Les études de médecine constituent une formation « tunnel » dans laquelle le plus dur est d’entrer. Ensuite, il suffit de suivre les rails et de choisir – ou subir – quelques aiguillages. Finalement certains ont plutôt le regard tourné vers le paysage qui défile en dehors du train, jusqu’à décider de sauter de la rame. Pour d’autres, le départ, plus violent, prend des allures de déraillement. 

La rédaction vous propose une série de portraits de personnes qui ont quitté la médecine pendant ou après leurs études. Elles nous racontent leur parcours, les raisons du changement et leur regard sur ce choix. De quoi nous interpeller sur nos propres décisions et nos projets d’avenir. De quoi tourner la tête vers la fenêtre du train…

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Anaïs Charon, Guillaume de la Chapelle, Alice Deschenau, Matthieu Durand, Jean-Bernard Gervais, Isabelle Guardiola, Laetitia Imbert, Julien Moschetti, Adrien Renaud
 

 

Anaïs Charon

Vin, de son nom d’artiste Vintage Tran, est un des vidéasteS de la French Freerun Family, une équipe professionnelle d’athlètes internationaux spécialisés dans le Parkour Freerun et les cascades, qu’il a rejointe
en 2011 pendant ses études.

Le Freerun est ce à quoi s’adonnent les protagonistes du célèbre film Yamakasi pour les novices ! Ce sont les mêmes qui ont tourné une vidéo sur le jeu Assassin's Creed Syndicate, en 2015. Pour Vin, cette passion a pris le dessus au point qu’en 2014, il décide de la préférer à son cursus médical. « J’avais un esprit très créatif et je trouvais trop compliqué d’exprimer ma créativité dans le milieu médical. On ne fait pas de cocktails imaginés de médicaments en médecine ! (rires) »

Il n’a pas tant de mauvais souvenirs que cela de son externat à la Pitié-Salpêtrière, qu’il a commencé dans l’optique de faire chirurgien. Néanmoins, il a vite découvert qu’il « manquait d’empathie », préférant alors choisir des stages de chirurgie ou de traumatologie à ceux de médecine, le confrontant trop souvent aux patients selon lui. 

D’ailleurs, il se sert dorénavant de ces apprentissages dans sa nouvelle vie ! « Les contusions sont tout de même assez fréquentes dans l’équipe et j’arrive à faire des diagnostics de traumatologie simple, ainsi que des petits gestes de suture. Et lorsqu’il persiste un doute, j’appelle ma sœur, qui est chirurgien ! » En outre, s’il ne se considérait plus comme médecin à l’heure actuelle, il dit conserver de ces années de labeur l’esprit scientifique. « Ces études m’ont appris à m’organiser, à structurer mon quotidien. Sans la médecine, ce serait le bordel dans ma vie ! (rires.) »

Le soulagement de la décision

Le dernier jour avant son arrêt définitif, il s’en souvient comme si c’était hier : « Lorsque j’ai appelé ma mère pour lui faire part de ma décision finale, c’est un énorme poids qui partait. Il n’y avait plus de pression, plus ce besoin d’étudier sans cesse sans voir la lumière du jour. Plus la sentence de l’internat et le devoir de tout sacrifier. C’était réellement l’avancée vers l’inconnu qui me plaisait, j’étais excité à l’idée d’un challenge à relever, d’une renaissance. J’étais très heureux. »

Ça a été plutôt dur au début pourtant, notamment du côté familial, avec de nombreuses tensions. Sa famille qu'il qualifie de plutôt psychorigide et qui avait investi beaucoup de temps pour lui, s'est montrée inquiète quant à l’avenir incertain dans lequel il se lançait. D’autant que la création de son réseau photographique et vidéographique lui a pris un certain temps : « J’ai tout de même galéré pendant deux ans et demi avant d’aboutir à ce que je fais aujourd’hui. »

Mais la donne a changé lorsque ses proches ont vu l’étendue du talent de Vin et ses productions de plus en plus renommées. « Aujourd’hui ma mère suit cela de très près : elle compte même mes abonnés YouTube, et c’est elle qui m’avertit des dernières tendances ! »

Sa journée-type maintenant : à peine levé le matin, il va tourner dehors, faire du parkour sur les toits de Paris. « C’est à la fois pour l’art et pour faire une coupure avec le quotidien : m’éloigner du tumulte parisien, des bruits parasites. C’est mon havre de paix. » Avant de s’attaquer au montage dans l’après-midi. Mais aussi aux rendez-vous professionnels avec des mannequins, des chanteurs pour de la photographie en hauteur, et des marques pour des placements de produits, des opérations, etc. Désormais, ce n’est plus à l’intérieur des bâtiments qu’il use de sa dextérité, mais au-dessus de ceux-ci !

 

En bref, je suis parti parce que :

« J’ai l’esprit créatif et la médecine ne pouvait pas assouvir ce besoin. »

Arrêt : 5e année.

Au début des années 2000, le Dr Éric Chemla avait quitté la France pour exercer ses talents de chirurgien au sein du NHS britannique. Il y a tout plaqué. Toujours à Londres, il se trouve aujourd’hui à la tête de trois établissements Wafflemeister*.

