Quand les étudiants infirmiers montent sur les planches

Fin juin, des étudiants infirmiers de Villejuif se sont changés, le temps d’une lecture publique, en comédiens. L’expérience visait à résoudre des difficultés d’apprentissage chez ces futurs soignants, mais elle pourrait aussi donner des idées dans d’autres filières.

A priori, théâtre contemporain et apprentissage des soins infirmiers n’ont pas grand-chose à voir l’un avec l’autre. Mais est-ce si sûr ? Il était permis d’en douter le 30 juin dernier en voyant les étudiants de l’Institut de formation aux soins infirmiers (Ifsi) Paul-Guiraud de Villejuif, dans le Val-de-Marne, lire lors d’une représentation publique Anissa/Fragments, une pièce de l’autrice dramatique Céline Bernard. De fait, incarner un rôle, tenir une posture, maîtriser son expression sont des compétences aussi utiles quand on monte sur une scène que quand on entre dans la chambre d’un patient. Il serait trop dommage de ne pas exploiter ces points communs entre art et soin.

« Nous avons sélectionné les dix étudiants de première année les plus en difficulté, soit en termes de théorie, soit en termes de positionnement, explique Yannick Moszyk, cadre de santé formateur à l’Ifsi Paul-Guiraud qui a initié le projet. Nous avons construit un groupe pour qu’ils apprennent à s’écouter, à se faire confiance : si ces choses sont compliquées entre collègues, elles le seront aussi avec les patients. » Le groupe a aussi travaillé sur l’analyse du texte, la conceptualisation… « Il faut savoir que certains des étudiants qui arrivent en première année ont de gros problèmes de logique, de vocabulaire, voire de lecture », explique le formateur. L’idée, bien sûr, n’est pas de résoudre l’ensemble de ces difficultés d’un coup de baguette magique théâtrale… « Je cherche juste à planter une graine, et si elle peut pousser, c’est tant mieux », poursuit l’enseignant.

Extension du domaine du théâtre

Concrètement, le projet est mené en collaboration avec l’association « Les Scènes Appartagées », qui cherche à diffuser le théâtre en permettant à des familles d’accueillir chez elles un artiste dramatique et de travailler avec lui une œuvre qu’elles lisent devant leurs proches. Pour Sandrine Grataloup, directrice de la structure, étendre ce dispositif à la formation professionnelle en général, et à celle des soignants en particulier, est une « occasion de toucher un public aussi large que possible », mais c’est aussi une manière d’apporter un plus aux futurs infirmiers « dans un contexte difficile du point de vue de leurs études ».

Et si l’on en croit les réactions des premiers concernés à l’issue de la représentation, on peut se dire que l’objectif est atteint. « Je ne pense pas que cela me sera très utile en deuxième année à l’Ifsi, en revanche, je pense que cette expérience me servira plus tard, dans le cadre de mon métier », confiait l’une des étudiantes-actrices en descendant de scène. Et d’ailleurs, on peut se demander si la pratique théâtrale devrait être réservée aux étudiants infirmiers, qu’ils soient ou non en difficulté. Un médecin ne se trouve-t-il pas lui aussi, d’une certaine manière, en représentation dans sa pratique professionnelle ? On peut rêver à de beaux partenariats entre les facs des médecine et « Les Scènes Appartagées »…. et pas seulement pour jouer Knock.

Portrait de Adrien Renaud

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