Des étudiants en kiné submergés par leurs frais de scolarité

À Brest, les étudiants en kiné doivent débourser 5770 euros par an ! Le problème n’est pas nouveau, mais il prend une ampleur telle que la Fédération nationale des étudiants en kinésithérapie (FNEK) est montée au créneau auprès des Régions et du ministère de la Santé.

Sur les 53 instituts de formation de masseurs kinésithérapeutes (IFMK) répartis sur le territoire, 17 instituts publics (sur un total de 25) appliquent des frais de scolarité dépassant très largement les frais universitaires classiques, qui s’élèvent à 170 euros en licence et 243 euros en master.
Les régions concernées sont les suivantes : Ile-de-France, Normandie, Bretagne, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, PACA et Auvergne-Rhône-Alpes. La palme revient à l’Institut public situé à Brest, avec 5 770 euros de frais par an !
La moyenne s’établit autour de 1 137 euros par an. Des tarifs particulièrement choquants s’agissant d’établissements publics. Seule une minorité d’entre eux (8) appliquent les frais universitaires classiques.
De leur côté, les 23 établissements privés à but non lucratif servent des frais de 5 400 euros en moyenne. Et les cinq établissements privés à but lucratif, tous situés en Ile-de-France, font débourser 9 100 euros en moyenne par an à leurs étudiants !

Comment de tels écarts sont-ils possibles ?

Depuis la loi de décentralisation de 2004, les formations sanitaires et sociales sont sous la responsabilité des Régions, qui les financent de façon très variable. Le code de la santé publique (article R6145-56) prévoit en effet que « les prévisions annuelles d'investissements relatifs aux écoles et instituts de formation (…) ainsi que les modalités de financement envisagées sont identifiées dans un état récapitulatif transmis au conseil régional, qui arrête le montant de sa subvention ». En clair : les Régions ont la charge de fonctionnement et d’équipement de ces écoles publiques, mais elles disposent d’une marge de manœuvre très importante quant au montant des subventions de fonctionnement allouées à chaque IFMK public. Le reste à charge est donc facturé aux étudiants en frais de scolarité lorsque la Région se montre insuffisamment généreuse… En février 2018, le rapport sur l’universitarisation des formations en santé indiquait par ailleurs que les compensations de l’Etat étaient insuffisantes pour permettre aux Régions de subvenir au financement de certaines formations sanitaires et sociales, dont la formation des masseurs-kinésithérapeutes.

Des conséquences dramatiques

« Un quart de nos étudiants sont obligés de souscrire un prêt de 50 000 euros pour financer leurs études. Cela leur met une pression énorme dès le début de leur cursus, mais aussi pour leur début de carrière, souligne Maxime Bernard, président de la FNEK. Le plus fou, c’est que certaines régions acceptent de financer les études à condition que l’étudiant n’ait pas de job à côté. Mais alors comment fait-il pour remplir son frigo et payer son loyer ? »

Pour dénoncer ce problème, la FNEK avait anticipé la rentrée 2021 en adressant des lettres ouvertes aux principaux candidats aux élections des régions concernées. Parmi les revendications de la FNEK : un moratoire sur l’ouverture de nouveaux IFMK privés et l’augmentation du nombre de bourses attribués aux étudiants en difficultés. « De petites avancées se profilent en Normandie et en PACA, où l’augmentation de la subvention régionale devrait se traduire par une diminution des frais de scolarité de 150 à 200 euros », indique le président de la FNEK. Il y a urgence pour la cohorte d’environ 12 500 étudiants concernée par ce problème chaque année.

Portrait de Sophie Cousin

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