C’est une vidéo qui a fait le tour du Web médical au printemps 2018. On y faisait la rencontre d’un personnage haut en couleurs : Éric Chemla, médecin français ayant longtemps exercé à Londres. Interrogé par nos confrères de France Télévisions, ce chirurgien vasculaire expliquait pourquoi il se retrouvait aujourd’hui à vendre des gaufres dans la capitale anglaise, et pourquoi cela le remplissait de bonheur.

« Quand je suis arrivé à Londres en 2002, j’ai vu des choses incroyables pour quelqu’un qui venait de Paris », raconte-t-il aujourd’hui à What’s up Doc. « Tony Blair (alors Premier ministre britannique, NDLR) avait décidé d’injecter des millions dans le système de santé, on construisait des blocs opératoires, on ajoutait des lits, nos salaires étaient revalorisés… »

La faute à Lehman Brothers

Mais en 2009, patatras ! La crise financière est passée par là, et le temps des restrictions financières est venu. « Au bout d’un moment, on avait fait tellement d’économies qu’on ne savait plus où en faire », se souvient-il, d’autant plus amer qu’il exerçait à l’hôpital Saint-Georges de Londres des responsabilités équivalentes à celles de nos chefs de pôle. « Quand votre boulot c’est de soigner les gens, mais que vous passez tout votre temps à vous bagarrer pour trouver un bloc, vous vous posez de sérieuses questions », explique-t-il.

Au fil des semaines, Éric se rend compte qu’il devient nerveux, agressif. « Je commençais à compter les années, puis les mois, puis les semaines avant de pouvoir prendre ma retraite », se rappelle-t-il. « Quand on a encore 15 ans à travailler, c’est un peu bizarre. » Pendant trois ans, le chirurgien ronge son frein, puis en octobre 2016, il prend sa décision. Il arrête et émerge cinq mois plus tard à la tête d’un restaurant.

Les meilleures gaufres du monde

Quand on lui demande d’expliquer ce virage inattendu, Éric est désarmant de simplicité : « Cela faisait longtemps que je me disais que je voulais faire quelque chose dans la nourriture, j’ai toujours aimé ça ». En faisant sa petite étude de marché, il est tombé sur la chaîne de restaurants Wafflemeister : non seulement la marque prétend servir « les meilleures gaufres du monde », mais en plus, son système de franchises correspond aux ambitions et aux moyens du Français. Il se lance.

Aujourd’hui, l’ancien chef de pôle ne reviendrait en arrière pour rien au monde. « J’ai fait un métier qui était beau quand j’ai appris à le faire, mais maintenant j’ai des haut-le-cœur quand j’y pense », explique-t-il. Il compte désormais se consacrer entièrement aux affaires : il a ouvert deux autres restaurants dans un autre quartier de Londres, et se donne une dizaine d’années pour arriver à huit établissements !

* Chaîne de restaurants franchisés spécialisée dans les gaufres.

 

En bref, je suis parti parce que :

« l'exercice au quotidien exigeait plus d'énergie et de temps à essayer d'organiser les soins dans une ambiance de pénurie, alors que le temps réel de traitement des patients était en constante diminution. »

Arrêt : en exercice.

Albane Le Gall a commencé médecine pour faire de la chirurgie plastique. Très manuelle, elle exprimait petite un côté artistique qui, mêlé à son désir de soin, lui a fait élire cette profession comme idéale. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu !

C’est avec une pointe d’humour qu’Albane se souvient de ses pires souvenirs d’externe à Angers lors de son stage en chir’ plastique, avec des chirurgiens parfois désagréables. Un jour, elle entend même « qu’il lui manquerait de se faire refaire les seins »

Son départ de médecine s’est fait en deux temps. Elle a commencé par partir un semestre au Viêtnam. « Ça faisait deux ans que je me questionnais sur mes études. J’ai décidé de partir à l’étranger. Ce devait être un second souffle pour mieux repartir après. Ou peut-être était-ce une immense fuite en avant ? Avec du recul je n’en sais rien (rires). Je me sentais étouffée, prise au piège dans un quotidien exclusivement médical, y compris dans les conversations entre amis. » 

Ce n’était que le début d’un long questionnement existentiel. Mais une rencontre lui a redonné de la motivation, un médecin qui pratiquait plusieurs sortes de médecines : médecine de montagne, médecine légale, esthétique. « Il avait une vision différente de la pratique, beaucoup plus ouverte que ce dont on nous parle au CHU et à la faculté. » Inspirée par cette rencontre, elle relance son projet de devenir généraliste, et d’allier ses passions à son métier. Mais ce second souffle n’a pas duré. « C’est plutôt l’approche éducative, le système de la Fac’ qui ne me correspondait pas. Une énorme densité de cours pour finalement du pur bachotage. Un système malsain dû à trop d’élitisme, trop de hiérarchie. Un bon médecin n’est pas uniquement celui qui connaît le plus de choses. Il est censé être humain avant tout. »

Les réactions de son entourage ? Très hétérogènes. Du déni pour certains, de l’étonnement pour d’autres, de l’incompréhension parfois. « Certains pensaient que j’allais gâcher ma vie. D’autres se sont posé eux-mêmes la question ! Je n’ai été ni déçue ni étonnée car j’étais sereine dans ma décision, que j’ai prise seule. »

Tournez manège

Aujourd’hui Albane, qui avait poursuivi sa pratique de l’équitation, est devenue cavalière maison au haras de Safarome, à Sallertaine en Vendée, chez Jérôme et Sandrine Proux, des cavaliers professionnels de dressage, course et saut d’obstacles. Sa journée-type est bien différente aujourd’hui ! Au grand air dès 8 heures, elle s’occupe de l’intendance des écuries puis monte à cheval.

