elle exerce aujourd’hui comme médecin de l’Éducation nationale. Elle décrit un bénéfice immédiat sur sa santé physique et psychologique. « J’ai retrouvé du sens. Et j’ai retrouvé le temps qui me manquait en médecine libérale ».
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