Impact carbone : les anesthésistes-réanimateurs montrent la voie

La question environnementale pousse la porte du bloc. Ce mardi 5 septembre, le Comité pour le développement durable en santé (C2DS) et la Société française d'anesthésie et de réanimation (SFAR) organisaient une webconférence pour parler de la réduction de l’impact carbone dans la pratique quotidienne.  

« On le sait, l’ensemble des activités du bloc a un impact environnemental conséquent », entame le Dr Mehdi El Hafiani, médecin anesthésiste à l’AP-HP, président du comité RSE de la SFAR. La SFAR est à l’origine d’un « Guide pratique SFAR du développement durable au bloc opératoire ». Son but : « développer un cadre proactif pour entreprendre des stratégies de développement durable autour du soin », poursuit le Mehdi El Hafiani.

Pour cela, des stratégies se développent localement, avec espoir que cela se répande plus largement. Le Dr Florence Lallemant, médecin anesthésiste au CHRU de Lille et membre du Comité Développement Durable de la SFAR témoigne notamment d’un engagement d’une semaine, principalement pour éveiller les consciences et montrer que les petits sont possibles et impactant. « La SFAR s’est engagée pour une semaine, du 27 sept au 1er octobre. L’idée était d’avoir un objectif par jour à proposer au bloc pour resensibiliser », explique-t-elle avant de détailler les initiatives :

  • Le 1er jour était dédié à la gestion des déchets ;
  • Le 2e jour à l’usage du plastique ;
  • Le 3e à la lutte contre le réchauffement climatique par exemple en modifiant les moyens de transport ;
  • Le 4e, à une réflexion sur le matériel à usage unique qui est à réduire ;
  • Le 5e jour était l’occasion de réfléchir au moyen de réduire l’impact environnemental, préserver nos ressources, de faire une action de sensibilisation.

En effet, les anesthésistes-réanimateurs sont particulièrement concernés par les questions de pollution, et les consciences se sont éveillées ces dernières années.

« Les gaz d’anesthésie sont de puissants gaz à effet de serre. Les patients les inspirent en continue et ils sont ensuite rejetés dans l’atmosphère. Leur potentiel réchauffement global, ou PRG est très important. Là où l’indice du CO2 est de 1, certains gaz d’anesthésie sont à 130 voire même 240. Il faut donc agir, simplement et maintenant », explique le Dr Jean-Claude Pauchard, médecin anesthésiste à la clinique Aguiléra de Biarritz, membre du Comité Développement Durable de la SFAR.

Ce dernier indique que certains réflexes doivent entrer dans les mœurs, comme fermer les robinets pour réduire les débits de gaz frais mais également faire entrer le facteur environnement dans le choix. « On va essayer de choisir le meilleur gaz possible pour le patient qui est à la fois le gaz avec l’impact environnemental le plus faible », poursuit-il, rappelant que les solutions intraveineuses ont également un effet polluant sur les sols et les eaux. « Nous sommes avant tout des médecins qui mettent en avant la sécurité du patient, on n’oppose jamais une décision médicale et une décision environnementale », rassure Mehdi Hafiani.

Quand on parle de l’impact environnemental, la problématique du matériel à usage unique revient également régulièrement. Le Dr Laure Bonnet, médecin anesthésiste à Monaco, membre du Comité Développement Durable de la SFAR donne notamment l’exemple des lames de laryngoscope qui étaient avant majoritairement réutilisables mais qui, depuis la crise de la vache folle, sont devenus à 70% à usage unique.

« Pourtant, à ce jour, aucun cas de contamination par ce biais-là n’a été mis en lumière », précise Laure Bonnet avant d’exposer le parcours de ces lames. « Elles sont majoritairement fabriqués hors Europe, notamment en Asie, puis envoyées par bateau, acheminées par camion, on les utilise quelques minutes avant de les jeter. Puis elles vont être incinérées à une température minimum de 850 degrés. On imagine l’impact environnemental et financier que cela peut avoir.»

Pour rappel, les déchets à l’hôpital sont colossaux et leur impact environnemental l’est également. Le ratio de déchets par lit d’hospitalisation est 3 fois plus important que celui par habitant. Une opération classique cause plus de déchets qu’une famille de 4 personnes en une semaine. Au total, l’hôpital représente 700 000 tonnes de déchets par an. Pour sauver des vies, il faut également sauver la planète. Et chaque petit geste compte.

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