De son parcours dans le cursus médical, elle conserve le côté humain, la sensibilité. Ces attributs qu’elle a développés tant bien que mal lors de ses études, elle les met à profit pour être le plus à l'écoute possible des chevaux. D’ailleurs, elle n’exclut pas le soin de ses pratiques futures. Elle s’interroge sur un projet d’équithérapie. Et aussi, sur la pratique de la physiothérapie ou de l’ostéopathie équine, ce qui lui permettrait d’allier ses deux passions.

En bref, je suis parti parce que :

« Je ne me sentais plus à ma place et j’ai retrouvé la joie de vivre que je perdais petit à petit pendant mes années d’études. »

Arrêt : 5e année

Pourquoi quitter une profession quand le ticket d’entrée est aussi coûteux ? C’est souvent la question de ceux qui vont au bout de leurs études de médecine, qui exercent mais ont vu, voient encore, certains quitter la route et suivre d’autres chemins.

Un delta entre un avenir rêvé et une réalité constatée

Les portraits déployés dans ce dossier le montrent. La déception est parfois au rendez-vous en découvrant la médecine, celle de la fac, celle du CHU, celle des différents modes d’exercice. Et d’autres le confirment. Le manque de place laissée aux qualités humaines, sociales des médecins et futurs médecins est une des raisons récurrentes. « J'ai quitté médecine lorsque j'ai compris que ces études exigeaient que je devienne une personne différente de celle que j'aspirais à être », raconte Loan Souvannavong qui a préféré changer de voie en DCEM3 et est devenu coach en développement personnel. « J’aurais apprécié que l’enseignement soit orienté vers la formation pratique de soignants humains et ouverts d'esprit. Or j'ai souvent eu l'impression d'être appelé à devenir un algorithme automatisé. » Un dégoût qui a s'est terminé en « épisode dépressif majeur »

Antoine Davière, lui, a fini par « comprendre » en 4e année qu’il avait « perdu le sens ». « J’ai pu voir beaucoup de bons médecins à l’œuvre, mais j’ai aussi vu des médecins traiter les patients comme des tâches sans y mettre aucune humanité, sans même les regarder dans les yeux. » Progressivement, quelque chose s’est fissuré en lui. « Je n’arrivais pas à supporter la responsabilité que porte un médecin vis-à-vis de ses patients. Je me sentais incapable d’être à la hauteur. J’étais trop touché émotionnellement par ce que je voyais à l’hôpital du côté des patients, mais également du côté des médecins et des internes qui, pour beaucoup, semblaient ne plus supporter leurs conditions de travail. »

Les conditions de travail à l’hôpital sont une réalité qui interroge. Ornella Labourroire, 25 ans, a levé les voiles en 4e année, « vaccinée » par la succession de stages dans les établissements de l’AP-HP. « Il y avait un manque de personnel criant, et c’était difficile de s’occuper correctement des patients avec peu de moyens. De plus, l’ambiance en stage était la plupart du temps oppressante et exécrable. Donc, je ne voyais pas comment je pouvais m’épanouir dans ce milieu. » En 2017, Ornella a eu la révélation. « Je me suis dit "hors de question que je retourne à l’hôpital et à la fac" ». Elle est revenue à ses premiers amours : « la gastronomie », et vient de décrocher son « job de rêve » : un CDI dans une chaîne de restauration à Hong Kong. 

Une sélection à revoir ?

Chargée de mission à la coordination des études et des stages à la Sorbonne-Université, Marie-Christine Renaud a vu défiler de nombreuses promotions depuis 25 ans à l'hôpital Saint-Antoine. « Beaucoup d’étudiants ont eu une vision erronée de la réalité à force de regarder des séries comme Urgences, Grey’s Anatomy ou Dr House. » Mais c’est aussi en raison du processus de sélection de la Paces (en place depuis 2010) que certains étudiants découvrent que la médecine n’est pas faite pour eux, a observé Marie-Christine Renaud. « Depuis une petite dizaine d’années, il y a beaucoup plus d’étudiants en médecine qui abandonnent. La Paces recrute plutôt sur des qualités scientifiques. On met toujours le concours en avant dans les lycées et les centres d’orientation, mais pas assez l’accent sur la relation avec le patient ou les qualités humaines. Les étudiants commencent à se questionner durant les premiers stages et certains dépriment, parce qu’ils ne s’attendaient pas à ce que le contact avec le patient se déroule de la sorte. Ils comprennent que la relation avec les patients et le raisonnement clinique comptent beaucoup. » 

Marie-Christine émet l’hypothèse que « les personnes qui les orientent ne les mettent pas en garde sur le fait suivant : c’est bien de vouloir aider les gens, mais les patients sont parfois dans des situations de détresse,
il faut toucher les corps… ».
La première vague de départs intervient donc lors de la 3e année. La plupart sont des profils scientifiques et se réorientent vers des filières scientifiques, a constaté Marie-Christine Renaud. La deuxième vague intervient en général en 5e année « en raison de la fatigue accumulée ou de la déprime. Ils ont enchaîné les stages et cela ne leur a pas plu... Les conditions de travail les dépriment et il y a un sentiment de ras-le-bol ».

