Ostéopathie : grand ménage parmi les écoles

Alors que les ostéopathes n’ont jamais été aussi nombreux, la DGOS a décidé de ne pas renouveler l’agrément de neuf écoles. En cause : un manque de formation clinique et un encadrement trop léger. Une décision logique pour la profession mais qui risque de laisser 2000 étudiants sur le carreau cette année.

Le couperet est tombé. Sur un total de 31 écoles, dont l’agrément arrivait à échéance ce 31 août, 9 d’entre elles  (liste ci-dessous*) n’ont pas obtenu leur renouvellement. Pour quelles raisons ? « Certains étudiants n’ont pas eu la garantie d’effectuer leur apprentissage dans les conditions requises par la réglementation à savoir de manière progressive, avec l’accompagnement systématique d’un enseignant ostéopathe et dans le cadre de consultations » indiquait la direction générale de l’offre de soins (DGOS) dans un communiqué en date du 23 août.
En cause plus précisément : l’activité insuffisante de la clinique interne de ces établissements, qui ne permet pas que les 150 consultations complètes devant être réalisées par les étudiants de 5ème et dernière année le soient effectivement. 
La totalité de ces neuf écoles ont déposé un recours, soit devant le tribunal administratif, soit devant le conseil d’Etat, pour demander la ré-instruction de leur dossier. Impossible donc de savoir à l’heure où nous écrivons cet article si certaines de ces neuf écoles seront ré-autorisées à poursuivre leurs activités d’enseignement ou non dans les prochains mois.

Manque d’encadrement et de pratique clinique

Depuis un décret de décembre 2014, le référentiel de formation des écoles d’ostéopathie prévoit la dispensation sur cinq années d’un total de près de 5000 heures de formation réparties comme suit : 1500 heures de cours magistraux, 1800 heures de TD et TP et 1500 heures de formation en pratique clinique. Problème : dans certains établissements, les ressources humaines ne suivent pas. « Selon le décret, 50% du temps d’un coordonnateur pédagogique doit être réservé à la formation au sein de l’école. Or, pour certains formateurs, leur activité professionnelle ne leur permet pas d’y consacrer le temps requis », précise-t-on à la DGOS.
Selon une source proche du dossier qui a préféré garder l’anonymat, la Commission consultative nationale d’agrément (CCNA) s’est aperçue, en consultant les profils Doctolib des professionnels concernés, que certains coordonnateurs exerçaient au moins trois jours par semaine, voire plus, leur activité d’ostéopathe libéral à leur cabinet. Et que, parfois, ce cabinet se trouvait à 200 ou 300 kms de l’école à laquelle ils étaient rattachés, rendant concrètement leur présence à mi-temps très hypothétique… Ces écoles privées d’ostéopathie, qui ont essaimé en France depuis les décrets de 2007 et 2011, ont pourtant un coût non-négligeable pour les étudiants et leurs parents : entre 42 000 et 50 000€ pour un cursus complet de 5 ans !

Réactions des représentants de la profession

« Les dossiers de ces écoles présentaient de sérieux manquements. La décision de ne pas les agréer est logique et la profession voit cela d’un bon œil », réagit Philippe Le Mentec, conseiller national de l’association Ostéopathes de France. « La profession a besoin d’une régulation démographique. Nous sommes passés de 4000 ostéopathes autorisés à utiliser le titre et un numéro Adeli en 2002 à 10 000 en 2011 et 35 000 aujourd’hui, parmi lesquels 22 000 ostéopathes exclusifs », ajoute-t-il. Résultat, le marché est saturé et il n’y a pas suffisamment de travail pour tout le monde… En conséquence, le bénéfice annuel moyen des ostéopathes libéraux, déclaré aux Association de gestion agrées, a diminué :  26 000 euros, selon le rapport UNASA 2019. Et encore, cette moyenne ne tient pas compte des ostéopathes exerçant sous le statut d’auto-entrepreneur, qui pour certains ne voient qu’une quinzaine de patients par semaine et ont un revenu proche du SMIC, déplore Philippe Le Mentec. Une étude publiée en 2015 avait documenté ce lien entre boom démographique et baisse des revenus.

2000 étudiants dans le flou

Que va-t-il se passer pour la centaine d’étudiants inscrits dans les écoles dont l’agrément n’a pas été renouvelé ? Le ministère de la Santé a prévu qu’ils soient affectés dans l’une des 22 écoles agréées, moyennant une augmentation de leurs capacités d’accueil : 650 places supplémentaires ont ainsi été ouvertes dans 6 écoles agrées, qui doivent accueillir en priorité les étudiants en fin de formation. En théorie, ces étudiants devraient pouvoir rester dans leur région d’origine.
Mais alors quid des primo-accédants ? Certains vont-ils se voir refuser l’accès en première année dans l’école où ils s’étaient inscrits pour cette rentrée, en raison de cette nouvelle priorisation ? « Nous déplorons le manque d’anticipation du ministère et les délais très courts imposés aux étudiants pour se retourner », pointe Lalie Meynand, présidente de la Fédération nationale des étudiants en ostéopathie (FédEO). « Les 2000 étudiants inscrits en P1 ne sont pas prioritaires et la plupart d’entre eux ne seront pas intégrés cette année. Certains ont déjà décidé de reporter leur intégration à la rentrée prochaine et de faire autre chose en attendant. Nous avons obtenu pour eux une ouverture exceptionnelle à Parcoursup, sachant que la plupart n’y étaient même pas inscrits, persuadés d’avoir leur place dans l’une des écoles d’ostéopathie », précise-t-elle. La représentante des étudiants reconnaît néanmoins que la qualité des formations est également l’une des priorités de la Fédération depuis de longues années et qu’il n’est pas satisfaisant de laisser ouvertes des écoles ne répondant pas aux critères pédagogiques.

 

*Les établissements qui n'ont pas obtenu à ce jour renouvellement de leur agrément sont :
- Institut Ostéopathique de Bordeaux
- Collège Ostéopathique du Pays Basque
- Institut Supérieur d'Ostéopathie Grand Montpellier (ISOGM)
- ISO Paris Est (Cetohm)
- Oscar à Strasbourg
- Ecole Danhier d'Ostéopathie à Paris
- Atman à Nice
- ATSA (Andrew Taylor Still Academy) à Lyon
- IFSO à Rennes
Et les deux écoles suivantes n’ont pas obtenu l’agrément suite à leur première  demande: Ecole d'Ostéopathie de la Réunion et Integrative Osteopathic school à Nice

 

Portrait de Sophie Cousin

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