Réforme des retraites : quelle espérance de vie en bonne santé en France ?

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Développé à partir  des années 2000, le concept d’espérance de vie en bonne santé est un indicateur qui pourrait se révéler particulièrement utile pour mieux appréhender et mieux comprendre les débats actuels sur la réforme des retraites proposée par le gouvernement.

Réforme des retraites : quelle espérance de vie en bonne santé en France ?

© IStock 

Si l’espérance de vie est un indicateur bien connu des Français, l’espérance de vie en bonne santé (ou espérance de vie sans incapacité, EVSI) paraît plus appropriée pour comprendre les discussions actuelles sur la réforme des retraites et la proposition de recul de l’âge légal de départ à la retraite.

Appliquée aux études démographiques à partir des années 2000, l’EVSI a pour but de mesurer le nombre d’années que peut vivre, en moyenne, une personne sans souffrir d’incapacité, c’est-à-dire sans être limitée dans ses activités quotidiennes. Depuis que ce baromètre a été instauré, il n’a fait que connaître une tendance à la hausse en France.

L’espérance de vie en bonne santé à la hausse, aussi bien pour les femmes que pour les hommes

En 2004, l’EVSI était de 61,5 ans pour les hommes et de 64,2 pour les femmes. En 2020, l’EVSI est passée à 64,4 ans pour les hommes et 65,9 ans pour les femmes.

Cette évolution suit la hausse de l’espérance de vie en général en France, même si elle reste plus modeste pour l’EVSI : les hommes ont gagné 4,1 années et les femmes 2,1 années d’espérance de vie entre 2000 et 2021. Plus précisément, les hommes vivent, en moyenne, jusqu’à 79,4 ans et les femmes jusqu’à 85,4 ans en France.

Si on vit donc effectivement plus longtemps, comme l’a rappelé le ministre du Travail Olivier Dussopt, la fin de vie peut néanmoins être dégradée par la maladie ou le handicap, puisqu’on constate une différence d’environ 15 à 20 ans entre l’espérance de vie et l’espérance de vie sans incapacité.

Concernant l’EVSI à 65 ans, « en 2020, la part d’années sans incapacité parmi les années restant à vivre à 65 ans atteint 52,7 % pour les femmes et 56,1 % pour les hommes », indique la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), organisme qui a la responsabilité de calculer l’EVSI en France. En revanche, cet EVSI à 65 ans a « crû plus vite que l’espérance de vie » entre 2008 et 2020, ce qui reste une bonne nouvelle.

Enfin, la Drees tient à faire la distinction entre incapacité et incapacité sévère. « À la naissance, les femmes peuvent espérer vivre 65,9 ans sans incapacité et 77,9 ans sans incapacité sévère ; les hommes, 64,4 ans sans incapacité et 73,8 ans sans incapacité sévère », affirme l’institut.

Une différence significative entre catégories socioprofessionnelles

Cependant, l’EVSI doit tout de même être appréhendée avec précaution : contrairement à l’espérance de vie, qui se fonde sur des statistiques officielles, l’EVSI est calculée à partir de sondages. C’est la question suivante qui est posée dans le cadre d’une enquête déclarative : « dans quelle mesure avez-vous été limité depuis au moins six mois, à cause d’un problème de santé, dans les activités que font les gens habituellement ? ». Il y a donc nécessairement une part de subjectivité dans les réponses, qui peut varier selon les milieux sociaux ou les sexes.

Enfin, si cet indicateur est en mesure de distinguer selon le sexe et l’âge, la Drees n’est pas actuellement capable de faire la distinction selon les catégories socioprofessionnelles (CSP) des répondants. Or les écarts semblent significatifs, sachant qu’ils le sont déjà lorsqu’on compare l’espérance de vie entre un ouvrier et un cadre. « Les ouvriers ont une espérance de vie plus courte, et au sein de cette espérance de vie plus courte, ils ont également plus d’années à vivre avec des incapacités », explique Emmanuelle Cambois, chercheuse à l’Institut national d’études démographiques (Ined).

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/reforme-des-retraites-nous-les-ph-sommes-deja-67-ans-donc-lage-nest-pas-notre-sujet-mais

Si l’espérance de vie en bonne santé n’est donc pas infaillible, elle peut tout de même permettre de mieux comprendre les enjeux de la réforme des retraites, alors que le Gouvernement réfléchit à repousser l’âge légal de départ à 65 ans.

Raphaël Lichten

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