Pour autant, un très faible pourcentage décide de quitter la médecine : entre 5 à 10 étudiants par an, sur un total d’environ 1 800 étudiants à la Sorbonne-Université. Mais beaucoup y pensent sans franchir
le pas. « Il arrive régulièrement que leur entourage les fasse culpabiliser, note Marie-Christine Renaud. Ils culpabilisent d’avoir réussi le concours, d’avoir pris la place de quelqu’un… Certains ont aussi fait médecine sous la pression et l’insistance de leurs parents. Donc ils attendent, multiplient les échecs, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent obligés de bifurquer… »

La médecine, un passeport multivisa

Mais tout changement n’est pas nécessairement le résultat d’une déception quant à l’exercice médical ou la formation. Certains commencent médecine avec déjà d’autres passions, d’autres activités, d’autres talents. Il existe aussi probablement un refus de sacrifier tout à ce métier comme on entrerait dans les Ordres. Ce ne serait pas très génération Y ni même Z ! Or c’est à ces dernières
que l’époque appartient, marquée notamment par le phénomène des slasheurs*. Même en médecine, l’intérêt pour l’exercice mixte montre cet attrait pour les parcours plus hétérogènes, moins linéaires.

« Slasher », du symbole « / » qui permet d’associer les statuts, les activités, parle tout autant de se démultiplier dans la même période qu’au fil d’une vie. « Une partie des slasheurs le sont par nécessité.
En particulier dans l’emploi uberisé. Même si ça peut être un choix. Cela concerne plutôt des personnes peu diplômées. Ou il y a la notion de liberté pour des gens bien diplômés. Ils peuvent choisir d’être consultant, expert, et se donner la liberté de faire autre chose à côté »
explique Monique Dagnaud, sociologue. Généralement de la deuxième catégorie, les étudiants en médecine et les médecins ont finalement cette liberté de valoriser l’ensemble de leurs compétences et de leurs envies. Parfois la simultanéité est possible (voir les rubriques
« Un médecin, un artiste » ou encore « À la carte », où What’s up Doc propose des portraits de médecins artistes ou de médecins aux parcours inhabituels). Parfois des choix doivent s’opérer. Certains ont laissé des activités de côté pour la médecine, d’autres ont abandonné la médecine pour un autre métier.

N'être que médecin pourrait même devenir has been ! En tout cas, médecin par défaut ne serait probablement pas la meilleure situation. 

* Personnes qui cumulent les activités.

 

Jabberwocky, c’est un groupe électro-pop formé par trois garçons qui étaient tous originellement étudiants en médecine à Poitiers. Ces phénomènes sont Camille Camara, Emmanuel Bretou et Simon-Louis Pasquer. Ils nous racontent leur abandon de la médecine.

Ce groupe s’est fait connaître avec son single « Photomaton », chanté par Elodie Wildstars. Radio Nova fut la première radio à le diffuser après l'avoir découvert dans plusieurs blogs électro. Cette chanson a rapidement atteint la 2e place des charts français. Cerise sur le gâteau : la musique fut choisie fin 2013 comme habillage sonore de la campagne publicitaire pour la Peugeot 208… Dès lors, cette musique sera familière aux oreilles de tout un chacun, et pas seulement des habitués des sons électro-pop.

Pour nos protagonistes, l’arrêt de leurs études médicales est survenu après la 5e année validée, juste avant l’entrée en 6e année. C’était en 2013.

« À l’époque, on faisait énormément de musique pendant notre externat. On a sorti notre premier titre en 2013. On avait envoyé notre morceau à pas mal de monde en espérant qu’il tombe dans les bonnes oreilles. Cela nous a permis de trouver rapidement un label. Puis Radio Nova a commencé à nous diffuser. Progressivement notre musique a été projetée sur le devant de la scène. On est passé ensuite sur d’autres radios. Les demandes de concerts et festivals se sont enchaînées de part et d’autre, on a fait énormément de rencontres. » 

Au bout d’un moment, entre la préparation de la sortie du premier album qui pointera le bout de son nez en 2015, et la tournée qui doit les occuper pendant deux ans, il n’est plus possible de tout réaliser sans se décupler. « C’est l’enchaînement de tout ce qui était en train de se passer à une vitesse phénoménale qui nous a fait nous rendre compte que l’on ne pourrait pas faire les deux. Mais c’est un rêve de gosse qui se réalisait. On savait que c’était une opportunité qui s’ouvrait et qui ne se représenterait peut-être pas. On avait envie d’y croire jusqu’au bout. » Et en 2017 sortait leur 2e album, « Make-Make », assorti d'une tournée passant par l’Olympia.

Un arrêt par étape de la médecine

Si tout semble leur être « tombé dessus » de façon positive sans qu’ils aient eu à montrer plus que l’étendue de leur talent, Camille Camara nuance cette notion de célébrité comme irruption hasardeuse dans leur quotidien : « Au fur et à mesure que l’externat avançait, nous sentions que nous commencions à être entraînés dans une sorte de rouages où tout était tracé : l’externat, l’ECN, l’internat, le post-internat, etc. La musique nous permettait de sortir de tout ça. On avait décidé avant notre dernière année d’externat de faire un break, et c’est finalement à ce moment-là que sont arrivées les opportunités qui nous ont permis de rentrer dans le monde de la musique. » Auraient-ils toutefois arrêté leurs études si leur carrière musicale n’avait pas décollé ? « Probablement pas », nous indique Camille.

