Quand les médecins quittent la médecine : portrait de l'ex-chirurgien qui vend des gaufres

Au début des années 2000, le Dr Éric Chemla avait quitté la France pour exercer ses talents de chirurgien au sein du NHS britannique. Il y a tout plaqué. Toujours à Londres, il se trouve aujourd’hui à la tête de trois établissements Wafflemeister*.

C’est une vidéo qui a fait le tour du Web médical au printemps 2018. On y faisait la rencontre d’un personnage haut en couleurs : Éric Chemla, médecin français ayant longtemps exercé à Londres. Interrogé par nos confrères de France Télévisions, ce chirurgien vasculaire expliquait pourquoi il se retrouvait aujourd’hui à vendre des gaufres dans la capitale anglaise, et pourquoi cela le remplissait de bonheur.

« Quand je suis arrivé à Londres en 2002, j’ai vu des choses incroyables pour quelqu’un qui venait de Paris », raconte-t-il aujourd’hui à What’s up Doc« Tony Blair (alors Premier ministre britannique, NDLR) avait décidé d’injecter des millions dans le système de santé, on construisait des blocs opératoires, on ajoutait des lits, nos salaires étaient revalorisés… »

La faute à Lehman Brothers

Mais en 2009, patatras ! La crise financière est passée par là, et le temps des restrictions financières est venu. « Au bout d’un moment, on avait fait tellement d’économies qu’on ne savait plus où en faire », se souvient-il, d’autant plus amer qu’il exerçait à l’hôpital Saint-Georges de Londres des responsabilités équivalentes à celles de nos chefs de pôle. « Quand votre boulot c’est de soigner les gens, mais que vous passez tout votre temps à vous bagarrer pour trouver un bloc, vous vous posez de sérieuses questions », explique-t-il.

Au fil des semaines, Éric se rend compte qu’il devient nerveux, agressif. « Je commençais à compter les années, puis les mois, puis les semaines avant de pouvoir prendre ma retraite », se rappelle-t-il. « Quand on a encore 15 ans à travailler, c’est un peu bizarre. » Pendant trois ans, le chirurgien ronge son frein, puis en octobre 2016, il prend sa décision. Il arrête et émerge cinq mois plus tard à la tête d’un restaurant.

Les meilleures gaufres du monde

Quand on lui demande d’expliquer ce virage inattendu, Éric est désarmant de simplicité : « Cela faisait longtemps que je me disais que je voulais faire quelque chose dans la nourriture, j’ai toujours aimé ça ». En faisant sa petite étude de marché, il est tombé sur la chaîne de restaurants Wafflemeister : non seulement la marque prétend servir « les meilleures gaufres du monde », mais en plus, son système de franchises correspond aux ambitions et aux moyens du Français. Il se lance.

Aujourd’hui, l’ancien chef de pôle ne reviendrait en arrière pour rien au monde. « J’ai fait un métier qui était beau quand j’ai appris à le faire, mais maintenant j’ai des haut-le-cœur quand j’y pense », explique-t-il. Il compte désormais se consacrer entièrement aux affaires : il a ouvert deux autres restaurants dans un autre quartier de Londres, et se donne une dizaine d’années pour arriver à huit établissements !

* Chaîne de restaurants franchisés spécialisée dans les gaufres.

 

En bref, je suis parti parce que :

« l'exercice au quotidien exigeait plus d'énergie et de temps à essayer d'organiser les soins dans une ambiance de pénurie, alors que le temps réel de traitement des patients était en constante diminution. »

Arrêt : en exercice.

Portrait de Adrien Renaud
article du WUD 44

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