Quand les médecins quittent médecine : portrait de François Houyez, militant anti-VIH

François Houyez, 53 ans, travaille depuis 16 ans pour Eurordis, l’organisation européenne des maladies rares, après avoir consacré de longues années de sa vie à la lutte contre le sida… mais aussi aux études de médecine.

François reconnaît une absence de motivation initiale : « Le choix de la médecine a été formulé par mon père (un ingénieur en électrophysique, sa mère étant ingénieure en chimie-pharmacie, NDLR) lorsque j’avais 10 ans. Nous ne discutions jamais, cela s’est joué en 5 minutes, cela m’arrangeait de ne pas trop me poser de questions. » Il est entré, quelques années plus tard, à la faculté Broussais-Hôtel Dieu. Ayant échoué de peu au concours, il est reçu parmi les premiers l’année suivante : « Cela ne m’a jamais paru difficile. Ce qui l’était davantage, en revanche, c’était de me retrouver à Paris, perdu dans un milieu d’étudiants en médecine qui pour la plupart avaient des parents médecins, connaissaient les codes, les services hospitaliers où faire ses stages… Cela ne m’a pas empêché de progresser mais je ne me suis jamais senti intégré. »

Machine à ingurgiter 

François vivait toujours chez ses parents en banlieue ; pour financer son indépendance, il exerçait des vacations en tant qu’aide-soignant dans différentes cliniques. Des premières rencontres amoureuses homosexuelles houleuses ont bousculé le garçon secret qu’il était. Celle avec un jeune homme séropositif, mort 18 mois plus tard d’un lymphome cérébral, a bouleversé sa vie : « Je me suis jeté dans la lutte contre le sida et suis entré à Act Up Paris où j’ai milité pour l’accès aux protocoles compassionnels et les ATU. Le temps nécessaire pour faire mon deuil. » 

En 2002, il se représente en 5e année de médecine : « J’ai été très bien accueilli, la fac a tout fait pour m’aider. J’avais une expérience peu commune, j’étais par exemple très à l’aise aux urgences avec les SDF, toxicos, etc. Mais j’avais du mal à concilier études, jobs alimentaires et vie privée ». Mais il retrouve les « 1,26 m de polycopiés, les conférences d’internat humiliantes et chères, les problèmes d’intendance ». Il abandonne alors définitivement médecine, mais pas les patients, dont il s’est fait la voix au sein d’Eurordis* : 

"Arrêter médecine ne m’a pas empêché de faire ce que j’aime"

« Il est évident que cet apprentissage m’a beaucoup aidé pour mon métier. J’ai continué d’ailleurs à obtenir d’autres certificats, à la carte, notamment en virologie médicale à Bichat avec Françoise Brun-Vézinet. Mes missions sont très variées alors que je sens parfois une certaine routine chez des amis, ex-co-étudiants. Arrêter médecine ne m’a pas empêché de faire ce que j’aime, en revanche, ne pas avoir le diplôme m’a fermé des portes en termes de statut et de prétention salariale. Mais cela ne suffit pas à me faire regretter : l’idée d’être diplômé et thésé ne m’a jamais bouleversé. »

*Eurordis est une alliance non gouvernementale européenne d’associations de malades, pilotée par les patients eux-mêmes. Elle fédère 851 associations de patients atteints de maladies rares dans 70 pays. https://www.eupati.eu/fr/implication-des-patients/entretiens/entretien-avec-francois-houyez/

Pour lire l'intégralité du gros dossier "J'ai quitté médecine", rendez-vous ici.

En bref, je suis parti parce que :

« Avant de pouvoir être utile, de pouvoir réfléchir, il faut ingurgiter énormément d’informations. C’est le propre de tout apprentissage, mais clairement, je n’étais pas fait pour ce bachotage. »

Arrêt : 5e année.

Les autres portraits du dossier 
Portrait du groupe électro-pop Jabberwocky
Portrait d'Albane, maintenant cavalière
Portrait de l'ex-chirurgien qui vend des gaufres
Portrait de Vin, maintenant vidéaste

Portrait de Isabelle Guardiola
article du WUD 44

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Le gros dossier

 

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