En effet, des souvenirs de leur externat, ils en ont des tonnes. Camille, étudiant investi, se souvient d'un « externat qui s’est bien passé dans l’ensemble, sans vraiment de mauvais souvenir. ». Simon nuance en précisant qu’il y a du bon et du moins bon, toute personne n’ayant pas la même expérience d’une fac à l’autre. « Notre opinion se forge en fonction des stages, des rencontres réalisées…. Pour ma part j’ai pris le parti de ne garder que les bons souvenirs, ceux qui confirment que ce métier est bien une vocation, une passion avant tout. »

Manu est quant à lui heureux d’avoir passé ces années à étudier la physiologie et la santé humaines car elles sont « réellement formatrices, au sens large, dans de nombreux domaines de la vie »

De fait, ils annoncent que cette expérience dans le cursus médical leur apporte toujours dans leur carrière artistique d’aujourd’hui. Ce petit quelque chose que n’ont peut-être pas des artistes ayant toujours évolué dans ce milieu. « Moi je garde la façon de travailler que j’ai acquise pendant mes études, explique Camille. Le fait de pouvoir travailler beaucoup, de pouvoir encaisser pas mal de boulot.
On a gardé de ces années une espèce de discipline en quelque sorte. »
Simon en conserve, outre le fait d’avoir appris à être méthodique et rigoureux, la propension à rester curieux. Pour Manu, ces arguments sont tous valables. Mais également une philosophie de vie : « J’ai compris que plus on progresse, plus on prend plaisir. »

Lorsqu’on leur demande si tous ces acquis font qu’ils se sentent toujours médecins à l’heure actuelle, la réponse est explosive : « On a toujours des affinités avec la médecine, dans les infos, les revues scientifiques ou par nos amis médecins. Mais cela ne fait pas partie de notre quotidien. On ne se risquerait pas à jouer les docteurs ! »

La médecine, pour eux, c’était pourtant une vocation. Si c’est la curiosité (toujours !) et l’envie de mieux comprendre le corps humain qui a poussé Manu à ingurgiter les manuels d’anatomie, c’est la haute estime de ce travail qui donnait à Simon les ressources pour répondre à la cadence infernale des cours alternant avec les stages : « J’avais l’impression que le médecin c’était un des super-héros de la vraie vie ». Et Camille d’approuver : « Pouvoir aider les gens tous les jours, avoir ce ressenti de pouvoir apporter quelque chose, c’est très stimulant. »

Un choix définitif ?

Est-ce qu’il sera ainsi un jour possible de revoir ces trois stars en blouse blanche, le stéthoscope autour du cou ? Pas si sûr… 

« Non je ne pense pas, nous livre Camille. Nos envies ont clairement évolué en fonction de notre vécu. Après, on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait. »

Pour le moment toutefois, pas de regrets, ces gars-là vivent leur passion. Et n’ont pour le moment aucune envie de revenir s’enfermer entre les murs d’une bibliothèque universitaire. Il faut dire que leur routine est un chouïa plus excitante : « On se retrouve dans la matinée, on prend un petit café ensemble et on fait de la musique toute la journée dans notre studio avec notre collection de synthétiseurs qui s’agrandit petit à petit. Suivant les périodes, nos week-ends sont pris pour des concerts en France, voire à l’étranger. » 

Et pour ceux qui éprouvent des doutes quant à leur quotidien aseptisé, Simon a un précieux conseil : « Le doute, c’est important dans ce métier je pense, comme dans la musique d’ailleurs. Il faut savoir se remettre en question car cela permet d’avancer. Mais il ne faut pas douter de tout, il faut s’écouter et se faire confiance. »

Ainsi, que ce soit avec un micro ou avec un stétho, il est possible de pimenter son quotidien, et ce n’est pas Meredith Grey qui nous dirait le contraire…

 

En bref, je suis parti parce que :

Camille : « J’ai eu la possibilité de vivre ma passion. »

Simon : « Il y avait tout un tas de nouvelles expériences qui s’offraient à nous. »

Manu : « J’ai saisi l’opportunité de vivre de ma passion, et un champ des possibles beaucoup plus large s’ouvrait à moi. »

Arrêt : 5e année

François Houyez, 53 ans, travaille depuis 16 ans pour Eurordis, l’organisation européenne des maladies rares, après avoir consacré de longues années de sa vie à la lutte contre le sida… mais aussi aux études de médecine.

