Quand les médecins quittent médecine : portrait du groupe électro-pop Jabberwocky

Jabberwocky, c’est un groupe électro-pop formé par trois garçons qui étaient tous originellement étudiants en médecine à Poitiers. Ces phénomènes sont Camille Camara, Emmanuel Bretou et Simon-Louis Pasquer. Ils nous racontent leur abandon de la médecine.

Ce groupe s’est fait connaître avec son single « Photomaton », chanté par Elodie Wildstars. Radio Nova fut la première radio à le diffuser après l'avoir découvert dans plusieurs blogs électro. Cette chanson a rapidement atteint la 2e place des charts français. Cerise sur le gâteau : la musique fut choisie fin 2013 comme habillage sonore de la campagne publicitaire pour la Peugeot 208… Dès lors, cette musique sera familière aux oreilles de tout un chacun, et pas seulement des habitués des sons électro-pop.

Pour nos protagonistes, l’arrêt de leurs études médicales est survenu après la 5e année validée, juste avant l’entrée en 6e année. C’était en 2013.

« À l’époque, on faisait énormément de musique pendant notre externat. On a sorti notre premier titre en 2013. On avait envoyé notre morceau à pas mal de monde en espérant qu’il tombe dans les bonnes oreilles. Cela nous a permis de trouver rapidement un label. Puis Radio Nova a commencé à nous diffuser. Progressivement notre musique a été projetée sur le devant de la scène. On est passé ensuite sur d’autres radios. Les demandes de concerts et festivals se sont enchaînées de part et d’autre, on a fait énormément de rencontres. » 

Au bout d’un moment, entre la préparation de la sortie du premier album qui pointera le bout de son nez en 2015, et la tournée qui doit les occuper pendant deux ans, il n’est plus possible de tout réaliser sans se décupler. « C’est l’enchaînement de tout ce qui était en train de se passer à une vitesse phénoménale qui nous a fait nous rendre compte que l’on ne pourrait pas faire les deux. Mais c’est un rêve de gosse qui se réalisait. On savait que c’était une opportunité qui s’ouvrait et qui ne se représenterait peut-être pas. On avait envie d’y croire jusqu’au bout. » Et en 2017 sortait leur 2e album, « Make-Make », assorti d'une tournée passant par l’Olympia.

Un arrêt par étape de la médecine

Si tout semble leur être « tombé dessus » de façon positive sans qu’ils aient eu à montrer plus que l’étendue de leur talent, Camille Camara nuance cette notion de célébrité comme irruption hasardeuse dans leur quotidien : « Au fur et à mesure que l’externat avançait, nous sentions que nous commencions à être entraînés dans une sorte de rouages où tout était tracé : l’externat, l’ECN, l’internat, le post-internat, etc. La musique nous permettait de sortir de tout ça. On avait décidé avant notre dernière année d’externat de faire un break, et c’est finalement à ce moment-là que sont arrivées les opportunités qui nous ont permis de rentrer dans le monde de la musique. » Auraient-ils toutefois arrêté leurs études si leur carrière musicale n’avait pas décollé ? « Probablement pas », nous indique Camille.

En effet, des souvenirs de leur externat, ils en ont des tonnes. Camille, étudiant investi, se souvient d'un « externat qui s’est bien passé dans l’ensemble, sans vraiment de mauvais souvenir. ». Simon nuance en précisant qu’il y a du bon et du moins bon, toute personne n’ayant pas la même expérience d’une fac à l’autre. « Notre opinion se forge en fonction des stages, des rencontres réalisées…. Pour ma part j’ai pris le parti de ne garder que les bons souvenirs, ceux qui confirment que ce métier est bien une vocation, une passion avant tout. »

Manu est quant à lui heureux d’avoir passé ces années à étudier la physiologie et la santé humaines car elles sont « réellement formatrices, au sens large, dans de nombreux domaines de la vie »

Pouvoir encaisser pas mal de boulot

De fait, ils annoncent que cette expérience dans le cursus médical leur apporte toujours dans leur carrière artistique d’aujourd’hui. Ce petit quelque chose que n’ont peut-être pas des artistes ayant toujours évolué dans ce milieu. « Moi je garde la façon de travailler que j’ai acquise pendant mes études, explique Camille. Le fait de pouvoir travailler beaucoup, de pouvoir encaisser pas mal de boulot. On a gardé de ces années une espèce de discipline en quelque sorte. » 

Simon en conserve, outre le fait d’avoir appris à être méthodique et rigoureux, la propension à rester curieux. Pour Manu, ces arguments sont tous valables. Mais également une philosophie de vie : « J’ai compris que plus on progresse, plus on prend plaisir. »

Lorsqu’on leur demande si tous ces acquis font qu’ils se sentent toujours médecins à l’heure actuelle, la réponse est explosive : « On a toujours des affinités avec la médecine, dans les infos, les revues scientifiques ou par nos amis médecins. Mais cela ne fait pas partie de notre quotidien. On ne se risquerait pas à jouer les docteurs ! »

La médecine, pour eux, c’était pourtant une vocation. Si c’est la curiosité (toujours !) et l’envie de mieux comprendre le corps humain qui a poussé Manu à ingurgiter les manuels d’anatomie, c’est la haute estime de ce travail qui donnait à Simon les ressources pour répondre à la cadence infernale des cours alternant avec les stages : « J’avais l’impression que le médecin c’était un des super-héros de la vraie vie ». Et Camille d’approuver : « Pouvoir aider les gens tous les jours, avoir ce ressenti de pouvoir apporter quelque chose, c’est très stimulant. »

Un choix définitif ?

Est-ce qu’il sera ainsi un jour possible de revoir ces trois stars en blouse blanche, le stéthoscope autour du cou ? Pas si sûr… 

« Non je ne pense pas, nous livre Camille. Nos envies ont clairement évolué en fonction de notre vécu. Après, on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait. »

Pour le moment toutefois, pas de regrets, ces gars-là vivent leur passion. Et n’ont pour le moment aucune envie de revenir s’enfermer entre les murs d’une bibliothèque universitaire. Il faut dire que leur routine est un chouïa plus excitante : « On se retrouve dans la matinée, on prend un petit café ensemble et on fait de la musique toute la journée dans notre studio avec notre collection de synthétiseurs qui s’agrandit petit à petit. Suivant les périodes, nos week-ends sont pris pour des concerts en France, voire à l’étranger. » 

Et pour ceux qui éprouvent des doutes quant à leur quotidien aseptisé, Simon a un précieux conseil : « Le doute, c’est important dans ce métier je pense, comme dans la musique d’ailleurs. Il faut savoir se remettre en question car cela permet d’avancer. Mais il ne faut pas douter de tout, il faut s’écouter et se faire confiance. »

Ainsi, que ce soit avec un micro ou avec un stétho, il est possible de pimenter son quotidien, et ce n’est pas Meredith Grey qui nous dirait le contraire…

Pour lire l'intégralité du gros dossier "J'ai quitté médecine", rendez-vous ici.

En bref, je suis parti parce que :

Camille : « J’ai eu la possibilité de vivre ma passion. »

Simon : « Il y avait tout un tas de nouvelles expériences qui s’offraient à nous. »

Manu : « J’ai saisi l’opportunité de vivre de ma passion, et un champ des possibles beaucoup plus large s’ouvrait à moi. »

Arrêt : 5e année

 

Portrait de Anaïs Charon
article du WUD 44

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