L'addicto, il en faut !

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Zoom sur le DU « Addictologie : morbidité et comorbidités psychiatriques » avec le Dr Xavier Laqueille, responsable de l’enseignement et chef de service d’addictologie à l’hôpital Sainte-Anne, Paris.

L'addicto, il en faut !

What’s up Doc : À qui s’adresse ce DU ?

Xavier Laqueille : Aux médecins (généralistes, urgentistes, psychiatres, etc.), aux internes (car la capacité n’est ouverte qu’aux médecins qualifiés), aux infirmiers, aux psychologues, aux éducateurs spécialisés, qui souhaitent avoir une formation complémentaire en addictologie. Nous recrutons aussi des médecins spécialistes (médecins du travail ou de la Sécurité sociale par exemple) qui souhaitent se reconvertir. En tout, nous avons une trentaine d’inscrits chaque année. Ce DU s’articule avec l’ensemble de nos enseignements rattachés au service de psychiatrie de l’hôpital Sainte-Anne, notamment la capacité d’addictologie clinique destinée à la spécialisation des médecins en addictologie.

WUD : Quelles sont les spécificités pédagogiques de ce diplôme par rapport à d’autres DU d’addictologie ?

XL : Il est assez recherché car très tourné vers la clinique et les pratiques. Beaucoup d’autres DU se dédient aux produits – que tout le monde connaît –alors que celui-ci est axé sur la psychopathologie associée, avec des problématiques de prise en charge très complexes. Les différents modules sont les suivants : présentation des addictions, approche neurobiologique, traitements généraux, thérapeutiques motivationnelles, approche psychothérapeutique, troubles psychiatriques associés. Cette orientation clinique sur les troubles de la personnalité et les comorbidités psychiatriques est notre spécificité. Tous nos intervenants travaillent dans des structures spécialisées en addictologie. Ils transmettent leurs derniers articles et ouvrages en références bibliographiques. Nous privilégions des sessions de 3 à 4 heures avec chaque intervenant, afin que les questions soient posées et les problématiques creusées.

WUD : Pouvez-vous décrire l’une des problématiques abordées et les outils mobilisés ?

XL : Par exemple, sur les liens entre alcool et dépression, tout un chacun a le raisonnement suivant : « cette personne boit parce qu’elle est déprimée » ou « cette personne est déprimée parce qu’elle boit ». Pour sortir de ce raisonnement circulaire, nous avons adopté un raisonnement en comorbidités parallèles. À savoir, cette personne a une pathologie : elle boit ; elle a par ailleurs une autre pathologie : elle est dépressive. Toutes les personnes dépressives ne boivent pas ; tous les alcooliques ne sont pas déprimés. Il s’agit donc d’une association de pathologies, sans qu’il y ait de lien de causalité à établir. Par ailleurs, il y a de multiples types de dépression : dépression caractérisée, dépression liée à l’alcool, dépression réactionnelle, positionnement dépressif dans l’existence, etc. Nous apprenons dans cet enseignement à conduire des prises en charge parallèles : l’alcoolisme d’une part, la dépression de l’autre. Cette prise en charge peut se faire soit seul, soit en lien avec des structures spécialisées. Le DU apporte ce raisonnement clinique, pas très original en médecine, mais difficilement compréhensible en addictologie. Par ailleurs, les étudiants apprennent la prise en charge en ambulatoire, notamment les stratégies motivationnelles.

WUD : Dans un contexte sanitaire tendu, pourquoi est-il particulièrement important de se former à l’addictologie ?

XL : Les pathologies liées aux conduites addictives se sont nettement aggravées depuis le début de la crise sanitaire. On a vu une augmentation des consommations d’alcool et d’autres produits. Après cette période de mode des apéro Zoom, certains ont réussi à réduire leur consommation d’eux-mêmes. Mais les plus vulnérables n’ont pas réussi. Nous avons pu observer que cette population fragile a du mal à demander de l’aide : il faut aller vers elle. La crise sanitaire nous a fait prendre conscience que nous devions être davantage proactifs.

En bref

Formation : 12 modules soit 1 mercredi sur 2, à l’hôpital Sainte-Anne, Paris.

Stage obligatoire d’1 à 4 semaines, dans une structure spécialisée (CSAPA, hôpital de jour, SSR…)

Évaluation : Une épreuve écrite clinique et une épreuve thérapeutique de 2 heures chacune, coef. 1 et un mémoire coef. 1. Validation : au moins 10/20 de moyenne.

Coût : 650 € pour les étudiants / 1 400 € pour les autres.

Inscriptions : à partir de mars 2022, prochaine session entre novembre 2022 et mars 2023.

Pour en savoir plus : https://odf.u-paris.fr/fr/offre-de-formation/diplome-d-universite-1/sciences-technologies-sante-STS/du-addictologie-morbidite-et-comorbidites-psychiatriques-XUFE_71.html

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