François reconnaît une absence de motivation initiale : « Le choix de la médecine a été formulé par mon père (un ingénieur en électrophysique, sa mère étant ingénieure en chimie-pharmacie, NDLR) lorsque j’avais 10 ans. Nous ne discutions jamais, cela s’est joué en 5 minutes, cela m’arrangeait de ne pas trop me poser de questions. » Il est entré, quelques années plus tard, à la faculté Broussais-Hôtel Dieu. Ayant échoué de peu au concours, il est reçu parmi les premiers l’année suivante : « Cela ne m’a jamais paru difficile. Ce qui l’était davantage, en revanche, c’était de me retrouver à Paris, perdu dans un milieu d’étudiants en médecine qui pour la plupart avaient des parents médecins, connaissaient les codes, les services hospitaliers où faire ses stages… Cela ne m’a pas empêché de progresser mais je ne me suis jamais senti intégré. »

Machine à ingurgiter 

François vivait toujours chez ses parents en banlieue ; pour financer son indépendance, il exerçait des vacations en tant qu’aide-soignant dans différentes cliniques. Des premières rencontres amoureuses homosexuelles houleuses ont bousculé le garçon secret qu’il était. Celle avec un jeune homme séropositif, mort 18 mois plus tard d’un lymphome cérébral, a bouleversé sa vie : « Je me suis jeté dans la lutte contre le sida et suis entré à Act Up Paris où j’ai milité pour l’accès aux protocoles compassionnels et les ATU. Le temps nécessaire pour faire mon deuil. » En 2002, il se représente en 5e année de médecine : « J’ai été très bien accueilli, la fac a tout fait pour m’aider. J’avais une expérience peu commune, j’étais par exemple très à l’aise aux urgences avec les SDF, toxicos, etc. Mais j’avais du mal à concilier études, jobs alimentaires et vie privée ». Mais il retrouve les « 1,26 m de polycopiés, les conférences d’internat humiliantes et chères, les problèmes d’intendance ». Il abandonne alors définitivement médecine, mais pas les patients, dont il s’est fait la voix au sein d’Eurordis* : « Il est évident que cet apprentissage m’a beaucoup aidé pour mon métier. J’ai continué d’ailleurs à obtenir d’autres certificats, à la carte, notamment en virologie médicale à Bichat avec Françoise Brun-Vézinet. Mes missions sont très variées alors que je sens parfois une certaine routine chez des amis, ex-co-étudiants. Arrêter médecine ne m’a pas empêché de faire ce que j’aime, en revanche, ne pas avoir le diplôme m’a fermé des portes en termes de statut et de prétention salariale. Mais cela ne suffit pas à me faire regretter : l’idée d’être diplômé et thésé ne m’a jamais bouleversé. »

*Eurordis est une alliance non gouvernementale européenne d’associations de malades, pilotée par les patients eux-mêmes. Elle fédère 851 associations de patients atteints de maladies rares dans 70 pays. https://www.eupati.eu/fr/implication-des-patients/entretiens/entretien-avec-francois-houyez/

 

En bref, je suis parti parce que :

« Avant de pouvoir être utile, de pouvoir réfléchir, il faut ingurgiter énormément d’informations. C’est le propre de tout apprentissage, mais clairement, je n’étais pas fait pour ce bachotage. »

Arrêt : 5e année.

Après des études de médecine, Jean-François Corty a réalisé une brillante carrière dans la médecine humanitaire. Avant de se consacrer à l’écriture pour peser dans le débat politique.

L’exercice de la médecine n’a jamais été une fin en soi pour Jean-François Corty. Pour la bonne et simple raison que l’ex-directeur des Opérations internationales de Médecins du Monde (MDM) rêvait depuis l’adolescence de faire une carrière dans l'humanitaire. Les études de médecine furent donc « un passeport pour s’orienter vers d’autres horizons, être témoin de ce qui fonctionne ou pas dans le monde afin d’être force de proposition pour les politiques publiques. » C’est pourquoi il a complété sa formation médicale avec une maîtrise de sciences politiques et un DEA d’anthropologie politique. 

À l’issue de ses études de médecine, il fait donc des remplacements de médecine générale, avant de se lancer dans la médecine humanitaire en 1998, en tant que bénévole chez MDM Toulouse. C’est ensuite avec MSF qu’il sillonne le monde comme médecin de terrain, puis chef de mission. Avant de devenir directeur des opérations internationales de MDM, fonction qu’il a occupée jusqu’à l’été dernier. 

C’est donc loin de l’exercice clinique qu’il a traversé ces années dans l’humanitaire. « Je ne touchais plus aux malades car des équipes sur le terrain le faisaient. Mais je supervisais des projets qui relevaient de l’amélioration de l’accès aux soins ou traversaient les champs de la santé sexuelle ou des crises sanitaires… » Cette diversité des problématiques explorées lui plaisait car il évoluait « dans des univers différents », mais aussi car « les besoins allaient bien au-delà des consultations cliniques. » Pour autant, « la médecine est restée une trame de fond, car j’étais toujours témoin de la souffrance des corps. C’est cette légitimité médicale, cette expertise de médecin qui me permettait de donner mon avis en matière de santé publique. » 

Jean-François Corty fait évidemment référence

à son parcours, lui qui a publié La France qui accueille en 2018 (Éditions de l'Atelier). Un ouvrage qui propose un panorama non exhaustif des expériences d’accueil de réfugiés et de migrants dans l'Hexagone. Depuis son départ de MDM, il se consacre à l’écriture, travaille sur un essai et un roman graphique qui seront publiés en janvier 2020. Il s’est finalement remis à l’exercice clinique puisqu’il fait des gardes dans une clinique de nuit. Pour lui, « s’enrichir dans d’autres univers permet d’être ensuite plus fort pour porter des idées dans le débat politique ». Il reste persuadé que les médecins « ont une responsabilité forte dans la dénonciation politique des corps qui souffrent parce qu’ils les voient de près. Les médecins voient depuis une dizaine d’années la crise sociale actuelle. Ils sont donc des témoins, donc nous devons faire partie des premiers à alerter l’opinion publique et les politiques sur ces questions. »
 

En bref, je suis parti parce que :

« je rêvais de faire une carrière dans
la médecine humanitaire pour combiner action sur le terrain et militantisme »

Arrêt : en exercice ; puis retour…

L’acteur Philippe Caroit n’a jamais passé l’internat. Aux portes de la D4, l’occasion d’une autre carrière s’est présentée à lui. 

