Médecins européens en France : facilement installés mais rapidement repartis

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Contrairement aux praticiens à diplôme hors union européenne (Padhue) qui se heurtent à des difficultés administratives pour exercer durablement en France, les médecins européens bénéficient de la reconnaissance automatique de leurs diplômes. Un principe qui, en pratique, ne répond que partiellement aux problèmes d'accès aux soins.  

Médecins européens en France : facilement installés mais rapidement repartis

© Midjourney x What's up Doc

Sur les 234 028 médecins en activité inscrits à l’Ordre en 2023, près de 30 000 sont titulaires d’un diplôme étranger, dont la moitié européens. 

Contrairement aux médecins extra-européens, qui doivent passer un concours pour exercer pleinement en France, les médecins diplômés dans un pays de l’Union bénéficient d’une procédure administrative simplifiée, en raison du principe de libre circulation des travailleurs.

« En votre qualité de médecin, vous pouvez bénéficier de la reconnaissance automatique de vos diplômes », atteste l’Ordre. La directive européenne de 2005 relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles le prévoit. 

Une procédure simplifiée 

Ainsi, pour exercer en France, le médecin européen doit soumettre son dossier au conseil départemental de l’Ordre. 

Il appartient à celui-ci de « vérifier la régularité des diplômes, titres, certificats et attestations, d’en accorder la reconnaissance automatique puis de statuer sur la demande d’inscription au Tableau de l’Ordre », peut-on lire sur le site internet du CNOM

En général, si le diplôme est conforme aux standards de la directive européenne, il sera reconnu automatiquement sans nécessité de passer des examens supplémentaires. C’est le cas de 95% des dossiers présentés, précise le CNOM au site actu.fr.

Parmi les vérifications opérées, le niveau en français : « en cas de doute sur votre connaissance de la langue française, le Président du Conseil départemental de l’Ordre ou son représentant pourra vous entendre », selon le site internet du CNOM. 

Si celui-ci estime que le dossier présente des lacunes, il le transmet au CNG, qui peut ordonner le passage d’une mesure compensatoire comme « un stage d’adaptation ou une épreuve d’aptitude », détaille le portail d’accompagnement des professionnels de santé (PAPS).

La barrière de la langue est « forcément un obstacle majeur (…) particulièrement en médecine générale où une grande partie de l’analyse des problèmes se fait en discutant avec le patient », explique à actu.fr, le Dr Jean-Christophe Nogrette du syndicat MG France. 

Pas d’installation « pérenne » 

C’est d’ailleurs l’une raisons pour lesquelles beaucoup de médecins d’Europe de l’est peinent à s'installer durablement en France, contrairement aux Padhue, dont la nationalité française ou la provenance de pays francophones facilite l'intégration.

Les médecins étrangers qui s'installent en France profitent « d’un effet d’aubaine, récupèrent un cabinet, une patientèle et un logement », et peuvent toucher une prime de l’Etat en cas d’installation dans un désert médicaux, explique à actu.fr , le Dr Frédéric Joly, secrétaire général adjoint du CNOM.

Mais dans la pratique, ils se heurtent à des difficultés. Outre la barrière de la langue, certains peuvent faire l'objet d'injures racistes, d’accusations d’incompétence, ou encore avoir le mal du pays. 

C’est le cas de la Roumanie, premier pays européen en terme de nombre de médecins exerçant en France. Son adhésion à l’UE en 2007 a considérablement augmenté la mobilité des médecins, en quête notamment d’une meilleure qualité de vie.

Car la mobilité européenne est motivée par des raisons personnelles : il n’existe pas d’échanges organisés entre États membres, ni de quotas de médecin mobiles au sein de l’Union. 

En 2023, ce sont 5 100 médecins en activité régulière, diplômés en Roumanie, qui exerçaient en France, selon le CNOM. Soit une hausse de 166,7% depuis 2010. 

Mais le pays peine à les garder. La presse locale regorge d’histoires de médecins roumains qui repartent après seulement quelques mois d'activité. Comme dans la Creuse, où le journal La Montagne reportait en 2017, plusieurs cas de départs anticipés de médecins roumains, n'ayant pas réussi « à gagner la confiance de [sa] patientèle ».

En somme, la facilité de mobilité des médecins à diplômes européens ne constitue pas pour autant, une lutte contre les déserts médicaux. 

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/elections-europeennes-hopitaux-transfrontaliers-cmu-europeenne-bouclier-rural-les

À l'échelle européenne, pourrait-on réfléchir à des dispositifs renforcés en terme d' « harmonisation des niveaux de formation, histoire que l’on ait tous les mêmes compétences et que l’on agisse à la racine », propose auprès d'actu.fr le Dr Joly. 

Source:

Actu.fr 

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