CERES : L’éco-responsabilité à l’hôpital, un enjeu de santé publique

Fin 2020, une ribambelle de sociétés savantes se sont rassemblées sous une même bannière, celle du CERES. L’objectif de ce collectif ? Favoriser le développement durable à l’hôpital.

Qui dit santé dit aussi écologie. C’est en tout cas l’avis du Collectif Eco-Responsabilité en Santé (CERES). Créée fin 2020 par un panel de sociétés savantes et d’associations professionnelles, cette nouvelle force de frappe souhaite agir pour permettre au monde de la santé de prendre conscience de son rôle et de son implication dans le développement durable. « Il est paradoxal de constater que le secteur […] où l’on se préoccupe le plus de la santé des personnes […] est aussi celui où les préoccupations écologiques ont peu le droit de cité », note les fondateurs du collectif dans un communiqué diffusé le 19 février dernier.

L'hôpital, ce grand pollueur 

Actuellement, l’hôpital représente 5 à 10 % des gaz à effet de serre des pays. Pire : une étude, publiée en 2017, démontrait que l’emprunte carbone de trois blocs opératoires était équivalente à un aller-retour en voiture de Paris à Lyon. Un constat qui n’a pas échappé à la Société Française d’anesthésie et de réanimation. Il y a cinq ans, la SFAR mettait sur pied un groupe en faveur du développement durable. Une initiative heureuse qui a inspiré la fondation du collectif. « Nous connaissions la commission de la SFAR. Mais, elle ne s’occupe que du bloc opératoire : ce n’est pas suffisant », commente le secrétaire général du collectif. Et Karem Slim d'ajouter : « Il faut repenser l’intégralité du parcours-patient ». En agrégeant un groupe « pluraliste, transversale, interdisciplinaire, interprofessionnel », le collectif espère ainsi impliquer l’ensemble des acteurs du système de santé autour de propositions coordonnées. « Plutôt que d’agir spécialité par spécialité, ce groupe a souhaité agir de manière collective », indique Pierre Albaladejo, vice-président du Conseil d’Administration de la SFAR qui fait partie des membres du collectif.

Les comportements individuels, passés à la loupe 

Un travail d’envergure dont les balbutiements doivent débuter par le changement des comportements individuels, selon Karem Slim. « À l’hôpital, le plus gros frein au développement durable est la résistance au changement. Pour ne pas provoquer de levée de boucliers, il faut commencer par des choses simples », assure-t-il. Au programme ? Tri sélectif, extinction des lumières ou encore transports en commun repensés à l’échelle nationale. « Les changements de comportements à l’échelle individuelle peuvent permettre une réduction de l’empreinte carbone de l’ordre de 20% », poursuivent les membres du collectif.  

Communiquer à l'échelle nationale sur les initiatives locales

Autre levier à actionner selon le Ceres : répertorier les différentes initiatives déjà lancées à l’échelle locale. « Beaucoup d’expériences ont été menées. Le CERES se chargera de les relayer sur sa plateforme », ajoute le secrétaire général. L’objectif revendiqué, « favoriser la collaboration entre différentes spécialités et corps de métiers impliqués dans le développement durable ». Et Pierre Albaladejo de citer notamment l’initiative entreprise par une infirmière anesthésiste de Rennes en 2011 : « Elle récupère les filaments de cuivre qui sont dans les bistouris à usage unique pour les revendre à des ferrailleurs. Avec l’argent récolté, elle a créé l’association Les Petits Doudous. », explique-t-il.

Une problématique écologique, mais aussi sanitaire et économique 

Le terrain préparé, le CERES projette ensuite d’y aller crescendo. « Une fois que la réflexion écologique sera installée, ce sera plus simple de s’attaquer au plus difficile », détaille Karem Slim. Et pour cause : outre la résistance au changement, décrets et arrêtés propres aux spécificités du système de santé français freinent parfois la bonne volonté des centres hospitaliers. « En France par exemple, nous n’avons pas le droit de reprocesser », indique Pierre Albaladejo. Une contrainte sanitaire dont s’est par exemple libérée l’Allemagne. « Les centres hospitaliers allemands sont revenus à l’usage multiple. Par exemple, les pinces qu’ils jetaient avant peuvent désormais être réutilisées », rappelle Karem Slim. Un exemple parmi tant d'autres sur lequel le collectif promet de se pencher.  « Le vrai enjeu est d’essayer de s’interroger sur l’existence d’alternatives qui seraient moins couteuses en termes de coût carbone », assure Pierre Albaladejo. Pour autant, ce chantier conséquent doit prendre en compte un trio parfois compliqué à harmoniser : les problématiques écologiques, sanitaires, mais également économiques. 

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