« Un peu comme quand on est en couple, on peut être bien avec sa femme et tout d’un coup quelqu’un se présente, on ne part pas parce qu’on est mal mais parce qu’on a envie de suivre cette personne. » Cette passion qui le fait quitter médecine, c’est celle du théâtre. Nous sommes au début des années 80, il a déjà un bagage de comédien pour avoir été admis au Conservatoire de Montpellier. Il fait du théâtre amateur à Paris parallèlement à ses études. « J’allais en stage le matin et je prenais des cours l’après-midi. C’est à cette époque que je suis monté sur scène, une vraie révélation, une expérience libératrice. Je côtoyais également des gens de mon âge qui aspiraient à devenir comédiens, je me rendais compte qu’au delà d’un hobby le théâtre pouvait être un métier. »

« En D4, un ami m’apprend qu’Ariane Mnouchkine organise des auditions ouvertes à tous pour renouveler sa compagnie, le Théâtre du Soleil. J’avais vu deux
de ses spectacles à l’adolescence, j’avais adoré, et je n’imaginais même pas que c’était possible. » 
Le processus est assez long et implique de devoir s’absenter régulièrement de son stage. « Il se trouve que mon chef adorait le théâtre ! Il m’a encouragé à tenter l’expérience. Je pensais que j’allais être recalé très vite, et puis non, je continuais à me rendre aux auditions, jusqu’au jour où Mnouchkine m’annonce que je suis pris dans la troupe. Il a fallu choisir. » Il y restera quelques années, ce qui lancera définitivement sa carrière.

« Je suis fils de médecin, le seul d’une grande fratrie à avoir choisi médecine, alors quand mon père a appris la nouvelle, j’ai eu droit à une lettre de 12 pages ! Tous mes amis me disaient que je devrais au moins passer l’internat, finir mes études. Mais pour moi c’était une évidence ! Et puis, je me disais que je pourrais y revenir plus tard, si ça ne marchait pas. »

Il n’a par contre pas eu à subir l’opprobre de ses confrères, et le seul qui l’a fait se sentir coupable de cette décision, c’est lui-même. « Il y avait 107 places en P1, j’ai beaucoup pensé au 108e, j’y pense encore. Bien plus tard j’ai même songé à le retrouver, savoir ce qu’il était devenu. Peut-être écrire sur lui. » 

En regardant dans le rétroviseur à 59 ans, Philippe pense qu’il a abandonné médecine pour des raisons plus souterraines. D’abord parce que, ayant eu son bac à 16 ans, il a été plongé dans cet univers probablement trop jeune, après avoir beaucoup idéalisé le métier. « J’étais fasciné par les french doctors comme Kouchner, leur engagement, l’impression aussi que dans l’urgence on intervenait sans se poser de question. Ça me plaisait bien. »
Il se souvient avoir assisté aux premières réunions de MSF, où tout était très accessible et ouvert. La découverte de l’hôpital coïncide avec les premières désillusions : « Déjà, j’avais un problème avec la confrontation à la mort, à la souffrance. J’ai aussi eu beaucoup de mal avec la verticalité du système hospitalier, le peu de place pour la fantaisie dans cette organisation pyramidale. » Restait l’humanitaire,
mais là aussi sa vision idéalisée du jeune héros faisant bouger les choses se heurte à ce qu’il constate lors des réunions à MSF : les héros vieillissent vite, ne sont pas si heureux que ça, de plus en plus en décalage de la société, de leur famille. Le théâtre s’est présenté à lui par hasard mais il était prédisposé à expérimenter autre chose. « J’étais de plus en plus à côté de mes pompes. J’ai d’ailleurs quitté Broussais en D1 en faisant un échange avec la fac de Montpellier, ce qui m’a fait un bien fou. »

Aucun regret ? « Non, vraiment. Même quand j’ai ramé. Je garde la vision d’un beau métier. J’y ai découvert la richesse de l’humain, notamment pendant mes gardes. J’en ai conservé une certaine rigueur dans le travail. Je n’estime pas du tout avoir gâché 6 années de ma vie ! »

Une anecdote pour finir : « J’étais sur un tournage, le week-end était pluvieux, et je me mets à regarder la série "Hippocrate". J’ai enfilé les épisodes d’une traite et ressenti une émotion intense, sans comprendre pourquoi. Une sorte d’illumination… J’ai éprouvé le besoin d’en parler autour de moi. J’ai même confié à Thomas Lilti que je m’étais posé la question de raccrocher les wagons. J’ai été jusqu’à me renseigner : je peux réintégrer D4 quand je veux ! » Pas à l’ordre du jour, mais qui sait…

 

En bref, j’ai quitté médecine parce que :

« J’ai été aspiré ailleurs. »

Arrêt : 6e année.

