Alcool, cannabis, tabac : Guide pratique pour aider à repérer et traiter les addictions

Pour aider les praticiens à mieux repérer et traiter les addictions les plus courantes, la HAS a concocté un guide pratique, saupoudré d’une bonne dose de didactisme. Son objectif ? Réduire les difficultés rencontrées par les professionnels de santé dans le dépistage de la consommation de substances psychoactives.
 

Alcool, cannabis, tabac ; où le trio gagnant lorsqu’on évoque les trois substances psychoactives les plus consommées en France par la population adulte. Un constat qui n’a pas échappé à la Haute Autorité de la Santé. Pour aider les praticiens dans leur travail quotidien, l’Organisation de santé a mis-à-jour son guide pratique « d’aide au repérage précoce et à l’intervention brève ».
 
« Les professionnels de santé de premier recours, notamment les médecins généralistes, sont actuellement confrontés à des difficultés de faisabilité du repérage de la consommation de substances psychoactives », assure la HAS dans une note de cadrage. Et pour cause : selon l’Institution, le repérage de la consommation d’alcool et de cannabis serait vécu comme une tâche « chronophage ». « L’attitude des professionnels de santé est souvent sous-tendue par leurs représentations et leur propre consommation », argumente également l’organisation qui entend faciliter le travail des médecins en leur procurant un outil simple d’aide au repérage et à l’intervention brève. « Une seule séance d’intervention brève ou d’entretien motivationnel peut avoir des effets significatifs et durables sur la consommation d’alcool », insiste la HAS.
 
Un travail au long cours qui se divise en trois phases. La première ? Évaluer le risque grâce à la consommation déclarée.  Pour ce faire, la HAS a notamment concocté un tableau à points variables en fonction de l’addiction. Exemple avec le cannabis. « Avez-vous déjà fumé du cannabis avant midi ? Avez-vous déjà eu des problèmes de mémoire quand vous fumez du cannabis ? », énumère la HAS. Et de donner des clefs pour interpréter les résultats : « Deux réponses positives au test doivent amener à s’interroger sérieusement sur les conséquences de la consommation : intervention brève ; trois réponses positives ou plus doivent amener à proposer une consultation d’addictologie ». Un travail didactique visant à soutenir la pratique des médecins généralistes qui voient, en moyenne, 600 patients par an.
 
Deuxième phase, l’intervention brève. « Ces interventions réussissent à réduire l’usage de substances à court terme (3 ou 6 mois), de façon moindre à moyen terme (1 an plus tard) », rappelle l’organisation. Au programme ? La restitution des résultats, l’information du patient, l’évaluation des risques, de sa motivation ou encore la proposition d’objectifs. Une étape cruciale que la HAS a souhaité accompagner de trois échelles visant à aider le praticien et le patient à mieux jauger de la motivation du patient, du bon moment pour ce dernier ou encore de sa confiance en la réussite de ses objectifs.  
 

Afin de maximiser le taux de réussite de l’intervention brève, la HAS a recensé les quatre erreurs à éviter.

Ainsi, il est déconseillé de :

  • Argumenter en faveur du changement : c’est au patient de trouver ses propres arguments, tout argument rationnel proposé par le professionnel de santé a peu de chances d’être entendu.
  • Critiquer, culpabiliser ou blâmer.
  • Cataloguer le patient, rester sur les actions et les décisions.
  • Etre pressé : ne pas se précipiter pour poser les questions.

 
Un ensemble d’étapes suivies de la troisième et dernière phase : l’accompagnement. « Les professionnels de santé accompagnent les consommateurs de manière durable, afin de favoriser la réduction ou l’arrêt de consommation à long terme », insiste la HAS. Pour ce faire, l’organisation de santé s’appuie sur le concept du patient partenaire. « Ils soutiennent l’effort de réduction des risques de dommages physiques, psychiques ou sociaux, dans une relation partenariale, de confiance et d’échange », indique la HAS. Et d’ajouter : « En cas de reprise de la consommation, de survenue de dommages ou de dépendance, une consultation de type entretien motivationnel ou le recours à une consultation d’addictologie sont proposés ». À noter que la rechute est « davantage la règle que l’exception », mais que chaque échec « rapproche le thérapeute et le patient du succès consolidé ». Des conseils qu’il ne manque plus qu’à tester !  
 

Portrait de Julia Neuville

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