Dispositif original, la recherche d’affectation proposée par le Centre national de gestion (CNG) permet aux médecins hospitaliers qui le souhaitent de se reconvertir et de quitter la médecine. Mais peu d’entre eux franchissent le pas.  

Créé en 2007, le CNG avait pour vocation de devenir LA direction des Ressources humaines des cadres hospitaliers : directeurs d’hôpital ou médico-social, cadres de soins, mais aussi praticiens hospitaliers. Outre l’organisation des concours, la participation à l’affectation des professionnels hospitaliers, le CNG a également pour mission d’aider à la reconversion des professionnels qui le souhaitent. 

Deux dispositifs

Ce dispositif, original dans la fonction publique, s’appelle recherche d’affectation. Pendant une durée de deux ans, le professionnel hospitalier, rémunéré par le Centre national de gestion, est conseillé, coaché en vue d’un possible changement de métier. Cet accompagnement est balisé par des bilans professionnels, l’envoi en missions, des formations adaptées. Le CNG propose aussi, hors recherche d’affectation, des sessions de coaching individuel,
de soutien à l’élaboration d’un projet professionnel, étayé par des formations à la recherche de poste,
à la préparation de documents de candidature, aux entretiens de recrutement… Ces deux dispositifs – recherche d’affectation et coaching hors recherche d’affectation – sont sous la coupe de l’unité Mobilité Développement professionnel du CNG. Selon Philippe Touzy, chef du département Concours, Autorisation d’exercice, Mobilité Développement professionnel, les reconversions totales ne sont pas légion, parmi les médecins qui ont fait appel à leurs services : « Depuis dix ans, nous avons reçu 133 PH dans cette position statutaire (en recherche d’affectation, NDLR). Parmi ceux-là, il y en a un tiers qui viennent avec un objectif de reconversion. Les reconversions pures et dures – le changement de métier radical – sont très minoritaires. Nous en comptons au CNG une petite douzaine. » 

Une douzaine de médecins

Les médecins passés par le CNG qui ont quitté la médecine ne privilégient pas une orientation plutôt qu’une autre. Patricia Vigneron, cheffe du bureau Mobilité Développement professionnel, garde le souvenir d’un ophtalmo devenu avocat. Une reconversion rendue possible par son passif : « C’était un professionnel qui avait déjà un cursus juridique. » Qui plus est, le cadre de prise en charge limité – deux ans - ne permet pas non plus des reconversions spectaculaires, qui demanderaient des temps de formation longs.

Le CNG prend en charge de plus en plus de médecins en recherche de développement, et de moins en moins de médecins en reconversion. Ce n’est pas demain la veille que le Centre national de gestion deviendra l’APEC des praticiens hospitaliers. 

EN CHIFFRES

Selon les dernières données du CNG, le nombre de professionnels pris en charge toutes professions confondues en 2017 s’élève à 398, contre 383 en 2016. Parmi eux, on compte 27 PH en recherche d’affectation et 128 hors recherche d’affectation, soit 39 % de l’ensemble des effectifs. Les praticiens hospitaliers hors recherche d’affectation (HRA) choisissent en priorité les dispositifs de bilan/projet et de coaching, tandis que ceux en recherche d’affectation (RA) se portent plus volontiers sur les dispositifs de mission et de formation. 

 

Le CNG partage son expertise

Le savoir-faire du CNG en matière d’accompagnement professionnel séduit. À tel point qu’il a signé en novembre 2017 avec le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) et la Caisse autonome
de retraite des médecins de France (CARMF), une convention pour dispenser ses conseils en coaching auprès de médecins en difficulté. L’article premier de cette convention stipule que les signataires, outre la promotion, l’éducation à la santé,
un suivi de l’épuisement professionnel, vont mettre en place des passerelles pour des reconversions, y compris hors du domaine de la santé. Le CNOM apporte une
« entraide globale fondée sur une analyse précise des difficultés d’exercice du médecin », la CARMF met à contribution son fonds d’action sociale tandis que le CNG fait profiter de son offre de dispositifs individuels (coaching, bilans professionnels, etc.) et d’ateliers collectifs.

Conclusion
 

Aller et venir

Ceux qui quittent la médecine ont des choses à nous dire sur ce qui a pu les décevoir, les blesser, les repousser. Leur regard sur notre milieu peut contribuer à faire évoluer la formation, l’exercice.

Il serait dommage par contre d’en rester à une forme de docbashing, de critique seule de l’université et de l’exercice médical. Pour eux comme pour nous. Car ces portraits nous disent aussi autre chose. A contrario de l’idée que les départs de médecine sont un gâchis, il serait autrement plus inquiétant qu’il n’y en ait aucun ! Pouvoir changer de vie, de métier, de passion doit être possible pour les médecins comme pour les autres professions. L’époque est aux parcours et carrières multiples.

Même si la durée des études est limitante, il est peut-être temps que la médecine soit plus accessible aux passerelles, aux allers-retours, en créant une souplesse dans la mise en œuvre de la formation. La médecine ne manque pas de besoins !

De même que les médecins devraient avoir davantage conscience des compétences qui sont les leurs et qui dépassent l’exercice médical, pour s’autoriser à les utiliser, les valoriser.

Laissons-nous plus facilement aller et venir… voire revenir !

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.